alphabet kathie Holten

#365 JOURS (JOURNAL POÉTIQUE, An 3 – décembre 2019)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour… Un paragraphe. Écrire – retenir, noter – un instant quotidien, une pensée, une action, une lecture, une musique… et publier le mois suivant… Journal topographique extime.  

New York City Tree Alphabet par kathie Holten

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1. – La faiblesse des dystopies imaginées, c’est souvent leur radicalité. Elles fonctionnent comme des soupapes qui, dans un soupir, énoncent : regardez, arrêtez de vous plaindre, regardez ce que le monde pourrait devenir. Notre monde – plein d’empathies préfabriquées et de douceurs hystériques, est pourtant une réelle dystopie et son génie est de préserver des zones de vraies empathies et de douceurs avec l’illusion que nous pouvons toujours y flâner comme un hamster courant dans sa cage.

2. – Reçu ce jour : deux ans de travail, une collaboration active avec 16 auteur.es et la responsable de la collection pour évoquer la création littéraire numérique aujourd’hui, livre couplé à un site outil pour explorer le labyrinthique web…

 

3. – Vivement le printemps.

4. – Je bergounise toujours le 4 de ce mois et encore pour un moment : « Notre compréhension de la vie, de nous-même, a changé, avec celle de l’univers, au début des années trente du siècle dernier. C’est la totalité de la cosmologie qui a été abattue puis reconstruite sur de nouveaux fondements. Un nom, celui d’Einstein, résume la crise de la pensée occidentale, l’effondrement de ses deux piliers, l’espace et le temps intangibles d’Aristote, et l’avènement de la relativité générale autour de la vitesse de la lumière, comme invariant. On distingue les choses humaines de celles que régit une causalité mécanique. Mais une même attitude fondamentale, qui est propre à chaque civilisation, les englobe. L’équation entre l’énergie et la masse, dont Hiroshima et Nagasaki vérifièrent l’exactitude terrifiante, s’est accompagnée d’un ébranlement comparable de notre première et principale notion, qui est celle du réel. Son explicitation passe, depuis près de trois mille ans, en Europe, du moins, par la grande narration. Son cadre, sa teneur, c’est en Grèce, encore, qu’ils ont leur source. Un aveugle les a fixés pour raconter le siège de Troie, au XIe siècle avant notre ère, par les Achéens, et le retour mouvementé du plus rusé d’entre eux dans son île natale. Trente siècles durant, on s’est accommodé de la version qu’un aède, qui n’a peut-être pas existé, a donnée de la réalité. Si cette vision a survécu au monde grec, c’est parce que les sociétés ultérieures ont reconduit la structure fondamentale des premières cités, qui est la division du travail. » (Agir, écrire / Pierre Bergounioux. Fata Morgana, 2008.)

5. – « … le livre s’use, s’érode… » in SERVICE DE PRESSE #68 | LITTÉRATURE ACTION BONJOUR sur la chaine You Tube de François Bon.

6. – Un flâneur. – « Lorsque je me mets en route, je n’ai aucune spécialité, je suis dilettante en tout ; j’aime la musique sans être véritablement musicologue, je fais des photographies sans être photographe, et j’écris de temps en temps sans être véritablement un écrivain. Je crois que si je devais me prévaloir d’une spécialité, j’opterais pour celle de voyageur. Être l’oeil ou l’esprit qui se promène, observe, compare et ensuite relate, une sorte de témoin. » (Du coin de l’oeil : écrits sur la photographie / Nicolas Bouvier. – Editions Héros-Limite, 2019. – (coll. feuilles d’herbe géographie(s)))

7. – « On n’est plus ou moins poète dans la mesure où une inclination vous y pousse, mais on vit dans des circonstances poétiques, ou alors on ne vit pas. Bien plus que le talent, ce sont ces circonstances qui comptent, le tout étant de s’y placer comme au coeur d’un champ magnétique. » (Du coin de l’oeil : écrits sur la photographie / Nicolas Bouvier. – Editions Héros-Limite, 2019. – (coll. feuilles d’herbe géographie(s)))

8. – Pluie. Lectures.

