Quotidienne #22 On étend la nuit à l’infini

Les jours passent. On étend la nuit à l’infini. Dans notre intérieur. Dans notre intérieur qui se confond avec celui du corps ou de la pensée. On ne sait plus vraiment où il est ce lieu, ce lieu privé, ce dernier lieu à demeurer privé malgré les menaces annoncées de la technologie. Ce lieu, je m’y réfugie, comme enfant je courrais vers le grand bosquet d’arbres – des sureaux – qui était ma forêt. Je m’y confectionnais des arcs comme tous les enfants mais j’étais bien incapable de lancer la moindre flèche. La vie est trop précieuse. Je regardais déjà la minuscule fourmi transporter un fardeau plus gros qu’elle, inlassablement. j’étais stupéfait bien avant de découvrir le mythe de Sisyphe. Depuis le début de l’humanité, les hommes détruisent les forêts. Le premier texte connu le raconte.

Les jours passent. Je n’applaudis pas le soir aux balcons. J’ai toujours eu du mal avec ce type de démonstrations. Je ne juge pas. Je suis simplement incapable de le faire. Je courre me réfugier ailleurs. Les injonctions morales sont de retour depuis un moment. Je ne suis pas de ce temps. je refuse d’y être. La vie est trop précieuse. Les nuits passent. Je fuis les apparences, je tente de les fuir, je vous rassure, je ne fais pas mieux que vous. J’étends le jour à l’infini. Je lis. Je ris. Je pleure. D’émotion.

Les jours passent. J’imagine ce que sera ma vie après. Je devrais plutôt écrire : nous imaginons notre vie après. J’ai déjà connu un hapax dans ma vie. Peut-on en vivre deux ? C’est impossible selon la définition de ce mot et pourtant. J’écoute en boucle le dernier album des Cinematic Orchestra. C’est mon rite, celui qui me permet de ne pas oublier. J’écoute aussi toujours leur précédent album et le titre To build a home, précisément. Douze ans séparent ces deux galettes mais c’est toujours la même philosophie qui les habite. Downtempo. Je ne trouve pas d’art plus profond que la musique. C’est le gouffre absolu. Mais un gouffre de lumière. Il n’y a besoin ni de traduction ni d’explications. C’est direct, instantané, vous y plongez ou pas. Le reste n’est que bla-bla.

Les jours passent. Et nos nuits. Je rêve de rejoindre la cabane dans l’immense forêt, celle où habite Nienne désormais, après toutes ses aventures, pour devenir ce qu’il est. Chaque soir, il regarde le ciel, assis sur une branche dans la canopée et les étoiles quand les nuages ne sont pas là. De ce balcon en forêt, il attend. Il écoute et réfléchit. C’est important d’avoir du temps pour réfléchir. Ce n’est jamais du temps perdu. Il entend les bruits de la forêt. Un cri, ici. Une branche qui craque en bas et des tas d’autres bruits qu’il ne connait pas. Les jours passent. Nienne étend sa nuit à l’infini.

Silence.

2 réflexions sur “Quotidienne #22 On étend la nuit à l’infini

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