#365 JOURS (JOURNAL POÉTIQUE, An 3 – Janvier 2019)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour… Un paragraphe. Écrire – retenir, noter – un instant quotidien, une pensée, une action, une lecture, une musique… et publier le mois suivant… Journal topographique extime.

Début de la troisième année d’écriture quotidienne…

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1 – Nous passons un certain temps de notre existence à croire que nous sommes doués de libre-arbitre, maîtres de nos décisions. Alors que nous oublions dans le même temps de développer notre esprit critique, sans qui – le libre-arbitre – n’est qu’une illusion de plus. Ceci dit, le libre-arbitre est souvent une illusion.

2 – L’actualité du mot déshérence. Ce qui fait réellement peur, c’est le radicalisme aveugle de ces « gens » qui « écrivent », ou plutôt qui se déversent dans la cuvette de la « presse ». Par exemple : « Gilets jaunes : c’est l’État-providence, non le libéralisme, qui est en cause » Pas besoin du nom de celui qui a écrit cela, il ressemble aux autres costumés de son espèce, armée imbécile obnubilée par leurs boutons sur le nez.

3 – Bergson : « Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire les étiquettes collées sur elle. »

4 – « Près d’un mois après l’attentat durant le marché de Noël de Strasbourg, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg n’accueillent plus qu’une victime dans l’un des services de médecine de l’établissement. Tous les autres blessés ont quitté cet hôpital. Le dernier patient encore soigné à Strasbourg se trouve dans un état jugé stabilisé et ne serait plus du tout en situation critique. Il pourrait sortir dans un délai assez court. Par ailleurs, les consultations et entretiens psychologiques des victimes, assurés par la plateforme mise en place aux HUS, se poursuivent. Depuis les faits tragiques du 11 décembre, au moins un millier de personnes se sont présentées aux services d’aide pratique et de suivi psychologique, chiffre qui pourrait encore progresser. » (via DNAtweets)

5 – Atelier quatre de l’atelier d’hiver des ateliers d’écriture de François Bon pour tenter de construire une nouvelle de 4000 mots, au final.

6 – « Au-dehors tout est resté muet, le silence reste un creux dans l’attente d’une parole véridique. L’époque fait miroiter la privation comme avenir proche d’une perspective sans gloire, les poètes semblent faire les cent pas dans une masse repliée, dans une impatience vague. La fatigue détruit l’urgence, le paysage s’en va doucement. Une autre mise, un enjeu fixe et mouvant, une rapidité flexible restent à trouver au-delà des échos, et si la poésie doit devenir le lieu central de cette recherche, elle ne le pourra que dans la conscience de soi la plus claire, la plus ouverte. » #JeanChristopheBailly in Wozu dichter on dürftiger zeit ? – Le Soleil noir, 1978

7 – Anniversaire triste : Charlie Hebdo. 4 ans. Et toujours, la barbarie religieuse à travers le monde. Il y a les livres qui nous ouvrent le monde et ceux qui le ferment.

8 – MEDESKI MARTIN & WOOD : une piste musicale… je pose cela ainsi. Ambiance des jours de janvier…

9 – « Le #nofathernokids – qui se répand en ce moment sur la toile – est un collectif de pères berlinois qui ne souhaitent plus engendrer pour la simple raison qu’un mouvement mondial rejette les pères et leur paternité. Dépités, ils ont décidé la grève de l’enfantement. » (Lu dans la presse)

10 – « Briser les cloisonnements, trouver l’unité du point, faire sauter les toits au-dessus de la tête, créer le vent. Le temps de manque est aussi celui du manque de circulation en profondeur, celui du manque de rencontre des idées, des choses, des êtres, d’un jeu tout en surface où rien ne bouleverse. Dans un monde où figurent 4 milliards d’individus, tous différents, la question de l’identité se fait plus sourde, plus insistante. Celle de la poésie en suit la pente » #HenriAlexisBaatsch in « Wozu dichter in dürftiger zeit ? Soleil noir, 1978. #JeanChristopheBailly Image de la vidéo de #EvaSchmeckenbecher lors de l’expo @hyperecole @marine_froeliger

11 – L’instant et son ombre, qui s’évanouit quand la bougie s’essouffle. Nous sommes de plus en plus semblables à cette bougie qui se consume, fond, puis reste, recroquevillé au fond de la vieille soucoupe à café qui lui sert de bougeoir.

