#365 JOURS (JOURNAL POÉTIQUE, An 2 – avril 2018)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour… Un paragraphe. Écrire – retenir, noter – un instant quotidien, une pensée, une action, une lecture, une musique… et publier le mois suivant… Journal extime, parfois un peu d’intime, mais caché.

Pas de poisson en avril. Les poissons, c’est toute l’année que nous les avalons :

29093284_194491381333486_3666169145969344512_n
Le miroir et le réel – Au jardin botanique de Strasbourg

1 – Éclectisme des lectures indispensables…

2 – Todo list du tri : prendre chaque livre de la bibliothèque personnelle et écrire dix lignes sur la raison de sa présence.

3 – « Important de comprendre que le peer-to-peer renvoie avant tout à une logique rationnelle où chaque individu, en tant que citoyen, peut contribuer à un projet commun. La société civile devient ainsi productive grâce au nouveau phénomène de production par des pairs. » Bref, la maturité d’une société et de ses citoyens basée sur les Communs. (Michel Bauwens : Sauver Le monde : vers une économie post-capitaliste avec le peer to peer.- Les Liens qui Libérent, 2015)

4 – Le lecteur est le musicien du livre. Soliste, il peut suivre son interprétation comme bon lui semble.

5 – Est de garde, Edgar. Jeu de sons.

6 – Mona Lisa klaxonne mais Jacques Higelin ne répond plus… Champagne pour tous le monde…

7 – Paroles entendues : « à chaque fois que l’on intervient sur le fond on ne retient que la forme.« 

8 – Les mots de François Ruffin, député :  » Je lis le projet de loi sur la SNCF qui est assez gros, qu’est ce qu’il y a ? Il n’y a pas une seule fois le mot « biodiversité », pas une seule fois « climat », pas une seule fois « réchauffement. En revanche il y a 85 fois le mot concurrence. »

9 – Le mot changement utilisé en politique est synonyme d’immobilisme ou de retour en arrière. Un comble… grenier pour entreposer les choses gênantes.

10 – Et tout le tremblement… un titre de livre le contient toujours en entier…

11 – « Stilte » aux Pays-Bas. Silence en Pays-Hauts ?

12 – La poésie est une manière de vivre.

13 – Suivre la voie de sa voix et écouter l’avis de la vie.

14 – Comme beaucoup de choses, le dessin n’est pas inné. Il n’est question que de pratiques et de temps long.

15 – Lire ton Bachelard quotidien… besoin de poésie…

16 –  » VOIR, opération de l’œil, OBSERVER, opération de l’esprit, CONTEMPLER, opération de l’âme  » Émile Bernard

17 – Elias Canetti écrit : « la fourmi ne sait rien des épidémies ni de toutes nos maladies. » Nous sommes des fourmis. Industrieuses comme elles et tout autant, ignorantes.

18 – « Le néant est un mot qu’on n’emploie plus volontiers et que j’avais utilisé dans trop d’articles pour avoir lu trop de poésies, ou les avoir lues trop mal, un de ces mots qui a gonflé dans les consciences en vieillissant comme un cadavre dans l’eau, gonflé et puis crevé. » (Le Lambeau / Philippe Lançon. – Gallimard, 2018)

19 – « Quand Salman Rushdie avait été victime de la fatwa de l’ayatollah Khomeyni, l’écrivain V. S. Naipaul avait refusé de le soutenir en disant qu’il ne s’agissait, après tout, que d’une forme extrême de critique littéraire. Son sarcasme, beaucoup plus inspiré par son mauvais caractère et une critique désagréable que Rushdie avait faite de l’un de ses livres que par une sympathie qu’il n’éprouvait pas pour les musulmans, ce sarcasme n’était pas dépourvu de sens : toute censure est bien une forme extrême et paranoïaque de critique. La forme la plus extrême ne pouvait être exercée que par des ignorants ou des illettrés, c’était dans l’ordre des choses, et c’était exactement ce qui venait d’avoir lieu : nous avions été victimes des censeurs les plus efficaces, ceux qui liquident tout sans avoir rien lu. » (Le Lambeau / Philippe Lançon. – Gallimard, 2018)

