#365 JOURS (JOURNAL POÉTIQUE, An 3 – juin 2019)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour… Un paragraphe. Écrire – retenir, noter – un instant quotidien, une pensée, une action, une lecture, une musique… et publier le mois suivant… Journal topographique extime.

LES TRANSITIONS SONT TOUJOURS CONFLICTUELLES, titre d’une partie du livre de François Taddeï, Apprendre au XXIème siècle, sept. 2018. En photo, le livre coup de cœur de ce semestre :

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1 – J’ai présenté une pièce de 50 euros dans un commerce aujourd’hui 1er juin 2019. Mais le patron de la boutique n’en a pas voulu. Je lui ai dit que ces pièces auront cours dans 50 ans. Il a rigolé. Comment lui faire comprendre que je venais du futur ? #Lesgensnécoutentpas.

2 – « L’intelligence est sporadique, comme les champignons. » (Les pas sur le sable / Remy de Gourmont. – Société littéraire de France, 1919)

3 – Le saviez-vous ? – La révolte des Lustucru est un soulèvement populaire qui s’est déroulé en 1662 dans le Boulonnais.

5 – « Nous sommes au cœur de beaucoup de livres, entourés de livres accumulés, pesants, immaîtrisables dans leur masse. Leur demande d’attention nous cerne de tout côté. Pourtant, au milieu de tant de livres nous espérons toujours rencontrer par nous-mêmes le choc et événement d’une voix qui comptera pour nous. Et certains livres, à l’horizon, sont plus voyants que les autres et presque immatériels dans leur statut de monuments. » (La mémoire des œuvres / Judith Schlanger. – Verdier Poche, 2008).

6 – Je lis… l’effondrement de la culture générale comme une démocratisation de la connaissance…

7 – Arvoles = arbres… sortie du nouvel album d’Avishaï Cohen, le jubilatoire.

8 – « Le savoir-faire, c’est ce qui vous permet de faire quelque chose sans penser à la manière dont vous le faites. » (Conduire sa barque : l’écriture, ses écueils, ses hauts-fonds : un guide de navigation littéraire à l’usage des auteurs du XXIe siècle / Ursula K. Le Guin. –  Antigone 14, 2018 ((en) Steering the Craft, 1998)

9 – Définition de la narration : « Que l’action finisse ailleurs que là où elle a commencé. […] Une histoire, c’est du changement, rien que du changement. » (Conduire sa barque : l’écriture, ses écueils, ses hauts-fonds : un guide de navigation littéraire à l’usage des auteurs du XXIe siècle / Ursula K. Le Guin. –  Antigone 14, 2018 ((en) Steering the Craft, 1998)

10 – « Déjà il y a deux siècles, la forêt historique de Sherwood, séjour du Robin de la vieille Albion, était défrichée et envahie par l’orge, le houblon et le navet. Avant peu, on ne pourra plus se faire une idée de ces vastes et tristes espaces couverts de la sombre et poétique bruyère, l’imagination du grand Shakespeare sut rendre si terrible l’apparition des sorcières de Macbeth. Tout cela est chaque année labouré, semé et moissonné par l’inévitable et imperturbable vapeur. Le comité a cru devoir en acquérir six mille acres. Mais ses efforts pour y réunir quelques lièvres n’ont pas été heureux, quoiqu’il n’ait épargné ni soins ni dépens. » En 1834 déjà, Félix Bodin dans Le Roman de l’avenir se plaignait de la destruction des forêts.

11- « La mélancolie, ce n’est pas être nostalgique des choses du passé, mais savoir qu’elle ne reviendront plus. » (Une ville de papier / Olivier Hodasava. – Inculte, 2019)

12 – Lu dans la presse. – Après avoir été piraté, le groupe Radiohead diffuse 18h de matériel sonore inédit pour contrer le chantage du pirate. L’argent récolté à l’issue de cette diffusion sera versé à Extinction Rebellion, un mouvement en faveur du climat né au Royaume-Uni en 2018.