12 – Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France de football, soupçonné de racisme par le passé répond magistralement : «Ça restera, a-t-il accentué, et que certains puissent se permettre de tenir des discours qui amènent à des conséquences qui dépassent tout entendement, ça, je n’oublierai jamais, forcément. On vit avec, mais, à ce moment-là, j’ai considéré que la ligne blanche avait été franchie et quand on franchit la ligne blanche, il y a un point de non-retour, a poursuivi Deschamps, Je sélectionne des joueurs français, ils sont tous français et ça ne m’est jamais arrivé de ne pas sélectionner quelqu’un pour des raisons de couleur ou de religion. Et, dans l’autre sens, ça ne m’arrivera pas de sélectionner quelqu’un sur ces mêmes critères, parce que ce serait aussi grave, si ce n’est pire.» #Excommunications

13 – Splendide conclusion de la lecture de La Recherche par Philippe Didion dans les notules dominicales d’hier :

Lecture. Le Temps retrouvé (Marcel Proust, Gallimard, 1927, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 102, 1954; 1342 p., s.p.m.).
                          L’important n’est pas ici d’avoir terminé La Recherche mais de l’avoir fait en étant toujours actif, professionnellement parlant. Je m’explique et, pour ce faire, remonte une quarantaine d’années en arrière. Vie de lycée. Le professeur nous donne une page de Proust à étudier en nous prévenant que ce n’est pas du gâteau. “De toute façon, dit-il, Proust, on le lit quand on est en retraite.” J’ai reçu cette phrase comme un défi et me suis promis que j’aurais fini de lire Proust avant d’atteindre ce statut. Parole tenue. J’ai commencé en 1983, j’ai poursuivi cahin-caha jusqu’à ce jour avec des trous béants de plusieurs années et des retours réguliers Du côté de chez Swann, le volume le plus magique, le plus touchant, le plus juste car il rassemble ce que j’ai déjà dit considérer comme les trois piliers de la littérature : l’enfance, la géographie et le dialogue avec les morts. Il y a eu des tunnels, des longueurs, des langueurs mais Proust touchait juste à chaque fois, en mettant miraculeusement en mots les sensations, les souvenirs, les sentiments, les ambitions, les déceptions, les joies et les chagrins de son narrateur et en amenant le lecteur à reconnaître qu’il avait connu les mêmes. C’était prévu, bien sûr, car Proust avait tout compris, tout programmé : lorsque, dans Le Temps retrouvé, le Narrateur imagine ses futurs lecteurs, c’est ainsi qu’il les voit : “ ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes”. Pari gagné, il le savait, ce type savait tout. Maintenant, comment faut-il lire La Recherche ? Faut-il tout avaler d’un bloc à l’adolescence comme le fit Matthieu Galey et risquer l’indigestion ? Faut-il attendre d’hypothétiques vieux jours qui se révéleront au final aussi encombrés que ceux qui les ont précédés ? Sans le vouloir, sans la choisir, j’ai peut-être suivi la bonne voie : lire Prout en grandissant, en apprenant, en vieillissant avec le Narrateur, en s’émerveillant qu’un homme ait su, à chaque étape de ce parcours, écrire les mots et les phrases qui sachent l’expliquer et l’enrichir.

 

14 – « Je découvris que je n’aimais pas vivre à l’étage du salon de la société. Intellectuellement, je m’y ennuyais. Moralement et spirituellement, cela me rendait malade. […] Je n’ai plus envie de monter. L’imposant édifice de la société qui se dresse au-dessus de ma tête ne recèle plus aucun délice à mes yeux. Ce sont les fondations de l’édifice qui m’intéressent. » (Ce que la vie signifie pour moi / Jack London)

15 – Le signe que je crois percevoir en regardant un nuage ne m’est pas donné, c’est toujours mon imaginaire qui le construit avec les éléments piochés dans mes mémoires internes : celle de la cave ou celle du grenier, selon l’humeur poétique du jour. Ma grammaire sensible se modifie ainsi régulièrement au fur et à mesure de ma marche. Et depuis ma naissance – quand je ne marchais pas encore – je voyais des signes que je ne pouvais exprimer que par grognements, béats de satisfaction ou de colère. Bébé, quels signes venaient enrichir mon imaginaire ? Chaque sens était déjà un médium primaire. Tout arrivait « naturellement » sans intervention de savoirs mémorisés. Au début, je n’étais que réflexe.

16 – Le dispositif – interactif, par exemple – dans une œuvre de littérature numérique est-il un artefact qui remplacerait le lecteur qui est toujours l’élément que l’auteur ne peut contrôler ? Jouer avec les dispositifs techniques est une nouvelle technique d’écriture, après les contraintes oulipesques…

17 – Évidemment, on peut s’interroger sur cette définition datant de 2007, proposée par Phillippe Bootz : Nous désignerons par  « littérature numérique » toute forme narrative ou poétique qui utilise le dispositif informatique comme médium et met en œuvre une ou plusieurs propriétés spécifiques à ce médium. Certes, il y a sans doute toujours un médium, un blog ou une plateforme de publication, par exemple, pour « éditer » une œuvre de littérature numérique, mais aujourd’hui, les modes de transmission semblent avoir pris le pas sur la première strate de ce dispositif informatique. L’auteur créé ou adapte son œuvre en fonction de ces modes de transmission.

