Quotidienne #24 Clic

Capture d'écran du film La double vie de Véronique de K. Kieslowski
Capture d’écran du film La double vie de Véronique de K. Kieslowski

 

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La crise – clic – a mis à nu la nature. Et nos âmes. Et le peu de certitudes qui subsistait encore. J’observais les oiseaux, le soir. Les écoutait. Le matin, ils me réveillaient. C’était la saison des  amours. J’imagine qu’ils devaient se demander où étaient passés ces diables d’humains depuis trois mois. Entre-temps – autre temps, chute libre de l’économie, la sacro-sainte. Clac. « De quel côté êtes-vous ? De quel côté êtes-vous ? » Merdre. Pourquoi faudrait-il toujours choisir un camp ? Clic-Clac. Je dors. Ou je prends des photos. Je lis. Ou j’écris. Clap Clap. Il est vingt heures. Il y a les Rolling Stones qui s’époumonent dans le poste, près du bar. Clip. J’ai dû mal à me dé-confiner. C’est étrange, moi, qui aime tant me balader. J’ai fait au moins dix tours du monde. Jamais pourtant, je ne reviens au même endroit.

Je travaille dedans, toujours dedans même si je suis dehors. Comment pourrait-il en être autrement ? L’écriture est double, un chemin, point de départ et point d’arrivée, et une maison sur… roulettes. Refuge et tremplin. Un équilibre aussi. Selon l’auteur italien Daniele Del Guidice, il y a une petite boutique à Rabat au Maroc, tenue par un cordonnier, qui propose à la vente : du temps. Le plus étrange n’est pas qu’une telle boutique puisse exister ni même qu’elle puisse proposer un tel produit à l’achat. Mais, est irréelle, l’idée de vouloir acheter du temps. Pour quoi faire ? Que ferions nous de ce temps acheté ? Comment le transportions-nous ? Dans un sac en papier ? Pour pouvoir l’utiliser un peu plus tard ? Un chemin n’est qu’une construction imaginaire, espace intemporel que nous aimons baliser de nos propres repères.

Je lis : seul existe l’équilibre que nous tentons de maintenir en réaction à la loi de la gravité universelle. Bien que le terme d’universel nous dépasse encore plus que le temps, le manque d’imagination nous submerge et nous sommes sans défense. La musique nous berce d’illusions, elle est du temps magnifié. Par elle, nous succombons, nous tombons, nous échappons à la gravité. Elle impose un équilibre au-delà des trois dimensions. Elle marque le tempo du dedans et enveloppe les battements du cœur qui nous rappellent constamment à la réalité comme les aiguilles d’une montre. Le martellement répété d’une touche du piano nous dit : détends-toi, respire, vis ta vie. Oublie le temps qui dévisse. Clic.

Silence.

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