9. – Dans ce livre des Écrits sur la photographie de Nicolas Bouvier, étrangement, il n’y a aucune de ses photos. En voici donc une :

Nicolas Bouvier : Pavillon des télécommunications, Exposition universelle, Osaka, 1970.

10. – Le tourisme est une drôle de chose, quant on y pense.

11. – « La littérature, c’est quoi ? Des phrases, une respiration, un rythme, et, à travers les formes qui en naissent, une perpétuelle présence de la vie telle qu’elle passe, telle qu’elle nous enchante et nous meurtrit, mais aussi et peut-être surtout telle qu’elle nous échappe : ce n’est pas fait pour les amoureux du message, ni pour tous ceux qui croient savoir qui ils sont et sont persuadés d’être des gens bien. Je ne dirais pas qu’elle disparaît au profit de l’actualité, laquelle a toujours existé depuis que la presse existe; mais j’ai l’impression qu’elle retrouve, pour des raisons nouvelles, l’état minoritaire qui a presque toujours été le sien. Ses formes silencieuses, le temps et la solitude qu’elle exige, correspondent peu à ce monde. » Philippe Lançon, propos recueillis par EUGÉNIE BASTIÉ (Le Figaro, 11 décembre 2019)

12. – « Ce qui se renverse se transforme et c’est autre chose. Et un soir la nuit tombe. Je jette de temps en temps un coup d’œil vers le ciel. » via le bot poétique de Sandor Krasna @KrasnaSandor sur Twitter.

13. – « On ne traduit jamais uniquement des mots. » Sabine Huynh (sur la nécessité de connaître la biographie d’un auteur avant de le traduire.)

14. – Faiblesse des dystopies, leur radicalité. Vivement le printemps, celui d’Einstein. Un livre, un flâneur dilettante, des circonstances poétiques. Pluie : étrangement. La littérature, ce n’est pas fait pour les amoureux du message, c’est autre chose… jamais uniquement

15. – « L’esprit humain a besoin de grand camembert… La civilisation a besoin de grand champagne et de grandes pensées. Les grandes pensées ne peuvent naître que de vastes curiosités… La civilisation ne peut naître que d’amateurs supérieurs. » (Alexandre Vialatte)

16. – Vite, vite… le slogan préféré du moment, en tête, devant tous les autres. Moi ? Je les regarde s’agiter, me répond le chat qui se tourne et s’endort dos au monde. Lectures.

17. – D’abord il y a la nécessité… Lectures.

18. – Aporos 83 de Francis Royo : « Assis sur la berge, c’est l’ombre qu’il y a sous la peau de la rivière qui éclaire ton regard. Rien d’autre que l’ombre qui te boit. » Jeudi 8 mars 2012 Tags : berge , ombre , peau , regard , rivière

19. – Un écart, faire un pas de côté pour retrouver le bon chemin.

20. – « Plus généralement, l’idée de retraite n’a pas le même sens pour tous ? Pour le néolibéralisme, c’est l’idée même que l’on puisse se retirer du jeu, c’est la notion même de retraite au sens le plus général du mot – d’un retrait pour se soigner, pour s’éduquer, pour chercher, pour travailler autrement, pour se reposer, ou pour faire tout cela à la fois et à sa guise – qui est un archaïsme. Pour tous ceux qui se mobilisent aujourd’hui, c’est ce grand récit sur la fin de nos vies et le sens de l’évolution qui est désormais archaïque. Car avec la souffrance au travail qui monte un peu partout, avec l’épuisement des ressources physiques et psychiques que produit le rythme de la compétition, sorte de redoublement intime de l’épuisement planétaire des ressources produit par la surchauffe de l’économie mondialisée, le sentiment grandit que cette vision du monde menace à la fois nos propres vies et toute forme de vie sur terre. (Interview de la philosophe Barbara Stiegler par Simon Blin. – Libération, 20 décembre 2019)

21. – IRL : Introspection rapide ou lente. La réalité, empreint de nos lucidités si différentes et si variées ? Lectures.

