#365 jours (journal poétique, avril 2017)

Habiter poétiquement le monde ? Chaque jour…

Un paragraphe par jour, sur le modèle du livre You du poète américain Ron Silliman.

Écrire – retenir, noter – un instant quotidien : une pensée, une action, une musique… et publier le mois suivant… Silence.

Le printemps est arrivé une semaine avant la date officielle, et avril a démarré ainsi :

l'époque est confusion
L’époque est confusion… photo du 2 avril extrait de mon journal imagé quotidien sur instagram.

.

1 – Qu’aurait dit Mozart, qui détestait la trompette de son temps, en écoutant aujourd’hui celle d’Erik Truffaz ?

2 – C’est l’un des paradoxes de la photographie : si elle capture le présent, elle le transforme immédiatement en mémoire. L’usage du noir et blanc renforce encore ce constat et en impose, instantanément. Le monde est couleurs. Notre époque est couleurs.  Je photographie en couleurs pour me souvenir des lumières qui m’ont éblouies.

3 – La culture est mouvement, changement perpétuel…

4 – Les lents demains pour de rapides desseins.

5 – Ai retrouvé le temps de l’enfance : celui qui ne passait pas. De ce temps, si utile à la création.

6 – L’époque a peur des mots. Ceux qui décrivent et ceux qui nomment. Ceux qui aident la pensée à se faire une raison. Ceux qui favorisent le dialogue et la compréhension entre les hommes. Ceux qui permettent d’apaiser. Mais l’heure n’est plus à l’apaisement. L’époque – adepte du libéralisme le plus sauvage – préfère l’invective, le prêt à penser immédiat, les dialecticiens, la catégorisation simplificatrice et moralisatrice en bien et en mal. Le libéralisme est le contraire d’une pensée molle. Ne supporte pas l’opposition. Le libéralisme fractionne… nous fractionne. Il est plus que jamais interdit de penser qu’il y aurait une alternative au modèle délirant de la croissance économique perpétuelle.

7 – La parole n’est pas la pensée. Mais un simple outil. Pour agir ou ne pas agir. Le jardin est momentanément clos. Contrairement à ce que dit « le marché » avec un clin d’œil, la littérature n’est pas morte. Écrivains, poètes, le temps n’est plus à geindre. Racontez…

8 – L’insouciance actuelle est incommensurable. Elle ne recherche même plus le bonheur. L’insouciance est telle qu’elle a dépassé en intensité la célèbre formule de Mme Poisson, la bien-nommée : après nous, le déluge.

9 – L’honnêteté intellectuelle est la boussole imparable pour faire fusionner notre moi profond avec ce double, hypocrite et social, qui se Gagarine de mots pour tourner autour du pot et se voiler la face.

10 – Malgré son étymologie positive, la religion divise. Depuis toujours. Quand grandirons-nous ?
  .
11 – Les phalanges du jugement immédiat et définitif sont en éveil permanent sur les réseaux sociaux. La morale du bien et du mal sévit à coup de petits cœurs décernés à la va-vite, en jetant des regards éclairs. L’affect noie la réflexion. L’excommunication est si preste que n’importe quel stalinien en sommeil se réveille aussitôt à la moindre alerte.  Contamination de la pensée minute. Pensée minute : un oxymore de notre temps.
 .
12 – Arbres, fleurs, flâneries au bord de l’ill, entourées de petits oiseaux, accompagnées des joyeux cris des enfants en vacances. Idyllique… vous percevez ma douce ironie ? Je profite de mon réel avant d’être submergé par le réel de ceux qui veulent nous imposer le leur. S’extraire…
  .
13 – Dans la ville de S., dès qu’il y a le moindre espace disponible, on y plante un cube qu’on appelle résidence du temps merveilleux. Et dans le journal, rire également en recopiant ceci : Le Pape va laver les pieds de mafieux repentis. De moins en moins de rire autour de nous, mais un sérieux de pape…
  .
14 – Perdre du temps pour le retrouver. Déjà fait, mais toujours d’actualité. Je lis : le jour est pourtant presque clair, chez l’ami Jean-Yves.
  .
15 – Le poète souriait en lisant la phrase Il faut vivre au jour le jour, ici et maintenant. Peut-on faire autrement ?
  .
16 – Adrienne Monnier, la célèbre libraire du siècle dernier, disait qu’on ne devait acheter un livre qu’après l’avoir lu.
  .
17 – Que sont ces jours pour nous ?
  .
18 – Distiller quelques gouttes de savoir dans l’océan de la société engloutie par le spectacle restera, quoiqu’il arrive, notre utopie.
  .
19 – Inventer des débuts de monde. Les sons, les senteurs et la lumière sont là, à disposition. Reste à y ajouter d’autres sens.
  .
20 – Ce matin, je regarde l’arbre au milieu de la cour. Un rayon de soleil joue dans le vert feuillage légèrement tremblant. Il revient de loin, l’arbre. Je l’ai sauvé de mes voisins qui voulaient le couper. Ses branches leur faisaient de l’ombre, ses feuilles salissaient la cour bétonnée. Ce matin, je regarde l’arbre au milieu de la cour. Ses feuilles me font des clins d’œil.
  .
21 – Sans intention, le monde. J’écoute les sons de la forêt. Le chant des oiseaux. Quel vacarme. Souhaits que ce printemps ne redevienne pas silencieux.
  .
22 – Ce bruit qui toujours tend vers le silence.
  .
23 – L’hystérie collective recommence – soigneusement entretenue par les médias-agences de communication de leurs propriétaires. L’immaturité politique est à son comble. La raison est aux abonnés absents.
  .
24 – J’ai une bonne nouvelle : il ne pleut pas dehors. La pensée n’est pas une religion, la pensée est une insoumission.
  .
25 – Le silence est pesant, de nouveau présent. Qu’on nous impose pour éviter la contradiction.
  .
26 – … s’extraire de cette période hystérique gouvernée par l’émotion, le manichéen, le noir et le blanc… bref, penser…
 .
27 – Intimidations : mot – au pluriel – du mois. Et comme tout est ludique désormais : êtes-vous pour le pantin ou pour la marionnette ? Libre aussi de ne choisir ni l’un ni l’autre. Sortir du manichéisme de la dialectique parfaitement huilée. Gogos or not gogos ?
  .
28 – Cheminer vers les jours heureux… un choix… nous avons le choix…
  .
29 – Le retour du réel : la Turquie a bloqué aujourd’hui tous les accès internet dans le pays à l’encyclopédie Wikipedia, a annoncé Turkey Blocks, un organisme de surveillance en ligne, sans donner d’explications. La fermeture de l’accès en toutes langues du site en Turquie a été détectée à 05H00 GMT, à la suite d’une mesure administrative des autorités, selon un communiqué de Turkey Blocks. Les habitants d’Istanbul ne pouvaient ce matin pas se connecter à Wikipedia, sauf en utilisant un accés VPN (réseau privé virtuel).
  .
30 – Étrange semaine où les émotions ont complétement submergé la raison. Prélevé du compte instagram d’une adolescente de quatorze ans, cette phrase : une belle année est une année à perdre son temps
. .
Silence
.
 .

CC BY-NC 4.0 Cette œuvre est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas d’Utilisation Commerciale 4.0.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s