« Nous avons perdu nos illusions… » (Ce que je retiens, #7)

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Ce que je retiens en ces périodes de désillusions renforcées (cf Panama papers)

L’énergie positive et rafraichissante de la #nuitdebout. Preuve que la négativité n’a pas gagné chacun de Nous. Reste que l’invention d’un nouveau chemin semble très compliqué. Comme piste de réflexions, cet extrait du dernier livre de Bernard Noël : Monologue du NOUS (2015) qui saisit bien l’esprit du temps :

« Nous avons perdu nos illusions, et chacun de nous se croit fortifié par cette perte, fortifié dans sa relation avec les autres. Nous savons cependant que nous y avons égaré quelque chose car la buée des illusions nous était plus utile que leur décomposition. Nous oublions ce gain de lucidité dans son exercice même. Nous n’en avons pas moins de mal à mettre plus de raison que de sentiment dans notre action. Nous aurions dû depuis longtemps donner toute sa place au durable, mais la séduction s’est toujours révélée plus immédiatement efficace.

Nous avions toutes les raisons de penser grâce à notre époque qu’une approbation, si elle est massive, ne peut qu’assurer l’avenir. Nous avons vite déchanté sans comprendre d’abord qu’il n’en va pas de l’engagement collectif comme du commerce, et que les lois de ce dernier ne provoquent que des excitations éphémères. Nous n’avions pas mesuré non plus à quel point l’espace collectif, celui que, de fait, nous respirons tous, était désormais dénaturé par ces excitations.

Nous voulions initier du partage et de la réflexion dans un espace imperceptiblement orienté par des informations conçues pour intensifier l’égoïsme et satisfaire ses désirs immédiats. Nous avons dû constater que dans ce monde-là chacun est seul tout en étant en nombreuse compagnie, situation impensable même une fois formulée tant elle se dérobe jusque dans son énoncé. Nous sommes seuls parce que nombreux précise un peu mieux la situation tout en l’habillant d’une absurdité dérangeante puisqu’il faut en tirer la conclusion qu’être la majorité ne confère à ceux qui la composent ni le pouvoir d’agir en conséquence ni le comportement adéquat pour l’imposer.

Nous ne sommes pas ce que nous sommes est la prise de conscience amère qui devrait en découler, doublée du désir de renverser la situation. Nous devrions, par conséquent, nier notre Nous et tirer de cet acte, non pas la dissolution prévisible, mais un élan de lucidité refondateur. Nous a besoin d’affronter sa défaite parce qu’il s’est formé dans l’exaltation et, chaque fois, en oubliant qu’elle est très périssable ce qui n’implique pas qu’elle soit illusoire. Nous, ici, faisons silence et contemplons un abîme. Nous fermons les yeux et serrons les dents afin de ne pas prononcer un inutile : Qui suis-je ? Nous savons qu’il détruirait ce qu’il interroge.

Nous pensons que notre Nous devrait choisir l’union collective dans le désespoir, mais peut-on faire du désespoir un lien combatif ? Nous se demande ce qui le compose et sent la menace d’un démembrement. Nous faisons face à ce danger puis, l’ayant examiné, nous reconnaissons qu’il n’a jamais cessé d’agir pour nous diminuer. Nous cherchons que faire pour que le Nous soit, par lui-même, tout naturellement rebelle à cette menace en évitant toutefois de la relativiser car c’est une façon de la servir. Nous oublions trop souvent que ce qui nous élève est également ce qui nous fragilise, sauf que le premier mouvement nous masque le risque qu’il suscite, puis il est trop tard.

Nous n’osons plus penser à la fatigue des révolutions et aux lendemains qui toujours déchantent. Nous aimerions savoir marcher vers l’action en déchantant, mais qui nous suivrait ? Nous retrouvons, ici, tout à coup, la nécessité de l’illusion, mais n’est-ce pas elle qui fait de nous des vivants et non de perpétuels mourants ? Nous ne savons pas doser l’illusion et la désillusion parce que notre langue ne sait pas dire à la fois oui et non. Nous entrons alors dans une réflexion qui nous mène au bord de l’inexistence, puis de la révolte contre la folle impuissance où nous allons sombrer.

Nous ne faisons pas confiance à la révolte car elle n’est qu’un mouvement sentimental tout juste capable de raturer un instant le doute ou la douleur. Nous savons qu’elle ne conforte pas le Nous, qu’elle l’exalte seulement et en réalité le fatigue. Nous voulons trouver une autre porte, un autre couloir vers la constitution de ce que Nous est, de ce qu’il doit être.

Nous s’assombrit en lisant au fond de lui l’image d’une origine obscure dans l’ombre de laquelle devraient se concilier organisation et spontanéité : n’y a-t-il pas une irrémédiable contradiction entre ces deux forces également indispensables ? Nous aimons l’élan et son énergie puis nous méfions de leur effet. Nous sommes politiques dans l’élan et seulement critiques dans son reflux. Nous manquons de conscience quand nous souhaitons que la collectivité réagisse comme une personne et agisse comme un groupe uni.

Nous rechignons à reconnaître que l’influence qu’il nous arrive d’exercer sur notre entourage est liée bien davantage aux circonstances qu’à la qualité de notre démarche. Nous savons que la remise en question est bénéfique mais beaucoup plus difficile à pratiquer pour le groupe que pour l’individu à cause des susceptibilités. Nous devons parler d’une seule voix pour que notre action soit crédible puis efficace, mais cette unité suppose de résoudre les contradictions en les assumant.

Nous sommes naturellement un et volontairement multiple, mais la difficulté est ensuite de faire que ce multiple soit un. Nous voudrions que Nous soit une personne – une personne et non pas un individu – et qu’il soit cependant capable d’affirmer sa diversité sous un seul visage. Nous sommes étrangement paradoxaux dans cette volonté d’atteindre l’unité collective.

Nous avons toujours sur les lèvres un Nous de majesté quand il s’agit de diriger une action. Nous passons alors du personnage donnant des ordres à l’individu conscient du collectif et de la nécessité de le convaincre. Nous décidons, nous proclamons, nous rions, nous crions, nous émettons de l’énergie, nous balançons entre la conviction et l’agacement. Nous écartons ainsi les uns et exaltons les autres, qui croient assister au lever de forces capables de changer leur condition. Nous passons alors pour les champions d’une société nouvelle et d’une vie à l’unisson.

Nous pulvérisons un instant l’oppression et la vieille fatalité de la servilité naturelle. Nous devinons cet élan de libération dans les regards de ceux qui applaudissent notre défilé, mais pourquoi ne viennent-ils pas tous y prendre place ? Nous chantons plus fort pour effacer ce décalage et, surtout, reporter à plus tard le doute qui finira par venir ravager l’unanimité, puis la détruire. Nous allons jusqu’au lieu prévu pour la dispersion comme s’il était un but, une conquête. Nous plions là drapeaux et pancartes, avalons les derniers slogans tout en distribuant les derniers tracts. Nous connaissons et ne connaissons pas la suite…« 

Lecture à poursuivre….

Pour que les rêves ne finissent pas sur la grève… de ce #Rêvegénéral

Nous connaissons et ne connaissons pas la suite…

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Silence

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