j’oublie ce que j’écris…

 

 

 

 

… j’oublie ce que j’écris… c’est une non-méthode… je n’ai pas de mémoire… ou bien longtemps après… j’estuarise alors… j’écris et j’oublie ce que j’écris… quand je parle, je parle trop, trop vite et manque de souffle pour dire… j’hésite… ne pas tout dire… je le vois bien dans les yeux de l’autre en face… laisser des points d’interrogation en suspens… jouer avec le vide qui peut être aussi un trop plein… c’est plus facile d’écrire, on prend le temps qu’on veut… plus personne n’a le temps… même les vélos sont des bolides incorporant même des moteurs qu’on appellent des assistants… on n’a pas pas vraiment besoin d’assistance… j’oublie ce que j’écris… c’est une respiration : l’inspiration vient toujours après l’expiration… j’observe… il y a toujours une traverse, une lisière, un chemin qui attirent mes inattentions… la vie est toujours plus intéressante… j’aime bien me poser ici sur une chaise, dans ce bar et regarder la faune qui y passe… ce bar est une jungle, un condensé des espèces vivant dans la ville… la poésie est fiction… la poésie est réelle… mêle réalités et imaginaires… inadmissible poésie… j’étouffe, tu étouffes, nous étouffons… je ne sais pas qui a raison… je crois savoir ce qu’est la raison et la démesure… l’une est une des conséquences de l’absence de l’autre… j’oublie ce que j’écris… je souffle sur la page… c’est un écran… je laisse des traces… mes marques… une mise à jour automatisée sans mon autorisation s’est mal passée et une partie de mes touches est déprogrammée… par habitude, mes doigts tapent au bon endroit mais c’est autre chose qui s’écrit… la technique nous joue des tours, renforçant nos dépendances… j’aime la fulgurance des idées et la véhémence des sensations… on confond tout aujourd’hui… moi aussi… ce n’est pas un excès de modestie, ce moi aussi… la confusion contamine… j’oublie ce que j’écris… j’écris pour ne pas confondre… pour me relire plus tard… me dire, mais c’est n’importe quoi… on n’a plus le droit à la contradiction aujourd’hui… m’en moque… je reçois à l’instant, un recueil de poésie, une poésie du rienplein comme la définisse les deux auteures : Calme toi respire pense à l’océan écris… Stay calm breathe think of the ocean write… la journée est belle et zen… malgré le thermomètre qui m’indique un 41… je vois les lignes du livre en double, plutôt en deux langues… je mélange tout, le français et l’anglais… j’écris puis j’oublie…

silence

 

En italique, un extrait du recueil d’Amy Hollowell et de Sabine Huynh : Dans le tournant/Into the turning : poésie du rien plein/emptyfull poetry. – La Factorie et Christophe Chomant éditeur, 2019. Pour le commander, c’est chez l’éditeur.

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