#365 jours (journal poétique, juillet 2017)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour…

Un paragraphe par jour, sur le modèle du livre You du poète américain Ron Silliman.

Écrire – retenir, noter – un instant quotidien : une pensée, une action, une musique… et publier le mois suivant… Silence.

En juillet, la canicule maintenait sa pression :

Pyasage indéterminé
Paysage indéterminé

.

1 – Peu à peu, le savoir qui affranchit s’estompait au profit de compétences adaptées à l’unique idéologie en vigueur : celle du marché. On régressait. La vie douce était un produit marketing comme les autres. Le citoyen s’évanouissait dans un imperceptible mouvement. Seul restait un individu pièce mécanique, interchangeable, semblable à l’un des rouages du film de Charlot, Les Temps modernes.

2 – Je n’entends pas les cigales ici. Il fait pourtant plus de 30 degrés. Quand migreront-elles ?

3 – Le cœur de nos métiers n’est jamais dans la technique mais pourtant, tout se concentre autour d’elle pour éviter la réflexion sur le sens de nos actes.

4 – Si j’étais conducteur de tram, je pourrai écouter des livres audio toute la journée. Quelqu’un a t-il déjà enregistré l’annuaire ?

5 – Il est étrange d’imaginer les pensées des hommes du passé qui vivaient dans un autre univers que le nôtre. Les biographies sont des romans.

6 – Incroyable faculté du cerveau d’oublier des pans entiers de votre vie et de les faire revenir par un chemin buissonnier sans que vous ne vous y attendiez.

7 – J’étais arrivé au sommet de la montagne après avoir passé la nuit précédente dans la paroi. Sur cet espace limité d’un mètre sur un mètre, j’ai regardé le coucher du soleil et le monde tout autour de moi qui semblait si paisible, sans les hommes.

8 – Aucune œuvre n’a été écrite par un seul individu.

9 – Tolkien a inventé plusieurs langues dont l’elfique pour ses histoires en Terre du milieu : des langues pour émerveiller. Orwell, la novlangue de l’Océania, une langue pour faire comprendre le rétrécissement de la pensée quand le langage est instrumentalisé à des fins politiques. Le langage alterne ainsi entre beauté et difformités.

10 – Vivre l’instant présent est une escroquerie. Il y a plein d’instants que nous ne voulons pas vivre.

11 – Ce que l’on voyait au premier coup d’œil, les cicatrices sur son crâne rasé.

12 – Antarctique. « Une faille menace de créer un iceberg géant« . La plupart des titres de la presse y vont franchement : l’iceberg s’est déjà détaché. Dans la réalité, il n’est pas encore détaché. Aucun Jack London ou Albert Londres pour aller vérifier sur place la pertinence de ces affirmations. Ce catastrophisme ne justifie–t-il pas un A quoi bon, salutaire pour le confort de l’esprit ? La presse use du spectaculaire, et ensuite ?

13 – Il est bon d’imaginer son futur. Et d’autres fois, de regarder son passé avec un sentiment d’apaisement.

14 – Surréaliste : les restes de Dali vont être exhumés le 20 juillet. Pour recherche de paternité. Ne jamais avoir la paix, même mort.

15 – Lire :  » La fiction officielle veut qu’un empereur romain naisse à Rome, mais c’est à Italica que je suis né ; c’est à ce pays sec et pourtant fertile que j’ai superposé plus tard tant de régions du monde. La fiction a du bon : elle prouve que les décisions de l’esprit et de la volonté priment les circonstances. Le véritable lieu de naissance est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres. » Les mémoires d’Hadrien / Marguerite Yourcenar

16 – Plus personne n’a plus jamais entendu parler de François Villon après le 8 janvier 1463. Sa trace s’est perdue. Seul Rabelais l’a imaginé finissant ses jours dans le Poitou.

17 – N’être personne et sans dents n’étaient plus une condition suffisante, il fallait désormais n’être RIEN pour le châtelain du royaume. Rien sera le mot du mois.

18 – Des années perdues à se demander comment classer sa bibliothèque. Ce qui semble plus important est de relier dans sa tête les livres et leurs lectures entre elles. La bibliothèque agrège et conserve. Le cerveau fait vivre : remémore des images et des idées, trace des chemins, créé des liens entre les personnages et les événements réels, imaginés ou rêvés.

19 – L’écrivaine était myope et refusait de porter des lunettes. L’acuité de son écriture n’en souffrait pas.

20 – Je préférerai toujours la philosophie de Sempé à celle d’un Sartre. L’une rassemble en taquinant, l’autre divise en jugeant.

21 – J’ai de plus en plus de mal à voir de belles photographies. La technique doit être invisible.

22 – Paradoxe : on ne peut pas photographier et penser. Mais on ne peut pas photographier sans penser. Le geste photographique est un réflexe.

23 – Le caractère affirmé des polices typographiques qui marquent la feuille.

24 – Pensée pour Sarah Halimi, victime d’un racisme dont on ne peut pas dire le nom.

25 – Maintenant, j’avais parcouru presque toutes les rues de la ville de S. Il devenait difficile d’apprécier ce film contemplatif qui s’y déroulait. Les itinéraires du personnage étaient incohérents et je me demandais comment un cinéaste pouvait penser que son film serait crédible sachant que les habitants de la ville de S. pourraient s’en rendre compte.

26 –  Le dépaysement pour la découverte  ou pour l’oubli…

27 – Les extrêmes libéraux devraient lire Marguerite Yourcenar. C’est Hadrien, empereur romain qui parle :  » J’avais de longue date accordé partout des exemptions analogues aux médecins et aux professeurs dans l’espoir de favoriser le maintien et le développement d’une classe moyenne sérieuse et savante. J’en connais les défauts, mais un État ne dure que par elle.« 

28 – L’accumulation comme seul horizon, la consommation comme étincelle de vie… et… rien, le vide, le néant…

29 – J’imagine la description détaillée que fit Marguerite Yourcenar, myope, du nouvel appartement de Jorge Luis Borges, aveugle.

30 – Ce n’est plus une île que celle reliée par un pont.

31 – Le savoir est toujours une aventure. Il se propage et se transmet ; se développe et s’enrichit ; se transforme ou se perd. Il n’a que faire des héritiers. Il ne se donne qu’à celui qui le souhaite.

 

Silence

 

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0.

 

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