18 – Tu mets un temps presque infini à te concentrer. C’est peut-être l’époque qui veut cela. Atteindre une attention qui dépasse le quart d’heure devient une performance. Être isolé du monde plus de quinze minutes nécessite un effort de volonté. Je veux être un Robinson volontaire.

19 – On pouvait lire sur la banderole jaune qui passait dans la rue : c’est l’heure du grand dégât en écho au grand débat qui venait de débuter. #poésiedelarue

20 – Explorer les lyeux, ceux que l’on ne découvrent que par soi-même. #lyeux

21- L’actualité est un puits sans fonds qui demande chaque jour davantage de nourriture, tout y sombre même les débuts de pensée qui n’ont plus le temps de s’éloigner des bords de la margelle de pierre.

22 – Toujours terminer la journée en lisant un paragraphe, voire une page de Bachelard. Difficile de faire plus, tellement la pensée est à la fois dense et concise, qu’il faut souvent plusieurs lectures pour repérer le début de tous les chemins possibles. Une pensée carrefour. Impressionnant.

23 – Programme et méthode bachelardienne : « Quand notre lecteur aura achevé la lecture de cet ouvrage, il n’aura en rien accru ses connaissances. Ce ne sera peut-être pas tout à fait de notre faute, mais ce sera plutôt une simple rançon de la méthode choisie. Quand nous nous tournons vers nous-mêmes, nous nous détournons de la vérité. Quand nous taisons des expériences intimes, nous contredisons fatalement l’expérience objective. Encore une fois, dans ce livre où nous taisons des confidences, nous énumérons des erreurs. » (La psychanalyse du feu, avant-propos, 1949)

24 – Voir le trou noir. Première image dévoilée de la simulation des émissions radio autour du trou noir central de la galaxie. Ceci n’est pas un œil, mais pourrait en être un.

trou noir
European Southern Observatory/Bronzwaer/Davelaar/Moscibrodzka/Falcke/Radboud University

25 – Tartuffe ? Kafka préférait ne pas… #Bartleby Extrait de la chronique de Philippe Lançon du mercredi 23 janvier 2019 #charliehebdo

philippe lancon et kafka

26 – Il y a les faits, oui, il y a les faits, puis, les sentiments. Et le plus souvent, tout se mélange. S’embrouille. Et s’interconnecte. Se contredit. Et se déréalise. Et s’utopise. Et dès lors, on ne sait plus si les sentiments sont défaits par les faits ou si les faits s’effacent devant l’imaginaire humain.

27 – Mix mixé. – J’ai eu l’idée d’un Musée du Rêve. Les armées de différents pays se bousculent pour prendre le contrôle de l’Arctique, dont la banquise fond inexorablement. Dans la douce odeur du cuir, du bois, de la cire, Amos Oz est mort : « Certes les rêveurs ne nous sauverons pas, ni eux ni leurs disciples mais sans rêves et sans rêveurs la malédiction qui pèse sur nous serait sept fois plus terrible. Grâce aux rêveurs, nous, les réalistes, sommes un peu moins pétrifiés et désespérés. » Judas. Un polar poilant, mais qu’est-ce que c’est ?  Notre système de production et de consommation est mortifère.

28 – Mix mixé. – Forêts, collines, plaines silencieuses et muettes dans l »éclat mat, assourdi, du soleil d’hiver. Nous restons si aveugles. Des milliers de gens passent désormais leurs loisirs à mettre des pierres en travers de leur chemin.

29 – Mix mixé. – Ici ou là, un homme isolé, un mot minuscule, insignifiant, un bruit isolé. Feindre, dissimuler, imiter, intimider sont des tactiques utilisées par de nombreuses espèces, sous des formes curieuses et fascinantes. Les moyens justifient les fins. Loi de circonstance faite dans l’urgence.

30 – Mix mixé. – En 2008, la fille d’une Ougandaise a obtenu la citoyenneté canadienne car elle est née en survolant le Canada lors d’un vol reliant Amsterdam à Boston.

31 – Mix mixé. – Le mimétisme consiste à copier les caractéristiques d’un tiers, afin de se faire passer pour lui. Notre propre multiplication par les images n’est qu’un comme si. Je peux changer de lieu d’écriture. Si facilement. La concentration est toujours instantanée.

 

Silence…

CC BY-NC 4.0

Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0. Toutes les photos sont miennes.

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