13 – « Il est donc possible de concevoir, et même de pratiquer, une entreprise poétique qui repose sur l’amnésie, ou plus exactement sur le renouvellement continu de la table rase. En changeant de jeu après chaque partie, on assure un oubli à répétition, un oubli structurel qui est, pour ainsi dire, perpétuellement neuf. » (La mémoire des œuvres / Judith Schlanger. – Verdier Poche, 2008). Difficile à concevoir une poétique sans mémoire.

14 – Lu en riant : D’ici 2049, les robots écriront de meilleurs livres que les humains ! L’essentiel est d’y croire… C’est d’ailleurs ce que confirme François Taddeï dans son livre Apprendre au XXIème siècle : les humains pour coopérer ont besoin de croyances. Après tout, nous vivons un réel entouré en permanence des imaginaires des uns et des autres.

15 – Le livre que je viens de terminer (Une ville de papier) me rappelle cette idée : la qualité principale d’un écrivain est – sans doute – la procrastination.

16 – BAC Philo 2019 : sujet 2 de la série S : Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ? Une question qui entre en résonance avec la belle réflexion de François Sureau, publié dans Le Figaro : « LES LOIS LIBERTICIDES PROSPÈRENT SUR NOTRE DÉMISSION COLLECTIVE »

LE FIGARO. – La proposition de loi « visant à lutter contre la haine sur Internet » sera, sauf imprévu, discutée demain à la commission des lois de l’Assemblée nationale… François SUREAU.- Que la haine, le racisme et l’antisémitisme soient blâmables ne fait aucun doute. Que nous vivions un temps où les propos qui en relèvent sortent du cadre somme toute limité du café ou des réunions de famille pour envahir l’espace public ne fait pas de doute non plus. Mais ce qui est en cause ici relève de l’organisation de la Cité dans le sens le plus profond. Je partage le dégoût moral des auteurs de ces textes. Mais le dégoût comme l’indignation ne sont pas nécessairement les meilleurs soutiens de la liberté. Chaque époque a d’ailleurs les siens, blasphème au temps du chevalier de La Barre, sacrilège sous la Restauration. Que nos dégoûts soient plus justifiés que ceux de nos prédécesseurs ne constitue pas une excuse, dès lors qu’il s’agit d’attenter aux libertés.

La haine est un sentiment. Peut-elle être une notion juridique ? La haine relève du for intérieur. Elle ne saurait pour cette raison faire l’objet d’une répression pénale. Cette considération de bon sens est en train de céder comme les autres. Le législateur s’arroge désormais le droit de pénétrer dans les consciences, et que celles-ci soient mal inspirées ne change rien à l’affaire. Cette idée simple que penser n’est pas agir, que dire n’est pas faire, qu’avant l’acte criminel il n’y a rien, le cède par pans aux nécessités d’un contrôle social de plus en plus rigoureux. Vous remarquerez que la notion de « discours de haine », est la simple transposition de la notion américaine de « hate speech ». Mais le système américain est beaucoup plus protecteur que le nôtre de la liberté d’expression. Nous autres Français avons beaucoup de mal à concevoir deux choses. D’une part, que l’acteur de la répression, l’État, ses magistrats, ses policiers, ses agents de tous ordres, n’est jamais neutre. Que ses serviteurs ont des intérêts, des opinions, ni plus ni moins justifiées que les autres et qui peuvent changer. Et que, surtout, la société de liberté se définit par un climat général, que chaque restriction dégrade, dépouillant peu à peu le citoyen de sa capacité de libre détermination. Celle-ci ne peut pas être définie a priori par l’État et ses agents, puisque c’est eux qu’il s’agit précisément de limiter et de contrôler. La loi ne peut pas interdire de manifester, ne peut pas empêcher de lire un livre, de publier une opinion, de penser pour finir. Et même de penser ou de dire des choses fausses ou abjectes, parce que c’est précisément dans cette incapacité de l’État à entrer dans ce domaine que réside l’essence de la société de liberté. Bien sûr, cette liberté ne peut aller jusqu’à la provocation à la violence. Mais c’est la seule limite concevable. J’ajoute que je suis opposé à l’extension du domaine du blasphème. Cette extension confère une dignité négative aux manifestations les plus abjectes du crétinisme moderne, l’antisémitisme en premier lieu. Je suis, aussi, réticent devant la multiplication des « phobies », parce que ce mot fait entrer l’opinion, même odieuse, dans un domaine qui cesse d’être celui de la politique pour devenir celui de la psychologie, sinon de la psychiatrie. Vous remarquerez d’ailleurs que le vocabulaire proprement politique disparaît avec les idées qui le fondaient, et emprunte de plus en plus à la médecine (les « phobies »), à l’ingénierie (les « chantiers »), à l’art militaire (les « gardes rapprochées »), à l’anthropologie (la « famille politique »), au théâtre (« l’acte XXX des “gilets jaunes”», « l’acte II du quinquennat »). Difficile de ne pas y voir un signe des temps.

