#365 jours (journal poétique, juin 2017)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour…

Un paragraphe par jour, sur le modèle du livre You du poète américain Ron Silliman.

Écrire – retenir, noter – un instant quotidien : une pensée, une action, une musique… et publier le mois suivant… Silence.

De juin, on pourrait retenir que l’été est arrivé en avance et ceci :

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Diffuseurs de nuages…

1 – Pour pouvoir résister, il faudrait appuyer fermement nos deux pieds au sol, le sentir ce sol, ressentir notre pesanteur et la gravité universelle. Mais il n’y a plus de sol.

2 – Aujourd’hui, est-on du monde ou plus que jamais d’un territoire ?

3 – A partir de quel moment peut-on dire que l’on connait une ville ?

4 – Le temps bruisse. M’apaise. Je tourne une page de plus… les mots s’écoulent le long de la phrase. Il est minuit passé. Quelqu’un crie dans la rue.

5 – Notre besoin de connections semble inextinguible. Nous sommes devenus des cyborgs, des êtres hybrides… un peu perdus mais tenus en laisse…

6 – La connaissance est mouvement. L’infini est cet endroit qui est si éloigné de nous – physiquement et mentalement – que l’on ne peut l’atteindre. Qu’y a t-il après l’infini ?

7 – Les nouvelles de la presse du jour  : « Une équipe internationale a identifié au Maroc les plus vieux ossements d’Homo sapiens, datant de plus de 300.000 années. Une découverte majeure qui repousse de plus de 100.000 ans l’apparition des premiers hommes modernes sur le continent africain. »

8 – Ce monde est de bric et de broc. Les oiseaux volent encore à l’endroit, mais pour combien de temps ? Peut-on lutter contre la folie qui nous entoure ?

9 – Il y a un regard qui m’observe. Ce regard est dans une tête. Une tête en forme de statue. Cette statue est une gomme qui représente Vincent Van Gogh qui me fixe. Mais gommer n’est pas vivre. Et Vincent Van Gogh continue de faire sa tête des mauvais jours.

10 -Écrire c’est vouloir – un peu naïvement – fixer l’éphémère. L’homme n’est qu’une arrogance.

11 – Il faudrait pouvoir dessiner tout ce que l’on écrit, abstractions y compris. Ce qui ne pourrait pas être dessiné, ne serait pas écrit. Sorte de contrainte pour accéder à la clarté ? Comment je dessine clarté ou contrainte ?

12 – Il n’y a que les autres qui sont des personnes. Moi ? Je ne suis personne.

13 – Retour en 1327 vers Le Nom de la rose. Dans un quotidien du soir, ce jour de 2017, on pouvait lire  « Je ne croyais pas possible qu’un baptisé puisse être possédé par le démon… » paroles d’un père de l’église à propos d’un responsable des Jésuites qui reconnaissait que le diable était plutôt un symbole.

14 – Les douces effluves des tilleuls en passant par la rue Sainte-Madeleine.

15 – La lecture est une immense arborescence qui nécessite de nombreuses années d’exploration pour en démêler les branches, entremêlées à la manière des antiques forêts primaires.

16 – Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la passion est une pleine conscience du moment. Les apparences sont presque toujours trompeuses.

17 -Se demander ce que sera notre imaginaire dans une cinquantaine d’années quand nous aurons été immergés depuis plus d’un siècle au cœur d’une jungle d’images de toutes sortes : fixes ou animées, statiques ou rythmées. Quelles seraient, aujourd’hui, les zones blanches oubliées par cette frénésie photographique ? Restent-ils des lieux ou des sujets qui n’ont pas été photographiés ? Où le silence règne en maître, seulement dérangé par le craquement d’un bois, le bruit du vent ou le chant d’un oiseau.

Le monde semble si documenté que le réel a pris le pas sur l’imagination. Mais c’est une illusion. L’imaginaire – qui n’est que mouvement – est encore plus vivace quand la profusion existe. A la machette, il faut se frayer un chemin, créer son propre dédale pour trouver les photographies qui nous toucheront : celles qui nous rendrons silencieux, pensifs, contemplatifs.

18 – L’écriture comme la lecture est fragmentaire. Un éclair. Il faut des années de pratique pour dessiner la carte générale de l’orage intérieur.

19 – Slogans existentiels du moment : Uber ou ne pas être ? Mais tout écœure…

20 – « J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » dit François Couperin.

21 – L’été fut quand il passa.

22 – L’ouverture au monde se fait par la fêlure. La fuite est un trop-plein.

23 – Nous sommes immergés dans le temps. Parfois, l’art nous permet, un bref instant, d’escalader l’autre rive, de nous reposer sur la berge : d’être hors du temps.

24 – Hakawati est mon métier.

25 – Lu : « Le Groenland, responsable de la hausse du niveau des océans » mais toujours pas les activités des hommes.

26 – La vie est brève. J’ignore pourquoi je suis né ici et non sur une planète d’une autre galaxie. Mais ce que je sais, c’est que parfois sur cette terre-ci, il y a un regard, un sourire, de la joie qui passent entre deux êtres et cela suffit.

27 – Dans la librairie, je lis en sous-titre d’un livre de poésie : poésie provisoire. Et puis, je me dis, que revenu chez moi, peut-être que la poésie aura disparu. Et je ressors dans la rue sans le livre.

28 – Hausser les épaules pour rester humain puis éclater de rire.

29 – Le non-agir est aussi une forme d’action.

30 – Un proverbe chinois dit :  » Trop de désunion nécessite l’union et trop d’union entraîne la désunion. »

 

Silence

 

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0.

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