#365 JOURS (JOURNAL POÉTIQUE, An 2 – juin 2018)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour… Un paragraphe. Écrire – retenir, noter – un instant quotidien, une pensée, une action, une lecture, une musique… et publier le mois suivant… Journal extime, parfois un peu d’intime, mais caché.

L’occupation du monde se poursuivait en juin…

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1 – Inaudible. –  Imperceptible à l’oreille. Dans la ville, tu cherches constamment à échapper au foisonnement du béton. Tu marches vers le parc ou vers le jardin botanique. Longes les canaux qui encerclent l’île. Te caches sous l’arbre. Puis, tends les oreilles vers le moindre chant d’oiseau. La mésange charbonnière appelle son compagnon. Mais surtout, tu fuis la pensée en chapelle… celle qui est en charpie et à vau-l’eau, sans que plus rien ne puisse la contenir.

2 – « L’imagination qui raconte doit penser à tout. Elle doit être plaisante et sérieuse, elle doit être rationnelle et rêveuse ; il lui faut éveiller l’intérêt sentimental et l’esprit critique. » (La Terre et les rêveries du repos / Gaston Bachelard)

3 – Les arbres qui cachent la forêt sont désormais une forêt à eux seuls, et de toute manière, derrière, il n’y a plus de forêts. – Déforestations.

4 – Ce qui divise « rassemble » désormais la majorité des suffrages. L’universalisme s’enfuit, remplacé par ce multiculturalisme inculte, clientéliste, idéologique et pire, identitaire. Les bruits de botte se rapprochent.

5 – Prétentions (Liste) : Dieu ou dieux, les deux – Ceux qui pensent que leur dieu les a créé à leur image, mon dieu, quel manque d’humilité – Croire, au lieu de douter : notre seule caractéristique intéressante. – Les classements, de tout ordre… à suivre…

6 – L’arbre avait mis plus de deux siècles à faire le tour de la Terre. Puis, était revenu tranquillement au même endroit sans que personne ne remarque son absence. #Contesen2phrases.

7 – Apparences. – L’empathie n’est plus que consensuelle : un poing levé de bonne conscience avec selfies sur réseaux sociaux comme preuve et drapeaux dans les rues. Tout est cool, sauf la pensée… qui ne coule plus. Le politiquement correct a tout submergé. Comment refuser ? Comment fuir ?

8 – « Pourquoi un être humain refuserait-il la jouissance ? » (Le mausolée des amants : journal 1976-1991 / Hervé Guibert. – Gallimard, 2001). Bientôt, les livres de Guibert seront interdits par les nouveaux béni-oui-oui du siècle. « La vue d’un sexe sur une photo, à l’exposition de la mairie, me réveille à peine ; à Bruxelles les sexes sur les photos étaient recouverts de morceaux de scotch rouge. » Déjà, à son époque.

9 – « Seulement on n’est jamais sûr d’être assez fort, puisqu’on n’a pas de système, on n’a que des lignes et des mouvements. » (Mille Plateaux / Gilles Deleuze, Félix Guattari. – Minuit, 1980) « 

10 – «Une flamme créatrice me dévorait, mais je n’écrivis pas une ligne : je tirais des coups de fusil. Ni de jour ni de nuit Moravagine ne m’a jamais quitté dans la vie anonyme des tranchées» (Moravagine / Blaise Cendrars. – Grasset, 1926.- p. 254) cité sur Stalker, blog disruptif de Juan Asensio. « Moravagine, lui, est Cendrars, à moins que ce ne soit l’inverse : «Je voulais me mettre à écrire, il avait pris ma place. Il était là, installé au fond de moi-même comme dans un fauteuil. […] Mes pensées, mes études favorites, ma façon de sentir, tout convergeait vers lui, était à lui, le faisait vivre. J’ai nourri, élevé un parasite à mes dépens. Á la fin je ne savais plus qui de nous deux plagiait l’autre. Il a voyagé à ma place. Il a fait l’amour à ma place» (pp. 260-1). »

11 – Humour interdit. – La nouvelle loi sur les Fake news permettra-t-elle de faire condamner les textes religieux ?

12 – Quelle est la meilleure façon de parler des livres qu’on a aimé ? Sélectionner un extrait, en faire un compte-rendu jubilatoire ou encore mettre une simple image comme l’on gouterait un plat pour en connaitre la saveur… ? La littérature n’intéresse – presque – plus personne…

13 – L’invective permanente comme si on la respirait… confusions partout…

14 – Les nouvelles de L’Homme illustré de Ray Bradbury…

15 – Hémérothèque : « bibliothèque dont le nom désigne les documents éphémères, imprimés fugaces, qu’elle conserve« . Une hémérothèque des vents est-elle possible ?