Ne faites-vous pas, par cette réserve, la part trop belle aux tenants d’opinions inadmissibles ? La liberté a un prix. Celui d’être blessé, révolté, atteint, par les opinions contraires. Refuser de payer ce prix, c’est montrer le peu de cas que l’on fait d’elle, c’est préférer en définitive son opinion à la liberté. Il n’y a pas en ce domaine d’accommodements possibles. J’en tiens au contraire pour un refus radical, pour le refus d’entendre ces raisonnements en demi-teinte par lesquels on veut aller au bordel tout en sauvant les apparences de la pureté morale et politique. À la fin, c’est l’air de la liberté qui se raréfie, qui n’est plus qu’un souffle. Acteurs privés et acteurs publics s’entendent comme larrons en foire sur le dos de la liberté. Parties civiles, associations, parquets, réseaux sociaux, policiers, autorités administratives indépendantes, la chasse à l’opinion est ouverte. Je m’inquiète autant de la diffusion des opinions abjectes que de la rapidité avec laquelle l’idée même d’une chasse aux opinions a rempli les esprits. On n’a jamais autant sermonné le pauvre monde depuis que les églises sont vides. Et nous qui nous moquons du substitut Pinard qui poursuivait Flaubert ou Baudelaire, nous en sommes en toute bonne conscience les héritiers, dans la mesure où nous partageons, sans même y avoir pensé, comme d’instinct, cette idée qui était la sienne que l’ordre social vaut par lui-même en tant qu’ordre, et non parce qu’il garantit l’existence de la liberté. La proposition de loi substitue au contrôle par le juge judiciaire, un contrôle réalisé par un opérateur privé… Dès lors que la fonction de l’État n’est plus de mettre en oeuvre le projet des libertés, mais simplement d’accompagner les sentiments des groupes opposés qui s’affrontent dans l’espace public, cette évolution est probablement inévitable. Dans le cas particulier de la proposition de loi, on voit bien comment son dispositif constitue un puissant encouragement à la censure, puisque les opérateurs privés préféreront, dans le doute, censurer plutôt que de voir leur responsabilité mise en cause. Le pouvoir de sanction du CSA est renforcé… Le passé devrait nous rendre plus prudents à l’égard des vertus propres de la commission Tartemolle ou de la loi Machin. Nous sommes entrés mentalement dans le domaine de l’administration. Nous aimons ses commissions, nous parlons son langage. Nous nous exprimons avec les mots de nos maîtres, cependant que les maîtres n’ont plus de sens à nous donner mais se survivent dans leur docilité à nos passions. Là encore, ce qui me frappe, c’est cette espèce de renoncement à ce qui a longtemps été notre âme collective, notre culture politique. Ici l’inculture des gouvernés rencontre l’inculture des gouvernants. Quand j’entendais, au plus fort de la crise des « gilets jaunes », des représentants de l’élite sociale dauber sur la nullité de ces barbares qui étaient aux portes, je me demandais d’où leur venait leur sentiment de supériorité culturelle. Parce que franchement, l’oubli de nos règles et de notre tradition, en particulier de celle de la liberté, me paraît être un vice très partagé, où se rencontrent des émeutiers, des politiques en grand nombre, des fonctionnaires et une fraction non négligeable de la magistrature.

