Proposition 7 (atelier nouvelle) #oloé

C’était. Souvent, c’était, en fin de journée : l’arrivée de la lenteur, accompagnée d’un sentiment de plénitude. État qui permettait l’écriture. Le lieu où écrire était généralement catalyseur. Ce sentiment et ce lieu créaient un hors du temps. Où lire, où écrire. Un hors du temps qui naissait d’une atmosphère et d’un environnement. Une musique  – répétée en boucle – pouvait également provoquer cette sorte de mélancolie de jubilation, propice à l’élargissement de tous les sens. C’était une autre personne qui prenait le contrôle. Le lieu, c’était par exemple, le jardin botanique. Non à cause de son cadre idyllique – présent et passé mélangés – mais parce que c’était là, au milieu des arbres, que pouvait s’épanouir  cette lenteur, qui m’était nécessaire pour écrire. La disposition particulière d’une branche happée par un nuage suffisait pour enclencher l’écriture. Tout allait rapidement, ensuite. Les doigts dansaient sur le clavier de l’ordinateur de poche. Je ne relisais pas. Je ne savais jamais ce que j’allais écrire. Je suivais une partition intérieure. Un musicien ne s’arrête pas dans son interprétation pour rejouer le début de la partition. C’était la même chose. Je déchiffrais des évidences, créais des images, ajoutais des silences – qui, jusqu’à ce moment, m’étaient complétement inconnus ou invisibles. Il y avait ces lieux, cafés, bibliothèques, où lire, où écrire, peuplés de solitudes égarées ou emplis d’une foule de personnes s’interpellant. Écrire, c’était comme jouer un instrument, respirer enfin, sans ces heurts du quotidien qui constamment brisaient la musique de vos jours. Quand cette lenteur et cette plénitude étaient présentes, peu importait les bruits autour, rien ne m’importunait plus. La concentration se fixait au zénith, et mon stylo, pointe fine noire, courrait sur des petits carnets, récupérés ici ou là. Plus tard, je recopiais sur la page du billet de blog, mon traitement de texte préféré. D’autres fois, au café, le petit ordinateur de poche remplaçait les carnets et je n’avais plus besoin de recopier. Je posais le texte d’un seul jet, comme celui-ci en ce moment même. Je ne raturai pas ce texte numérique, si je peux dire ainsi. Je le laissais reposer, n’y pensais plus du tout, l’oubliais. Un jour ou une semaine après, j’effaçais, corrigeais, remplaçais ce qui était trop… trop intime. Cela importait peu d’être publié ailleurs que sur ce blog. Cela n’avait aucune importance. Ce qui comptait, c’était cette mélancolie de jubilation, et la tentative de la retrouver chaque jour. Le lieu en soi a besoin d’un lieu extérieur propice au chant intérieur pour ne pas être apatride à son propre corps. C’est le présent de mes jours.

Silence.

C’est quoi ? : Atelier proposé par François Bon sur son Tiers Livre.

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