#365 jours (journal poétique, octobre 2017)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour…

Un paragraphe par jour, sur le modèle du livre You du poète américain Ron Silliman.

Écrire – retenir, noter – un instant quotidien : une pensée, une action, une musique… et publier le mois suivant… Silence.

En octobre, la troisième guerre mondiale n’avait pas encore commencé et les manigances des traités du commerce (CETA) n’étaient que peu relayées dans la presse libre du monde libre, pourtant ce CETA produirait prochainement ses effets :

Philippe Rahmy-Wolf est parti rejoindre ses nuages de monarques le 1er octobre. Salut l’artiste.

.

1 –  En fin de soirée, apprendre qu’une voix amie s’était éteinte pour toujours. Rester coi. Avoir lu Monarques, son dernier livre le mois dernier et discuté avec lui quelques jours auparavant. Heureusement, il nous reste les mots de Philippe Rahmy-Wolf : ses conversations dans nos mémoires, ses mails, ses lettres, ses livres et ses billets de blog. Relire. La bibliothèque est le lieu des liens.

2 – Au cœur de la ville de S., je concentrais mon attention sur le bruit produit par le vent dans les feuilles, faisant soudain abstraction du reste, devenu anodin.

3 – Dans ce monde terriblement réel, il convenait de se souvenir que notre calendrier mondialisé démarrait avec la naissance d’un personnage imaginaire.

4 – Le point commun de toutes les religions ? Leur haine des femmes. Qu’elles souhaitent invisibles. Le reste est dialectique.

5 – Surtout n’écrivez pas, ne dessinez pas, ne chantez pas. Regardez plutôt la télévision, écoutez la radio et lisez les journaux… officiels.

6 – « L’eau anonyme sait tous mes secrets. » (Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, 1942)

7 – « Le dilemme de l’observateur : ne pas rester là sans raison… » (Collum McCann. – Et que le vaste monde poursuive sa course folle. – Belfond, 2009)

8 –  « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » écrit Franz Kafka dans sa lettre à Oskar Pollak.

9 –  Il suffit de prêter attention pour voir la beauté du monde : la marche de l’étoile de mer.

10 – Le vent à travers les  branches. Des couleurs primaires, en haut, presque visibles. Un royaume de marionnettes d’animaux parlants (fin comme  ces philosophes et rois) veille sur ces murs de papier.  Hors du champ, tout s’arrête pour une volée de trompettes. Dans la vie des autres.

11 – Le génie est la version optimiste de l’obsession.

12 – La novlangue s’insinuait partout désormais. Un laquais vous faisait les lacets, mais autour du cou. Sourire, vous n’étiez plus qu’un sourire permanent pendant que l’on vous dépouillait du peu d’esprit qu’il vous restait.

13 – Il faudrait jeter au feu : horloges, montres, pendules… On ne mesurerait plus le temps que lors de jeux d’enfants.

14 – La curiosité est une obsession de la fuite.

15 – Ce 15 octobre 1917, un soldat dans la tranchée, regardait le ciel et pensait avec plaisir à la paix qui régnerait très certainement dans le monde cent années plus tard.

16 – La technique d’écriture d’Herman Melville est imparable : ses courts chapitres semblent parfaitement adaptés à notre impatiente époque qui n’aime plus que le fragment.

17 – Petite fumée n’a pu grandir / Petite fumée tenait la main de sa mère, dénudée elle aussi, au milieu de cette forêt de barbelés / ont traversé le camp / Puis, le ciel.

18 – Résolution 7689 : finir l’année en contribuant sur tous les projets de la galaxie wikimedia : participer, depuis 2005, à ce mouvement novateur .

19 – Fugace sérénité passait son temps à te quitter et puis, elle s’est décidée à rester. Introduire un peu de réel dans la fiction.

20 –  Elle dit qu’il lui aura fallu beaucoup de temps pour ne plus avoir honte d’écrire. Phrase catalyse.

21 – Introduire de la fiction dans la fiction quotidienne.

22 – Tous les jours, se tenir à distance des débats épileptiques et sans mesure qui agitent le landerneau médiatique qui n’est qu’écume.

23 – La douceur est un impensé dans ce monde de compétiteurs, stériles. Elle isole celui qui la mentionne. De la coque percée du navire suinte des flots de moraline qui passe ensuite  pour de l’empathie.

24 – Nous n’approfondissons pas. Chacun reste reste dans son entre-soi, confortable. Il suffit  de paraitre. Nous tournons en rond comme Ulyssse. Tout n’est qu’effleurements, par peur d’être.

25 – Le virtuel comme matérialisation de l’imaginaire ? Un écho ?

26 – Dans ce journal poétique, journal extime, je pourrai ne parler que des arbres, des feuilles qui tombent et du vent dans les branches, qui me ravissent et m’aident à vivre. Mais… Chaque jour ou presque, je passe place de la République pour voir si les marqueurs de l’hiver ont jauni : les quatre ginkgos commencent seulement leur transformation.Mais… Tous les jours ou presque, je lève la tête vers le ciel, regarde un nuage ou voit le vol des étourneaux autour de la flèche de la cathédrale ou encore une bizarrerie architecturale sur une façade de la ville de S. Mais… Je pourrai aussi me contenter de peindre le végétal ou l’animal autour de tout ce minéral urbain. Je préfère prendre des photographies et trouver le bon angle, le petit détail qui sera le non-dit de mon poème visuel. C’est encore plus difficile à trouver que d’écrire.

27 – Ce nouvel angélisme qui pense remplacer l’intelligence humaine par l’intelligence artificielle. Comment modéliser l’incertitude humaine dans un algorithme ?

28 – On est encore dans la pensée magique quand on parle de don ou quand on évoque le génie. Et on offense la personne dépouillée de son éveil, de sa curiosité et de son travail.

29 – Le classement de la bibliothèque personnelle changeait régulièrement. La fiction, par commodité, respectait un ordre alphabétique strict. La non-fiction, elle, suivait le fil des passions du moment. Les rayons Philosophie, SF (on disait désormais littératures de l’imaginaire) et tout ce qui touchait à la montagne et aux mondes arctiques restaient les piliers stables depuis toujours.

30 – Qu’est-ce que serait un contre-champ sonore ?

31 –  « Comment la littérature , toute de nuances et de faux-fuyants, qui ne nous aide pas à comprendre la vie, mais à en faire notre demeure, qui nous désoriente avec bonheur, multipliant les chemins des écoliers et les occasions de faire l’école buissonnière sur la ligne droite qui mène du berceau à la tombe, aurait-elle le pouvoir de commander la matière ? Je l’ignore. J’en ai fait l’expérience. Je m’en émerveille chaque jour. Mes blessures se sont raréfiées au cours des années tandis que ma mère poursuivait ses lectures. Encore trop fragile pour affronter le monde, je restais allongé, libéré de mes plâtres, jouissant de la légèreté de mes draps, du moelleux de mes coussins et de mes édredons. Un après-midi, je m’en souviens très bien, nous venions de terminer Le Grand Meaulnes, je me suis redressé. J’ai senti mes jambes prêtes à me porter. Je me suis levé. J’étais Augustin Meaulnes, grand et mystérieux au seuil de la vie. » (Philippe Rahmy, Bêton armé. – La Table Ronde, 2013)

Silence.

.

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0.

 

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s