Et dans cette évolution, vous ne distinguez pas, par exemple, la « gauche » de la « droite » ? Aucunement. Les deux camps sont subvertis par ce mouvement profond. La gauche a abandonné la liberté comme projet. La droite a abandonné la liberté comme tradition. Le premier camp réclame des droits socioculturels, le deuxième des droits sécuritaires.

Comment éviter que la nécessaire défense de la dignité de chacun qui inspire cette proposition de loi ne devienne une immense surveillance de la parole publique ? Le seul effet de la loi, c’est, d’une manière très significative, de franchir encore une étape supplémentaire dans la restriction de la liberté d’expression. Pour le reste, il est difficile de prédire ses conséquences concrètes, mais au temps de la lutte de tous contre tous, c’est plutôt le discours lénifiant qui risque de l’emporter sur tous les sujets. Le désir de gouvernants, peu capables d’action sur le réel, de montrer au peuple qu’il se soucie de son désir légitime de sécurité emporte tout sur son passage, droite, gauche et centre confondus. Ici, il n’y a pas de « progressisme » qui tienne. La vérité est que nous avons cessé d’aimer la liberté d’un amour sans partage. Face à toute difficulté, et d’abord les plus tragiques, nous voyons la liberté comme un obstacle, non comme une chance, le principe même de notre énergie collective. C’est une erreur de penser qu’une simple loi pourra réduire un phénomène qui résulte de mécanismes sociaux et humains infiniment plus complexes. L’éducation de tous aux réseaux sociaux et à l’expression publique serait bien plus efficace. Mais évidemment, cela suppose une réflexion, un investissement, ce qui ne séduit pas ceux qui préfèrent faire immédiatement voter une loi à leur nom. Ici encore, c’est le cœur du projet républicain, celui de l’éducation de l’homme à la raison, auquel nous semblons implicitement renoncer. Nous avons perdu confiance dans l’intelligence du citoyen, et c’est pourquoi nous demandons inlassablement des fers et des supplices. Je ne nous vois pas sans angoisse nous transformer en une nation de sauvages délirants, encadrés par des agents de l’administration dûment stylés par la foule des représentants des intérêts et des colères opposées. Je ne nous vois pas sans tristesse admettre, si facilement, que la magie de la liberté, dans ses excès mêmes, est ce qui nous constitue. Nous cherchons à recréer une forme de civilité par la répression. Il n’y a pas de civilité sans liberté. On peut l’écrire, le tonner, bien sûr. Cela ne suffit pas. Cet exercice peut être réjouissant, il reste absolument vain. Nous voyons se multiplier des lois évidemment contraires à notre esprit, à nos principes. Faut-il en faire grief au seul gouvernement ? Ce serait se tromper de cible. Le gouvernement est naturellement porté à réduire la liberté, parce que cela lui rend plus facile l’action de gouverner. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons inventé la séparation des pouvoirs. Je n’attends rien du gouvernement, de celui-là ou d’un autre.

