Moderne immobile pensée du vague

Le mot – moderne – ne suppose pas la critique. Le mot – moderne – est le bout d’une falaise qui tombe, abrupte, de toute sa hauteur sur un chantier de décombres. Si vous survivez à une chute, il y a ensuite, une plage de galets ou de sable – peu importe – chaque chose peut exister, non assignée à une fonction particulière ou utilitaire. Enfin, il y a un océan, une mer ou un lac – une étendue d’eau, mouvante, toujours mouvante, indifférente au temps.

Le mot – moderne – est toujours de son temps. Immobile. Si vous vous laissez aller à la plus infime critique – votre pensée ne peut être que nomade – vous vous fracasserez au bas de la falaise. Il se peut que vous sortiez indemne de cette chute. Vitale, vous penserez plus tard, quand vous serez de nouveau debout, réparé, devant cet océan, cette mer ou ce lac – bref devant cette étendue d’eau changeante à chaque instant. Vous vieillirez, vous l’accepterez. Et pour une fois, en tant qu’humain, vous accéderez à un peu de modestie. Ce qui fera avancer votre pensée, d’un saut, d’un bond dans un autre temps qui ne serait pas celui de cette pensée vague qui nous conduit toujours sur un bout de falaise et interrompt notre marche.

Le mot – moderne – est un aveuglement. Il fixe la pensée qui n’a pourtant besoin que de vagues, et de barques ou de navires, que vous soyez sur un lac, une mer ou un océan. Moderne, pensée vague et inerte : nous sommes toujours pris dans ce redoutable Je pense donc je suis alors que du monde – pour rester les pieds sur terre – nous n’apercevons le plus souvent que des bribes de réalité, n’avons pas grand chose à voir avec cet esprit dit cartésien qui a tant de fois rencontré un mur. Il faut cheminer modeste. Les galaxies entrent elles-aussi en collision. L’homme n’est ni petit ni grand. Il est, sans vraiment le savoir. Il respire, parfois avec imagination. Il passe.

Le mot – moderne – est un oubli. La confusion autour des identités noient nos regards, embrument nos cerveaux et les dictionnaires sont désormais imprimé en écriture cunéiforme. Nous ne savons pas qui nous sommes ? Ce n’est pas si important. Nous sommes des foyers d’énergies — maîtrisés ou pas. Nous sommes lieux de tous les possibles : des potentialités et des carrefours. Nous pourrions être des pensées-vagues sur un océan, une mer ou un lac – une étendue d’eau, mouvante, toujours mouvante. Un ruisseau, au bord duquel nous marcherions, pourrait suffire. Le ruisseau est à notre échelle. Une libellule se pose sur une flaque. Et tout autour, une plage de temps s’invente.

Il n’y a plus de tout. Que des fragments, des décombres.

 

Silence / Manuscrit sans titre #3

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