Méthodologie poétique… « Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis. »

bachelard-boubat
Photographie d’Edouard Boubat

La lecture du premier paragraphe de La Psychanalyse du feu (1949) de Gaston Bachelard ne s’épuise jamais. Merveille de concision, elle est une méthodologie poétique, critique, inspirante et jubilatoire… Le texte est introduit par un vers de Paul Eluard, un vers qui donne la direction, comme dans toute l’œuvre de Bachelard, guidée constamment par la poésie : « Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis.« 

« Il suffit que nous parlions d’un objet pour nous croire objectifs. Mais par notre premier choix, l’objet nous désigne plus que nous ne le désignons et ce que nous croyons nos pensées fondamentales sur le monde sont souvent des confidences sur la jeunesse de notre esprit. Parfois nous nous émerveillons devant un objet élu ; nous accumulons les hypothèses et les rêveries ; nous formons ainsi des convictions qui ont l’apparence d’un savoir. Mais la source initiale est impure : l’évidence première n’est pas une vérité fondamentale. En fait, l’objectivité scientifique n’est possible que si l’on a d’abord rompu avec l’objet immédiat, si l’on a refusé la séduction du premier choix, si l’on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation. Toute objectivité, dûment vérifiée, dément le premier contact avec l’objet. Elle doit d’abord tout critiquer : la sensation, le sens commun, la pratique  même la plus constante, l’étymologie enfin, car le verbe, qui est fait pour chanter et séduire, rencontre rarement la pensée. Loin de s’émerveiller, la pensée objective doit ironiser. Sans cette vigilance malveillante, nous ne prendrons jamais une attitude vraiment objective. S’il s’agit d’examiner des hommes, des égaux, des frères, la sympathie est le fond de la méthode. Mais devant ce monde inerte qui ne vit pas de notre vie, qui ne souffre d’aucune de nos peines et que n’exalte aucune de nos joies, nous devons arrêter toutes les expansions, nous devons brimer notre personne. Les axes de la poésie et de la science sont d’abord inverses. Tout ce que peut espérer la philosophie, c’est de rendre la poésie et la science complémentaires, de les unir comme deux contraires bien faits. II faut donc opposer à l’esprit poétique expansif, l’esprit scientifique taciturne pour lequel l’antipathie préalable est une saine précaution. »

Et la suite dans le livre…

Silence

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2 réflexions sur “Méthodologie poétique… « Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis. »

    1. Oui et comme pour chaque livre de Bachelard, fidèle à sa méthode, il part d’un vers de poète pour faire converger sa philosophie : trouver complémentarité entre science et poésie. Je n’arrête plus d’être étonné par l’œuvre de Bachelard qui reste si méconnu. Mais il le dit lui-même, nous n’en sommes encore qu’à la jeunesse de notre esprit. Merci pour votre lecture et heureux si ce vers est comme une flamme, une catalyse. Bonne journée FQ

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