16 – De Joseph Roth, son biographe dit qu’il était un « mythomane ». N’est-ce pas le cas de tous les écrivains qui testent leurs histoires avant de les écrire ? Les « grandes » mythologies sont des histoires anonymisées dont le nom de leurs auteurs s’est perdu.

17 – « C’est la raison pour laquelle Bergson, dans Les deux sources de la morale et de la religion, présente l’intelligence des hommes à l’instar d’une qualité et d’un défaut mêlés – nous souffrons d’être intelligents, nous tremblons devant la finitude et les représentations qui lui sont afférentes, mais, à côté de cela, nous pouvons tirer parti de cette intelligence en surmontant la souffrance d’exister lorsque nous accomplissons notre grandeur intrinsèque, en superposant aux limites réfutables du monde extérieur, synonymes de productivité, les voies illimitées de notre monde intérieur, synonymes de créativité. C’est pourquoi l’araignée n’est pas héroïque lorsqu’elle construit sa toile avec une parfaite maîtrise des proportions et un sens inouï de l’architecture (5), car elle façonne toute son œuvre inconsciemment, mais l’homme, en revanche, étant donné qu’il peut à chaque instant s’abîmer dans l’égoïsme, la paresse ou la nullité, est toujours grand lorsqu’il va consciemment au bout de ses projets et que ceux-ci ont une valeur ajoutée pour la vie en commun. Cela peut concerner aussi bien le fait d’éduquer ses enfants que de faire œuvre pour la science – il n’y a heureusement aucune hiérarchie dans tout ce qui peut contribuer à rendre la vie des hommes davantage transitive. C’est proprement valoriser son intelligence que d’instruire un fragment de soi qui semblait brisé ou usé – et c’est se vautrer dans une faiblesse odieuse que de prétendre être libre tout en se laissant de plein gré dominer par les plus catastrophiques dispositions de la nature humaine, sachant évidemment que d’autres, plus assidus à la grandeur, chercheront à nous sauver du marasme parce qu’il faut toujours que des oiseaux de l’infini travaillent (en perdant souvent de leur temps) pour donner une nouvelle chance aux animaux rampants de la médiocrité sociale. Quelques-uns volent au péril de leur vie, franchissent des altitudes et des sommets, le faisant pour ceux qui rampent dans le but de tout dévorer et de prospérer dans la vallée, séduits par l’hédonisme stérile des mauvais cueilleurs de jour – autrement dit les amateurs de la faiblesse consentie, en toute conscience, savent que chaque homme est un amalgame de force et de faiblesse, que beaucoup sont attirés par le fait de se rouler dans une fange porcine et que cela insinue éventuellement un alibi, mais qu’il se trouvera nécessairement des hommes d’exception pour supporter l’horreur et l’oisiveté d’une majorité qui a démissionné de l’art de vivre, sinon de l’aventure perfectible de la vie. » (« Don DeLillo et le terrorisme : une autopsie du cadavre mondial (1), par Gregory Mion » publié le 16 juin 2018 sur Stalker : dissection du cadavre de la littérature, l’indispensable blog d’oxygène de Juan Asensio)

18 – Ici, nous fêtons l’invention de l’imprimerie. Certes. Est-ce une autre manière de refuser que tout passe désormais par le numérique ? Faut-il s’en réjouir et y voir un acte de résistance ou plutôt relever un manque de lucidité sur l’époque dont le résultat est une fuite de plus face à ce manque d’imagination collectif ? S’emparer, réinventer de nouvelles pratiques plutôt que subir.

19 – La révolution typographique de la pensée est de mettre des petits points partout pour marquer le genre, comme des points sur les i, sans que les esprits et les comportements ne changent le moins du monde. Nos préférences sexuelles en colifichets, en surplus, ce qui ajoute encore un cran à la confusion actuelle.

