Proposition 3 (Atelier nouvelle)

Cercle polaire, œil de la terre. L’aurore boréale était rouge. Je n’aimais pas ce flou. Œil rouge. Soleil noir. Wozu Dichter in dürftiger Zeit ? Un poète peut-il être sans lumière ? Tant de manques. A quoi bon des poètes en un temps de manque ? Un œil triangulaire, on n’a jamais vu. Cela ne servirait à rien. Voir, c’est d’abord une optique. Mais laquelle ? As-t-on encore besoin de voyants ? rimbaldise-t-il, en écho. Ton appareil photo me scrute. Les yeux sont partout, jour et nuit. Tout autour de nous. Que veulent-ils nous prendre ? Ta lumière, pardi, me dit-il. Je me ferme comme une huître et deviens perle. La coquille de l’huître est un Etna qui crache feu ou fumée, c’est selon… L’œil fulmine. L’œuf est un œil aveugle. On ne voit sa pupille, jaune, que si on l’ouvre. Je te fais un clin d’œuf mais ça ne rime à rien. Une friche de pensée ivre. Hébété par la rouille qui vieillit mes paupières. Il écrit, Édouard L. : une série se reflète dans la rétine d’un œil. Photographie. Simulacres. Je ne peux pas m’empêcher de penser à Hervé Guibert, Vivian Maier, Saul Leiter, Denis Roche, Alix Cléo Roubaud. Leurs poésies lumineuses – d’un air de ne pas y toucher – se sont incrustées sur ma rétine. L’œil maîtrise le cadrage à la perfection, ne respecte pas toujours la règle des tiers, zoome, puis se floute à cause d’une larme, inopinée ou à-propos. C’est direct, pur, sans intellect. Ébloui, l’œil ne sait pas penser. Il ne fait plus la mise au point. Trop d’images. Kaléidoscopes permanents. Il n’y aurait que la blanche banquise pour remettre à zéro, mon œil. Quand tu escaladais des montagnes, ce que tu aimais le plus, c’était le retour vers les pâturages. Les couleurs revenaient et chaque retour dans la vallée était un printemps de l’œil. Comment voient les aveugles de naissance ? Comment imaginent-ils les formes, les couleurs, les paysages, les objets ? Leur monde est fait de sons, de touchers, de sensations… quoi encore ? Jadis – aussi- je voulais peindre la nuit. Littéralement. Je peignais la nuit. Le matin, je pouvais vérifier si j’avais reproduit les images nées dans ma tête. Je n’ai jamais réussi à faire mieux que des amas d’ombres et de lignes, des marines dignes de Hugo dans le meilleur des cas. Quant à l’œil d’Hugo, c’est une autre optique, aiguë et anesthésiante . Un musicien sourd, oui, mais un peintre aveugle ? La peinture, art de la lumière. Comment la représenter si on ne peut la percevoir ? 404. – Un homme dicte des tableaux à ses assistants. Dans une série, il voit le travail se dérouler sous ses yeux, dans l’autre il ne le découvre qu’à la fin. Re-Levé, un 404 : message d’erreur qui indique qu’une page n’existe plus sur le web, ne peut plus être vue. Silence

 

 

 

C’est quoi ? : Atelier proposé par François Bon sur son Tiers Livre.

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