#365 jours (journal poétique, mai 2017)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour…

Un paragraphe par jour, sur le modèle du livre You du poète américain Ron Silliman.

Écrire – retenir, noter – un instant quotidien : une pensée, une action, une musique… et publier le mois suivant… Silence.

Espérons que la raison en mai retrouvera ses esprits :

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Les marins d’eau douce : scènes de la ville quotidienne #5 #strasbourg #svqstras

1 – Chercher la beauté, puis la transmettre… C’est une joie immobile et lente comme un murmure.

2 – Le livre de tous les possibles ? Le plus beau des livres ? Un dictionnaire. J’ai démarré une lecture exhaustive depuis la lettre a. Le tour des mots en 80 jours ?

3 – On habite toujours un bout du monde sur cette terre. Vous pouvez acheter des chaussures de marche, prendre des trains ou des avions, cela ne changera rien. L’exotisme restera au bas de votre porte.

4 – Tant de gens regardent le doigt au lieu de la lune… ultralibérale. Il est vrai qu’on leur demande, sans repos, de regarder le doigt.

5 – Il n’y a plus de pourquoi, seulement des injonctions… morales.

6 – Un népalais de 85 ans est mort ce samedi en voulant gravir l’Everest. Il s’appelait Min Bahadur Sherchan. Il l’avait gravi une première fois à 76 ans.

7 – Vos rêves sont-ils en couleurs ? Oui… mais nous ne voulons pas être milliardaires.

8 – Nos idées ne sont plus que des réflexes en réaction aux injonctions qu’on nous lance. Le libre-arbitre est en roue libre sur les anneaux de Saturne.

9 – Vos murmures s’apaisent quand le soir jaillit. La nostalgie s’envole en silence.

10 – Ne jamais cesser de se questionner.

11 – Les forêts précédent les hommes et les déserts les suivent, écrivait Chateaubriand. Puis, le vent se lève, sème de nouvelles graines et les forêts reviennent…. sans les hommes qui sont fétu de paille…

12 – Plusieurs dizaines de pays ont fait l’objet d’attaques informatiques de grande ampleur ce vendredi.

13 – Ceux-là, leur fonction, est de jouer avec les peurs des gens, nos peurs. Ceux-ci, d’en profiter, puis remercier ceux-là – pour services rendus – qui se prennent pour les chevaliers de la liberté d’opinion et de la presse.

14 – Le soir qui tombe. Le bruit apaisant d’une pluie d’orage. Le calme, malgré tout. Le souvenir des senteurs d’un sous-bois et du chant d’un coucou au loin.

15 – Les gens, si peu de choses, pour ces messieurs…

16 – Il ralentit. Il y a des jours où il trouve tous les visages beaux.

17 – Les gestes de Vilém Flusser sont arrivés, de la maison d’édition marseillaise Al Dante. Un gros livre rose : inventaire des essais sur les gestes décrits par Flusser. Il y a, bien entendu, le geste d’écrire, le geste de photographier que je connaissais déjà, et d’autres, comme le geste du retournement des masques bien adapté à la période électorale actuelle, le geste de se raser, de fumer la pipe ou encore le geste de planter. Et Flusser de nous dire que c’est un geste anti-naturel, c’est-à-dire pervers… que par ce geste de planter, l’existence est renversée… et ainsi va aussi de notre raison bouleversée par la lecture de toutes ces thèses au regard en biais… A lire…

18 – Tu es né quand ? Et le vide, soudain, en pensant à cette question qui parait pourtant simple…

19 – L’ennui est si utile à notre imagination, l’ennui est le moteur de nos mouvements.

20 – Évolution : élu mot du moi. Il n’y a pas de honte à reconnaitre l’influence de nos ainés. Dire, par exemple, j’aimerai atteindre le niveau de l’art du photographe Saul Leiter. Cela ne signifie pas, faire du Saul Leiter. Mais, tenter d’approcher cet indéfinissable que l’on ressent dès que l’on regarde ses photographies. Et ainsi, avec les mots. Ron Silliman à la date du 20 mai écrit : le problème avec la poésie, c’est les poètes. Sourire du mois.

21 – L’intime, c’est le temps de la réflexion par essence, une absence de médiation. Un temps qui ne presse pas et qui se promène sur des chemins de traverse. Le choix de l’agoraphobie volontaire et de la salutaire solitude. L’intime… ce temps qui s’arrête quand tu souris. C’est aussi ce rayon lumineux qui se révèle quand le nuage s’écarte. Et une photographie ne pourrait pas saisir ces instants. Je cherche des étincelles d’intime, tous les jours. Le reste ne m’intéresse pas. L’intime est cette recherche de la goutte qui vous fera déborder. L’intime est toujours une esquisse qui s’efface… mais précède la joie.

22 – L’instant, l’instinct, le mot ment… Ceci est un journal extime… comme l’a défini Michel Tournier.

23 – Immobile. A la terrasse du café. La route défile devant mes yeux. Une branche de platane manque de peu le cycliste, surpris qui se retourne. Le passager du bus, assis, porte une barbe et une casquette. Il bouge la tête dans tous les sens, tentant d’apercevoir quelqu’un. Le printemps joue à l’été. Les passantes arborent des robes légères.

24 – Un monde sans livres est inimaginable. Je ne peux pas imaginer un monde d’hommes sans lecture, un monde d’hommes sans écriture.

25 – Personne ne peut vivre sans beauté. Est-ce que l’on peut choisir ses rêves ?

26 – Quand les technocrates s’ennuient – ce qui n’est jamais bon pour nous – ils inventent de nouvelles lois et de nouvelles règles. Je recopie : un décret (décret n° 2016-1678 du 5 décembre 2016) prévoit la mise en place de formations à l’usage de tronçonneuse le 5 décembre 2017.  Ainsi si vous rêviez de quitter la ville  pour devenir trappeur au fin fond des Vosges, il vous faudra obtenir un permis de couper… les ponts.

27 – C’est fou ce désir de vouloir toujours plus d’objets, de désirer construire des objets, de souhaiter transformer ces lieux de l’intangible que sont les bibliothèques en lieu dédié au temple Consommation. Les bibliothécaires doutent de leur mission. La plus belle de leur mission ? Donner accès aux chemins qui ouvrent l’esprit. Un livre est l’un de ses chemins qui ouvre l’esprit, puis le cœur. Les bibliothèques sont des lieux de l’intangible. Elles ne sont pas des temples sacrés puisqu’elles luttent contre la pensée magique. Leur objet est prioritairement politique et éducatif. Il s’agit d’élever l’humain dans tous les domaines, et surtout dans son humilité.

28 – Faire le tour de l’île, ce jour. L’île qui abrite la réserve naturelle du Rohrschollen entre canal et Rhin. Ivre de chant d’oiseaux et de sous-bois. L’île est inondée régulièrement et artificiellement, afin de préserver son écosystème.

29 – Un écrivain peut écrire n’importe où, n’importe quand. La vie n’est parfois qu’un reflet imparfait, un simple caillou jeté dans l’eau en effacerait l’image.

30 – Montrer plutôt que raconter ?

31 – Tenter d’apercevoir un nuage, même blanc. Il y a des jours où le ciel est bleu mais jamais nous ne nous en souvenons ensuite.

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Silence

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CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0.

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