20 – Les réseaux soucieux de choses sans importance…

21 – Intention.« Il y a moins d’étoiles au ciel que de sujets de livres dans le monde. La plupart ne brilleront jamais. Ils passent, comme des nuages, changent, disparaissent, tandis que d’autres se forment. Quelques-uns tardent à se dissiper, s’imposent, gagnent en substance.  Un texte qui suivrait leur cours en suivant, s’abandonnant à ce qui vient ou au hasard des circonstances comme les nuages au gré des vents aiderait-il à se perdre ou à se trouver ? Ici, du moins, en associant une expérience personnelle ou un souvenir à une réflexion générale, suivrais-je moi aussi une tectonique des nuages, de l’inconstance et du vagabondage, comme il y a une tectonique des plaques, une dérive des continents, un flux des océans, des idées et des mots, et puisqu’on n’accorde aux nuages qu’un coup d’œil, dans un but utilitaire, et souvent se plaindre d’en voir, il me plaît de commencer en réparant cette injustice. » (La tectonique des nuages / Armand Farrachi. – Ed. José Corti. – (Biophilia))

22 – Question d’Enis Batur qui rejoint les réflexions de Kenneth Goldsmith :  » Comprendre que tout est écrit, que tout est d’ores et déjà lisible constitue assurément le savoir ultime auquel l’homme puisse accéder. » (D’une bibliothèque l’autre / Enis Batur. – Bleu autour, 2008)

23 – Poétique de la pluie. – « Il fut vraiment étonné et se mit à rire lorsqu’il trouva sous la pluie violente la jeune femme appuyée d’une main au tronc desséché du palmier au milieu du jardin, avec un sourire très heureux, ignorant de tout et comme le caressant. » Première phrase du Pluie d’été (1956) de l’écrivain turc Ahmet Hamdi Tanpinar (Actes Sud, 2006)

24 – Relire Le Gai savoir de Nietzsche et se rendre compte de la distance qui nous sépare de cette époque. Nous avons définitivement changé d’air. La musique est autre. Inactuelle, écrirait-il.

25 – « Il faudrait donc renoncer à dénigrer les nuages en les associant à des jours de tristesse, à de mornes pensées, à de mauvais présages, et lutter contre l’impérieux ciel bleu unique symbole de bonheur et de prospérité. Sans les nuages, la vie ne serait pas seulement plus triste mais impossible. » (La tectonique des nuages / Armand Farrachi. – Ed. José Corti. – (Biophilia))

26 – « Nous devrions d’ailleurs considérer l’univers, dans toutes ses parties, comme nous voyons les nuages, dans une fluidité, une mobilité, une métamorphose perpétuelles, car les continents dérivent, les fleuves s’écoulent, les galaxies entrent en collision, les idées passent et reviennent, les vivants meurent et parfois les morts semblent présents, tout change et se transforme. Nous croyons les arbres immobiles et les animaux rapides, mais si chaque année passait comme une seconde dans un temps très accéléré, ce sont les arbres que nous verrions jaillir ; déferler dans l’espace comme des vagues, et ce sont les animaux même que leur mobilité rendraient invisibles, et nous saurions qu’il existe entre tous moins de différences de degré ou de nature que d’échelle. » (La tectonique des nuages / Armand Farrachi. – Ed. José Corti. – (Biophilia))

27 – La bibliothèque est le lieu des liens.

28 – Chercher le royaume ? Il n’y en a pas. Il n’y a que des atomes, le hasard et des combinaisons infinies. Ce qui est en soi, plus incroyable, que l’existence d’un royaume. Mais les hommes préfèrent fantasmer sur son existence.

29 – « Notre imaginaire commun nous fait croire que nous vivons dans des «démocraties», alors qu’un regard plus distant sur la réalité de nos régimes de pouvoir suggère que nous vivons dans des «médiarchies». […] « S’efforcer de comprendre la médiarchie, c’est tenter de concevoir ce que sont les «médias» en réfléchissant à ce qu’ils nous font – expression à entendre dans son double sens : on s’intéressera à la fois aux effets qu’ont les «médias» sur nous, mais aussi aux devenirs qu’ils induisent en nous. L’intuition première est que, même lorsque nous dénonçons le «pouvoir des médias», nous nous aveuglons à la médiarchie –  n’entrevoyant qu’à peine à quel point les «médias» non seulement nous gouvernent, mais nous constituent, individuellement et collectivement.  (Médiarchie / Yves Citton. – Seuil, 2017. – (La couleur des idées.))

30 – Sanctuaires avant la fin du monde. – Une zone de chasse inuit groenlandaise inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces terres, au nord du cercle arctique « couvrent une superficie de plus de 4000 km2 (…) comprennent des zones rurales, des lacs, un fjord et une partie de la calotte glaciaire », a expliqué un communiqué des Monuments historiques danois.

 

Silence…

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0. Toutes les photos sont miennes.

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