Fragments d’avant la fin du monde #6

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On pourrait aller dans le jardin. Il reste à trouver. Il faut faire attention à ce que l’on dit. On ne peut plus dire ce que l’on a envie de dire. On ne peut plus faire danser la langue et faire comprendre ce qui ne peut se comprendre qu’en prenant des chemins détournés, imagés, sarcastiques, drolatiques ou ironiques. Dans le jardin, on peut se promener. Mais en silence. La balade reste strictement réglementée et surveillée. Le jardin n’ouvre pas avant quatorze heure. Il ne faut pas s’assoir ici. Vous ne pouvez pas manger ce sandwich, là. Attention, l’arbre vous regarde. Il est bizarre ce gardien. Que me veut-il ? Il se marre, l’arbre. Finalement, il ne veut plus être un homme. C’était une idée qu’il avait eu il y a encore une cinquantaine d’années. Mais plus maintenant. Il préfère rester seul au jardin. Quand il en a assez de jouer avec le vent ou de faire signes à ses voisins, il laisse tomber toutes ses feuilles au sol. C’est ainsi qu’il marque l’automne. Il se dénude une fois par an. Il aime bien être comme cette horloge du clocher de l’église. Sauf que lui, il ne marque ni les secondes, ni les minutes, ni les heures. Mais les saisons. C’est plus rare. Moins banal. Quelque fois, plus inattendu. Il laisse le suspense durer : l’été n’en finit pas. Puis, il se décide. Il passe un long hiver à réfléchir, à imaginer les nouvelles feuilles qu’il va développer. Il a cette envie de solitaire. De rester seul à réfléchir. Il voit les hommes passer derrière les barrières du jardin. Le jardin est fermé l’hiver. Sur ses futures feuilles, il pourra accueillir un certain nombre de nouveaux personnages – pardon – d’animaux, d’insectes… Il les sent impatients d’en découdre avec ses branches et ses ramifications, de tournebouler autour du tronc à la manière des écureuils. L’homme qui est en bas, sur le banc, couche sur le papier blanc cassé de son carnet des mots à toute vitesse. Avant que le gardien du jardin – le gardien de la morale, j’allais dire – ne puisse le surprendre. Monsieur, il est l’heure. On est dans le jardin. Puis, dans la rue. Il faut de nouveau faire attention à ce que l’on dit. A ce que l’on pense…

Silence.

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