Mais qui donc alors est responsable ? Nous le sommes. La corruption du siècle, disait Montaigne, se fait par la corruption particulière de chacun d’entre nous. Si vous me permettez de prendre une perspective cavalière, un peu trop générale peut-être, je hasarderai cette explication à ce qui prend la forme à mes yeux d’une démission collective. Parce que nous sommes en train de devenir un grand pays démissionnaire. Nous avons inventé la démocratie politique autour du projet des libertés, à l’époque où ce projet rencontrait de nombreux obstacles, des lois du royaume aux autorités de toutes natures, religieuses en particulier, qui en tenaient pour une société du commandement, non de la liberté. D’une certaine manière, nous avons réalisé cet idéal. Il ne peut y avoir vraiment de projet, puisqu’il est réalisé, ni de société politique. S’opère sous nos yeux une conjonction étonnante, nouvelle, entre un gouvernement naturellement épris de tyrannie et un individu, qui n’est plus qu’à peine un citoyen, épris de confort individuel. Et par confort j’entends aussi confort moral, y compris celui de n’être jamais dérangé par les opinions que l’on réprouve. Tocqueville avait prophétisé en son temps ce pourrissement de l’idéal démocratique. Nous assistons au remplacement de la liberté par le culte des droits. Et c’est ainsi que personne ne se choque plus de la multiplication de ces lois dès lors qu’elles semblent faites pour punir le voisin et non pas lui-même. L’État change de nature. Il n’est rien d’autre que le garant, y compris répressif, des droits individuels, chaque groupe pouvant se réjouir que la main tombe sur une communauté après l’autre, pour la récompenser ou la punir. Chacun attend son tour. Chacun attend le châtiment de l’autre.

C’est la nation qui disparaît ? L’antagonisme entre le citoyen et l’État est remplacé par l’antagonisme entre les groupes et les individus où une incroyable énergie mauvaise se donne libre cours. L’État n’a plus d’autre fonction que de garantir les désirs, ce qui ne le rend d’ailleurs pas inoffensif pour autant. Ce qui est en cause, c’est l’atomisation, la pulvérisation de la notion de sujet politique. C’est la fraternité de la devise républicaine qui disparaît avec cette idée de l’identité de nature entre les citoyens qui fait que chacun doit se sentir garant des libertés des autres. Que restet-il alors qui nous rassemble ? Il reste le culte de la « nature », de la « vie », partagé par des secteurs très différents de l’opinion, des écologistes aux catholiques. Dans une inconscience à peu près générale, notre rêve d’une communauté de destin politique meurt sous nos yeux.

17 – Dans Heimat 1 : une chronique allemande : Tuer le temps, c’est un meurtre.

18 – On peut utiliser toutes les circonvolutions dialectiques que l’on souhaite, cela n’y changera rien : l’eau froide n’est pas chaude. Toute ressemblance avec les positions délirantes de l’époque conviendra.

19 – Que dirions-nous au premier extra-terrestre rencontré ? Comment nous comporterions-nous ? Il est étrange que la littérature sur la découverte de la vie dans l’univers ne soit plus vraiment dans nos rêveries contemporaines ? Regarder le ciel est pourtant une ode à la curiosité et à l’ouverture d’esprit.

20 – L’appareil photo est mort après 1 ans et 9 mois d’usage intensif. Réparer ? Si possible. En acheter un autre ? Je déteste avoir à comparer les différents modèles. Normal ? C’est juste un outil. Ne m’intéresse que l’usage… oui, je sais, l’importance du choix des outils…

21 –  Ils ne vivront jamais comme toi : essaie. Vivre est un présent et un privilège, non un droit. Écrire, ce n’est pas vivre. C’est survivre. C’est ce qui est bien : sur-vivre, je l’entends ainsi. Écrire est la troisième étape de la respiration. Inspirer. Écrire. Expirer. Ivre d’écrire. Il est difficile d’écrire même s’il faut toujours être ivre comme l’a si bien dit un certain Charles. Notre folie est toujours aux aguets. Temporiser le trop-plein par l’écriture est notre manière de vivre. Trop-plein que nous préférons déverser dans nos rêveries sur une page – imprimée ou numérique. 