20 – « Si écrire consiste à imaginer tout ce qui manque, à substituer au vide un certain ordre, je n’écris pas : comment pourrais-je créer la moindre fiction alors que j’ai moi-même été avalé par une fiction ? Comment bâtir un ordre quelconque sur de telles ruines ? Autant demander à Jonas d’imaginer qu’il vit dans le ventre d’une baleine au moment où il vit dans le ventre d’une baleine. Je n’ai pas besoin d’écrire pour mentir, imaginer, transformer ce qui m’a traversé. Le vivre m’a suffi. Et, cependant, j’écris. » (Le Lambeau / Philippe Lançon. – Gallimard, 2018)

21 – « Ils n’appartenaient pas au monde culturel et en ignoraient la malveillante bienséance. » (Le Lambeau / Philippe Lançon. – Gallimard, 2018)

22 – Tous les livres sont des pauses de sagesse à l’exception toutefois de ceux qui contiennent une idéologie – sectaire : politique ou religieuse.

23 – Les livres patientent,  les livres attendent. Ils sont posés sur une table, entreposés dans une bibliothèque, parfois sur un banc, oubliés dans un parc. Le temps n’a pas de prise sur eux. Ils attendent que vous soyez prêts à les écouter. Ils attendent que vous soyez prêts à vous ouvrir.

24 – Imaginer la vie sous terre pour le livre à venir.  « Qui aime imaginer parlera aux échos souterrains. Il s’apprendra à interroger et à répondre et peu à peu il comprendra la psychologie du je et du tu de l’oracle. Comment les réponses peuvent-elles donc s’ajuster aux questions ? C’est ce qu’on entend par l’imagination plus que par la perception dès que c’est une voix naturelle qui parle. Quand la Nature imite l’humain, elle imite l’humain imaginé. » (La Terre et les rêveries du repos / Gaston Bachelard. – Corti, 1948)

25 – « Comment les réponses peuvent-elles donc s’ajuster aux questions ? » Un livre est une immense question. Les réponses sont construites par le lecteur en fonction de son chemin. Les réponses sont ainsi toujours plurielles. Pour l’écrivain, la langue employée, le choix des mots, la construction de la narration sont contraintes par ces interprétations futures et individuelles de chaque lecteur et le plus difficile dans l’écriture reste de trouver l’archétype – central – qui rendra universelle votre question.

26 – « Je me suis souvenu de l’exemplaire du Rouge et le Noir que j’avais lu dans un hôtel de Mogadiscio dont j’étais le seul occupant, à la lueur d’une petite bougie, tandis que les tirs se multipliaient dehors et qu’un groupe de chats hurlait dedans. » (Le Lambeau / Philippe Lançon. – Gallimard, 2018)

27 – Puisque nous respirons… la continuité de la vie… « Il y a certes bien des façons de réviser encore et encore la copie de ses propres deuils. Mais, pas plus qu’à l’école une fois la copie rendue, chacun ne dispose d’une gomme à effacer ce qui a eu lieu. » (Le Lambeau / Philippe Lançon. – Gallimard, 2018)

28 – La condition de l’auteur ? L’artiste belge Marcel Broodthaers écrit sous une pluie battante. Le texte s’efface au fur et à mesure qu’il tente de se fixer sur la page.

