Zig-zag des désirs (manuscrit sans titre #8)

La découpe en zig-zag des portes nous permettait d’entrer à reculons dans d’immenses open spaces où nous nous perdions. Nous ne voulions rien avouer. Nous souhaitions des espaces plus petits, intimes. Nous les recherchions. L’imaginaire gouvernait la plupart de nos actes. On essayait de se draper d’une tunique de réalité mais la majeure partie de notre temps, nous flottions dans un univers individuel fantasmé, rarement partagé quoiqu’en dise l’époque avide de slogans. Nous ne voulions rien avouer. La notion d’identité est une illusion, soufflait le grand homme à la radio. Je souriais, il cherchait les ennuis. L’époque était intolérante et le revendiquait sans vergogne. Une boussole sans aiguille.

Le matin, j’ouvrais les yeux, regardais le ciel. Gris ou bleu, nuageux ou venteux, peu importe, je recevais avec plaisir ce don naturel. J’étais content d’ouvrir les yeux et regarder, et sentir, et entendre. Ce que je prenais jusqu’à peu de temps pour de l’impatience n’était qu’une soif de vivre. L’impatience, c’était le monde consumériste autour de moi qui la créait. Je me moquais de l’impatience. J’étais obligé parfois d’enfiler ce manteau là, mais il ne me convenait pas. J’avais le temps. Je ne souhaitais pas qu’on me le prenne, ce temps.

Je me souvenais de la lecture des poésies complètes du poète manchot dans la salle d’étude boisée aux parquets grinçants. L’atmosphère de la salle était reposante, la lumière traversait en douceur les vitraux de la salle et posait délicatement leurs couleurs sur des tables encombrées de livres. Les lecteurs concentrés  lisaient ou griffonnaient dans leurs carnets. Les ordinateurs n’étaient pas encore portables. La vie réflexive et imaginaire s’étalait sur le papier : galopante, tumultueuse et torrentielle. Le désir ? Il était derrière la page que je lisais. Tout restait à découvrir. Nous ne voulions rien avouer de notre ignorance. Je passais des heures à la bibliothèque.

Rien n’avait changé. Nous ne voulions toujours rien avouer. Le désir était toujours ce qu’il y avait derrière une page, une porte, un regard. La réalité, c’était toujours cet imaginaire inattendu.

Silence / Manuscrit sans titre #8

 

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