22 – Importantes : la première et la dernière phrases d’un livre. Et si elles entrent en échos, tu tiens ta fin. J’ai écris plusieurs premières phrases mais une seule dernière phrase. CQAC.

23 – « Nous sommes dans une ère chaotique. » (Le problème à trois corps / Liu Cixin.- Actes Sud, 2016. En feuilleton en Chine, en 2006)

24 – Kôan : Une photographie émeut-elle s’il n’y a aucun spectateur pour rencontrer l’histoire qu’elle recèle ? 

25 – CQAC. – Une clairière est une halte, une pause, un havre de paix, perdue au fond de la forêt obscure. Les lianes qui pendent sont des débuts de sentes possibles mais qui nécessitent un regard d’arpenteur. 

26 – Le plus difficile dans le travail de l’écriture du livre en cours (CQAC) est d’atteindre ce stade ultime de la suggestion. Arriver à dire sans dire. Sans dire tout. Sans expliciter. Que le chemin se fasse dans la tête du lecteur et de la lectrice. C’est un livre sur la transmission. Et la suggestion est l’outil le plus délicat du médiateur qu’est l’écrivain. Sédimenter petit à petit tous les éléments qui en feront plus tard un sol et toutes les étapes du travail pourraient être visibles via un carottage. L’autre idée est d’écrire de courts textes, des blocs, parce que le temps d’attention, au vingt et unième siècle se réduit à peau de chagrin. L’ensemble de ces textes forme le livre qui pourrait se décliner à l’infini. Un livre sans fin, un livre sensation pour éveiller le lecteur, la lectrice à leurs propres émotions. Mais, au final, sans le travail du lecteur ou de la lectrice : leur lecture, il me semble qu’aucune histoire ne tient debout. S’il ou elle ne la répète pas, la transforme…

27 – Enfant, courir dans les champs de maïs. Aujourd’hui, se souvenir des coupures des fines et tranchantes feuilles. Malgré ce désagrément, nous continuions à nous poursuivre sachant ce qu’il adviendrait de nos peaux, ensuite. L’inspiration n’est pas affaire d’érudition mais plutôt d’une sédimentation de souvenirs, transformés et d’intuitions qui vous arrivent on ne sait pas comment, et qui ne sont peut-être que des remémorations. CQAC

28 – J’ai dit jeu et il y a eu une incompréhension. Je sortais la nuit pour regarder les étoiles. Tous recroquevillés à penser la fin du monde, nous ne les regardons plus aujourd’hui. J’aimais les odeurs épicées place aux herbes à Grenoble puis prenais un café place St-André #àMainLevé

29 – Aristote pensait qu’il existait trois formes de connaissance : l’épistémè, la technè et la phronesis. L’épistémè, c’est la connaissance du monde, qui a donné le mot « épistémologie »(l’étude de la connaissance). La technè décrit la façon d’agir sur le monde, d’où les mots « technique » ou « technologie ». La phronesis est la moins connue des trois. On la traduit souvent par « prudence », mais ce n’est pas la prudence qui paralyse, c’est en fait l’éthique de l’action. A l’époque d’Aristote, elle décrivait essentiellement l’impact de ce qu’on faisait sur soir et sur les autres. Aujourd’hui, elle ne concerne plus seulement « l’ici et maintenant » mais également l’ « ailleurs et demain ». (Apprendre au XXIème siècle / François Taddeï. – Calmann Levy, 2018)

30 – L’intuition, c’est souvent ce qui permet de choisir le bon chemin au milieu d’un carrefour. C’est un pari, une liberté mais aussi une grande confiance que l’on s’accorde. On pourrait penser que c’est un choix hasardeux mais les intuitions sont souvent la synthèse – inconsciente ? – de ce qui s’est accumulé en vous , et soudain, des agrégats et des sédimentations de l’expérience pointe et jaillit une flèche de direction.

 

Silence…

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CC BY-NC 4.0

Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0. Toutes les photos sont miennes.

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