Cet effort constant… (Ce que je retiens #6)

Grenoble 1961
Grenoble en 1961 : vue en plongée du cours Bériat. J’ai habité dans cette rue jadis… Photographie de Y. Broncard transmise par un ami rémois. Merci FP.

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Ce matin, je me suis réveillé en 2016 en pensant que je ne me souvenais plus du dernier jour où j’ai eu le sentiment d’être heureux. C’est peut-être une idée un peu alambiquée, mais le lendemain d’un réveillon, vous avouerez que cela n’est pas complétement hors de propos. C’est aussi une pensée qui pourrait paraître égocentrique, égoïste face à la détresse de beaucoup de nos contemporains… Mais si chacun… Bon…

Je me suis dit aussi qu’il fallait que je fasse encore un peu plus attention de ne pas être emporté dans tous ces mouvements mercantiles et tous ces appels guerriers qui nous égarent de plus en plus de notre recherche de paix intérieure, si nécessaire pour tenir debout… Et quel effort, quotidien, cela suppose. Un ami m’a envoyé, ce matin, une photographie d’un lieu où j’ai habité jadis. Hapax. Malgré les difficultés vécues dans cette ville et juste avant, je me suis souvenu d’y avoir été très heureux. Heureusement, parfois, nous oublions. Marcher est un exercice d’équilibriste.

Cet effort, constant, est  aussi la quête de notre demeure dans le monde. Et, je me dis qu’il n’y a pas de meilleure place que celle qui se trouve en nous. Rester nomade. En vie, en vibration, mobile toujours. Il y a tant de moments qui nous condamnent au silence, au vide, au néant. Le chant est notre voie. Notre environnement reste constamment occupé par des porteurs de drapeaux, emplis de cris stridents et dissonants, peu importe leurs obédiences. Ils partagent tous, malgré leurs logorrhées oiseuses, cette haine du mouvement. Il devient de plus en plus difficile de se demander au réveil, chaque matin : est-ce que j’ai été heureux hier. Est-ce que je le suis aujourd’hui ?

Quelle plaie que ces appels permanents à composer des groupes, à vouloir mettre tous les mots au pluriel, ce vocabulaire de chute qui en permanence nous ramène vers la grotte préhistorique. Une phrase pleine de sagesse de Chagall me revient régulièrement en tête ces jours-ci : Seul est mien le pays dans mon âme. Comme vous peut-être, une certaine fatigue m’envahit parfois. Marcher est difficile. Le petit enfant met plus d’un an pour  maitriser cet art de funambule.

Ensuite, il faut tendre la main. La main dit tout de celui qui l’utilise. Puis, continuer de cultiver sa naïveté, son jardin intérieur… L’intelligence du cynique ne m’impressionne guère. C’est quelqu’un qui a renoncé à marcher.

Un dernier souhait pour 2016 : j’aimerai qu’il se vende plus de livres de Primo Lévi que de ce torchon de haine qui vient d’être réédité. Le domaine public a bon dos. La mémoire de ce qui nous a blessé devrait être notre combat et certains « livres » peuvent tomber dans l’oubli. Il ne s’agit pas ici de liberté d’expression.

Be happy.

Silence

 

6 réflexions sur “Cet effort constant… (Ce que je retiens #6)

  1.  » j’aimerai qu’il se vende plus de livres de Primo Lévi que de ce torchon de haine qui vient d’être réédité ». On peut rajouter Giono, de Richaud, Charlotte Delbo… Bonne année à vous !

  2. J’arrive…par hasard (de clic en clic probablement:-))
    d’abord attirée je ne sais pourquoi par la photo, le vieux tram je pense, je commence la lecture du billet, et là, comme par enchantement, j’entends des mots nécessaires, des mots qui donnent envie d’avancer

    Merci et bonne journée
    Marie

    …et donc je m’abonne :-)

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