#365 jours (journal poétique, août 2017)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour…

Un paragraphe par jour, sur le modèle du livre You du poète américain Ron Silliman.

Écrire – retenir, noter – un instant quotidien : une pensée, une action, une musique… et publier le mois suivant… Silence.

En août, le 2 précisément, je lisais Mercredi 2 août, le jour où une seule Terre ne suffit plus et nous étions impuissants pour faire quoi que ce soit :

piranesi
Villa Adriana à Tivoli – gravure de Giovanni Battista Piranesi

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1 – Partir sur un chemin non tracé… non cartographié… presque sans mémoire…

2 – Nous ne pouvons pas nous extirper de cette idéologie de l’abondance. Notre faim est notre civilisation. Une planète ne nous suffit plus depuis longtemps.

3 – Le monde est de création récente écrivait Lucrèce dans son De Rerum Natura en 55 av. J.C et pourtant, on a déjà l’impression qu’il est proche de sa fin. Mais, là encore, c’est une illusion humaine.

4 – « Maintenant, je comprends pourquoi on a renoncé à des choses telles que l’écriture et la civilisation ; j’entends par-là essentiellement la culture, et les limites qu’elle impose : c’était trop difficile. » (Earthworks/ Brian Aldiss, 1965)

5 – Marquer le temps différemment pour en reprendre le contrôle.

6 – Ce jour, je me promenais dans les ruines de la Villa Adriana par la grâce des gravures de Giovanni Battista Piranesi. – Ce jour en 1945 : Hiroshima.

7 – Nous nous excluons du monde pour le fuir et pour évoluer.

8 – Effaré par la bêtise insondable de la boîte à images et des personnes qui éructent dedans. Cette décérébration généralisée ne peut pas être sans effet.

9 – La mémoire s’efface, diluée dans le flux continu initié par les médias sociaux. L’époque dans toute sa naiveté pense ne plus avoir besoin des sagesses passées.  Les bibliothèques pourraient rester des bassins de sédimentation mais ce n’est plus dans l’air du temps de la profession. A tort. Le temps long est celui de la bibliothèque. – Ce jour en 1945 : Nagasaki.

10 – Le froid presque partout dans l’univers, le chaud sur notre minuscule planète.

11 – Le fragile mais vital archipel des blogs littéraires : une respiration.

12 – Savoir. Classer.

13 – Expérimenter. Comprendre.

14 – La plupart des photographies qui me plaisent en ce moment ont des tonalités vertes. Elles sont emplies de nature. Et puis, je regarde le nom du photographe et presque à chaque fois, il est japonais.

15 – Transmettre. Éduquer.

16 – Le paysage ne finissait pas avec les arbres de la forêt primaire continentale. Devant, passait le fleuve, immense,  insensible, indompté.

17 – Pour un lecteur, il n’y a pas de rentrée littéraire. La joie demeure d’entendre une voix aimée. Et la  principale difficulté reste d’être à jour de tous les classiques de la littérature avant de mourir.

18 – L’époque a une obsession de transparence : nous devrions documenter le moindre fait de notre vie. Paradoxalement, l’époque refuse de nommer les événements qui agissent sur nos vies. La religion tue de nouveau. Elle tue depuis des millénaires mais…  chut, il ne faut pas le dire.

19 – Ce qui rend notre ignorance impressionnante, c’est notre certitude d’être dans un monde fini. Or, le monde que nous connaissons ne représente que 5 % de la matière visible. Le reste se partage en matière et énergie noires. Rien ne permet de savoir ce que tout cela est. Tous les possibles sont ouverts. Et notre immodestie est toujours aussi incommensurable.

20 –  « Je suis vieux, je me fous de tout » disait Jim Harrison à la fin de sa vie.

21 – Lu : « De violentes tempêtes de neige secouent les nuits martiennes selon une étude publiée aujourd’hui mais ne rêvons pas : « on ne pourrait pas faire de bonhomme de neige ou skier sur Mars », prévient Aymeric Spiga, chercheur au laboratoire de météorologie dynamique à Paris, auteur principal de l’étude.« 

22 – Fuir cette gadoue informationnelle qui n’est que marchandise. Dans Peindre c’est aimer à nouveau,  Henri Miller écrivait : « Comme [Georges] Duhamel avait raison de considérer l’Amérique comme « la menace du futur ». Comme il le disait si bien dans le livre consacré à ce sujet [Scènes de la vie future, 1930], le danger présenté par l’Amérique consiste à rendre toutes choses faciles. Pour tout ce qui met à l’épreuve notre patience, notre habileté, notre compréhension, nous avons trouvé des raccourcis. « Le dessin pour tous en dix leçons. » « Apprenez le piano pendant vos loisirs. » Et ainsi de suite. Apparemment seul l’art de l’amour, l’art d’aimer, défie encore le raccourci. » Henri Miller notait cela en 1962.

23 – Il y a toujours ce moment où la forêt qui précède la montagne vous manque. Vous visualisez le début du sentier….

24 – A quoi bon ? est peut-être la phrase préférée du procrastinateur. Il se dit que sans doute ce qu’il souhaite écrire a déjà été écrit par quelqu’un.

25 – Un été à lire Marguerite Yourcenar, la rebelle. Puis, dévorer le dernier Pamuk, le sage et baroque stambouliote. En attendant, la semaine prochaine, le nouvel opus de Daniel Mendelsohn, le lumineux.

26 – La curiosité comme moteur de l’érudition…

27 – Sillonner les rues de la ville de S.

28 – Il faut continuer à vivre dans un souterrain, ne sortir à l’air libre que lorsque l’œuvre est mûre, qu’elle peut vivre seule, sans vous : quand elle ne vous appartient plus.

29 – Trouvé un nouvel oloé, un lieu où lire, où écrire. Mais, chut, je le garde pour moi.

30 – La réalité est très souvent très terre à terre. Tenter de la rendre ciel à ciel.

31 – Qu’est-ce que vous faites pour embellir le monde ? Dans un quotidien du soir : « Des chercheurs ont identifié 381 nouvelles espèces de plantes et animaux en Amazonie, selon un rapport du Fonds mondial pour la nature (WWF) et l’Institut Mamiraua présenté mercredi à Sao Paulo (Brésil). La liste inclut 216 plantes, 93 poissons, 32 amphibiens, 19 reptiles, un oiseau et 20 mammifères dont deux fossiles, précise ce rapport, qui estime qu’une nouvelle espèce est découverte tous les deux jours en Amazonie, vaste étendue de jungle répartie entre neuf pays d’Amérique du Sud. […] En outre, « toutes les espèces sont situées dans des zones où l’être humain est en train de dégrader l’Amazonie » et cela « menace la survie des espèces avant même qu’elles soient découvertes »« 

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Silence

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CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0.

 

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