On ne s’occupe de l’instant que seul (Fragments d’avant la fin du monde #25)

Un point du monde.

La durée, ne la conçoit pas vraiment, construction souvent née de notre imagination. Relie tel point avec tel autre. Variable selon les âges de la vie.

La durée n’est jamais identique à celle d’une autre personne. Reste une accumulation d’instants pour chacun.

La force de ces instants de communion, rares, quand chacun partage au même instant l’émotion des autres. La plupart du temps, on ne s’occupe de l’instant que seul. Et longtemps après. Notre mémoire est sélective.

Je n’aime que les chemins buissonniers. Ce n’est pas pour faire le malin. C’est ce que je préfère tout simplement. Ce monde est trop péremptoire et trop sûr de lui. Je fuis. Je suis un lecteur. Je ne peux pas avoir de certitudes. Je n’ai pas encore tout lu. Je n’aurai pas assez de temps.

Ce matin, dans la serre inoccupée, qu’il va falloir remettre en état, je me suis arrêté dans mon élan. Il y avait plein de nids. De nids de guêpes. Je ne sais pas si on dit des nids pour les guêpes, ces insectes ne sont pas très aimés. Je me suis arrêté. Je n’avais pas le cœur à détruire ces ouvrages magnifiques.

Regarder c’est apprendre également.

Depuis quelque temps, je me suis plongé dans les écrits dits de l’Antiquité. On ne saura jamais quelles histoires se racontaient les australopithèques, les néandertaliens. Mais ils devaient s’en raconter. Il reste quelques traces, quelques images sur des parois protégées des ravages du temps. On ne peut que supposer ce qu’ils se racontaient. Gilgamesh, je pars de là, de cette forêt de cèdres. Je progresse lentement. Je n’aurai pas assez de temps. Dès que je pars en balade, je recopie l’épopée de Gilgamesh sur un immense rocher de la forêt vosgienne. Un jour, quelqu’un le découvrira.

Je n’aurai pas assez de temps. Heureusement, il me reste encore des instants où je fais comme je sens.

On dit bien des nids de guêpes. ils sont fait de pâtes de bois et de salive, la salive de la Reine. Tout comme je ne peux me résoudre à bruler des livres, je ne peux détruire ces nids de papier. Intuition que de ne pas les avoir détruits plus tôt dans la journée.

Une partie des humains passe leur temps à détruire ce qu’ils ne comprennent pas.

Silence / Fragments d’avant la fin du monde, #25

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