22. – « 221119 journal de Guillaume VISSAC sur son FUIR EST UNE PULSION :

 

S’il y a quelque chose qui me fait souffrir, c’est de devoir avoir un avis sur tout et n’importe quoi, en permanence. […] Je n’ai pas d’avis sur Daniela Carasco. Ça ne veut pas dire que tout ou partie de ces sujets me soient indifférents, cela signifie simplement qu’ils glissent sur moi, ou qu’ils me traversent, qu’ils ne modifient en rien la composition chimique de mon corps, et/ou de mon esprit. Ils me laissent inchangé. Y a-t-il rien de pire sur Terre que d’être imperméable à tout ? Ma capacité de sidération est à peu près au niveau zéro, et je ne pense pas être le seul à ce stade. […]

Voici une photo de Daniela Carrasco alias MIMO, tuée lors de protestations  au Chili.

23. – « Personne n’a été chassé du paradis, nous sommes nos propres proies. » (Texte et photos compte instagram Héloise Massa).

24. – Pluie. Lectures.

25. – Soleil. Lectures.

26. – Tout est flou, désormais. Et le besoin de précisions est devenu intenable. Tout comme la nécessité vitale de créer de nouveaux rêves.

27. – Le , Vincent Cespedes, le philosophe, lance sur sa page Facebook une idée saugrenue mais argumentée, clairement estampillée « fake news », qui déclenchera le « Tintin Gate » : l’idée que Tintin a toujours été perçu comme une fille pour son créateur, Hergé. La polémique fait le tour du monde en moins d’une semaine. Le philosophe s’expliquera au Guardian : son objectif visait à démontrer que les médias « sérieux » avaient désormais besoin de fake news attractifs pour prospérer sur le Net.

28. – À regarder : B7 : UN ATTENTAT ATTENTIF de Liliane Giraudon autour d’Hélène Bessette à Marseille (mot de passe : b7). Vidéo hommage à partir du texte éponyme publié dans Le travail de la viande (POL, 2019). – Je note :  » dans le silence arrêté du temps, je t’écris « . Voir aussi le site dédié à HB : Gang du Roman Poétique

29. – Bébé, quelle est la couleur, vue en premier ? Tu ne connaissais pas son nom, sans doute. Bleu, rouge, vert, jaune n’étaient que des mots prononcés par tes parents et tu n’avais pas encore fait le lien. Quelle est la couleur qui t’a plu immédiatement ? Tu ne t’en souviens plus. Lectures.

30. – « On lutte pour s’effacer (soi et l’autre comme autant d’autres, ceux du jour qui se pondent autour, comme le font toutes les poules, celles qu’on programme en vue de l’omelette prévue pour l’estomac des lecteurs-consommateurs qui ne peuvent devenir, qui ne seront jamais des lecteurs (de vrais lecteurs), ceux qu’orchestrent les non-critiques que sont devenus les non-journalistes qui se sont mis à faire des livres qui n’en sont pas, ce qui donne au bout du compte une non-littérature ou un considérable, un dominant tas de merde qui empuantit tout le devant et jusqu’à l’arrière, jusqu’à la coulisse de ce qui s’appelle la vie littéraire et qui fait qu’on n’en peut plus, qu’il faut pour continuer à écrire se boucher le nez, fermer les yeux en y appuyant les poings, hurler, hurler parfois à n’en plus pouvoir dans le silence de sa tête pour simplement faire le vide de es odeurs-là, se dégager de ce que dans les universités ils se sont mis à appeler « une histoire de la réception« . (« L’activité du poème n’est pas incessante » in Le travail de la viande / Liliane Giraudon. – POL, 2019)

31. – «On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images. S’il n’y a pas changement d’images, union inattendues d’images, il n’y a pas imagination, il n’y a pas d’action imaginante. Si une image présente ne fait pas penser à une image absente, si une image occasionnelle ne détermine pas une prodigalité d’images aberrantes, une explosion d’images, il n’y a pas imagination.» (L’air et les songes : essai sur l’imagination en mouvement / Gaston Bachelard. – Paris : Librarie José Corti, 1943.)

Silence

A suivre… l’an prochain… belle année à venir…

 

CC BY-NC 4.0

Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0. Toutes les photos sont miennes sauf indiquées.

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