29 – Relire les livres de formation en époque de mutation :  » Aussi savants les uns que les autres, bibliothécaires et lecteurs parlaient le même langage. Leur connivence rendait relativement aisé l’établissement de cadres  de classement des connaissances pour les collections et les catalogues. Il n’y a pas matière à polémique sur le sujet. Mais la lente démocratisation du savoir et l’élargissement des publics ont quelque peu perturbé cette harmonie. On a pu la préserver un temps en instituant une ségrégation éducative et culturelle et en créant la bibliothèque populaire dont la modestie des collections n’a guère posé de problème de classement. Mais l’avènement de la bibliothèque de masse après la première guerre mondiale a obligé la profession à une révision radicale de ses méthodes d’organisation. Pendant une longue période, que l’on situera approximativement entre 1919 et 1968, les bibliothécaires ont libéralisé l’esprit de la lecture populaire en utilisant la CDD comme moyen de l’accès direct au livre. Ils ont ainsi sensiblement amélioré l’image de la bibliothèque dans l’opinion et attiré un large public. Mais dans les villes dont les bibliothèques étaient les plus actives, la conquête du non-lecteur s’est heurtée à un butoir. Dans le meilleur des cas, la fréquentation a plafonné vers 20-25 % d’une population réputée alphabétisée à 100 %. La sociologie culturelle a apporté des éléments d’explication au phénomène. En développant les collections, en perfectionnant l’organisation technique et l’aménagement des espaces, les bibliothécaires ont amélioré l’offre de lecture et de documentation sans se demander si la distribution et la consommation de biens culturels pouvaient être traitées comme celles des revenus et des biens matériels. En réalité, la consommation culturelle est d’abord réception et compréhension d’un sens, celui du message porté par les supports du savoir et de la culture. L’usage régulier de ces supports est subordonné à cette compréhension (Jean-Claude Passeron). Or le développement des bibliothèques n’a porté que sur leurs supports et leur environnement. L’effet de butoir est dès lors explicable. Les recherches faites dans le cadre de l’Association française pour la lecture ont montré que le sens d’un texte ne pouvait être perçu qu’au-delà d’une certaine rapidité de lecture, lorsque le lecteur a dépassé le stade de l’oralisation des mots et pratique une lecture silencieuse. Or beaucoup d’alphabétisés ne savent pas ou ne savent plus lire parce qu’ils sont demeurés au niveau du déchiffrage oral. Comme tous les pays développés, la France a redécouvert et rebaptisé « Illettrisme » le phénomène de l’alphabétisation de retour, qui est aussi ancien que la scolarisation des masses populaires. Dans le meilleur des cas, lorsque la capacité de lire demeure, l’offre de lecture faite par l’institution publique ne peut toucher ces « mauvais lecteurs« , parce que la lecture n’est pour eux qu’une valeur marginale : « la lecture n’existe que dans les vides de la vie, dans les interstices des autres activités » (Nicole Robine). L’approche de l’imprimé par ces lecteurs occasionnels est une approche sensible, concrète, greffée sur des ensembles d’activités qui sont les centres d’intérêt moteur de leur existence : le métier, les loisirs, les relations familiales, les relations amoureuses. Ce n’est pas l’approche intellectuelle qui caractérise le comportement des lecteurs de la classe moyenne qui forment le gros du lectorat des bibliothèque publiques. Or les classifications bibliologiques reposent sur une logique abstraite qui ne peut être acquise que lentement, au cours d’une scolarité prolongée. Elles sont pour le mauvais lecteur un obstacle insurmontable (Nicole Robine). C’est ce regard nouveau sur le public du livre et le non-public du livre et des bibliothèques qu’est née une autre approche du problème de l’organisation des collections. » Ce texte date de 1990. Le Web a t-il encore réduit ou amplifié l’accès au sens pour les non-lecteurs ? (Les Langages documentaires encyclopédiques / Noé Richter. – Ed. de la Queue du chat, 1990.)

30 – « Par hasard en dénichant des livres sur une étagère, j’ai ramené un poème nordique. Aussitôt fait mien car il remue tous mes printemps. Je tombe en toutes occasions en enfance… Plusieurs passés se cachent en nous et remontent dans l’immédiat le plus minime, sans se définir. On a la sensation précise de quelque chose qu’on continue d’oublier. J’ai tant guetté le printemps, cette année, si anxieux de le manquer. A présent guetté par l’âge, je le rumine comme les vaches ruminent l’herbe en clignant les paupières. » (La pipe qui prie & fume / Maurice Chappaz. – Ed. de la revue Conférence, 2008). Lire Chappaz pour introduire mai.

 

Silence…

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0. Toutes les photos sont miennes.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s