La pensée est désormais une autruche…

the intrigue by James Ensor 1890
The intrigue by James Ensor 1890

Vous ne vous attendiez pas à son retour. Parce que vous êtes d’abord, irrationnel et animal : humain. Que l’oubli est sans doute votre principale qualité (?). La peur n’a pas frappé à votre porte. Elle est entrée, comme à son habitude, par effraction, brusquement. Avec tout son cortège digne d’un tableau de James Ensor, s’acharnant sur votre corps, sa première cible. Tordant vos boyaux, réveillant les images enfouies au fond de votre cerveau, réintroduisant un malaise permanent. La première image qui a fait son apparition est celle de cette main inerte sur le sol, au milieu des gravats, cette main passive que vous avez regardée longuement avant que quelqu’un, vous ne savez plus qui, vienne vous chercher pour vous éloigner. Le temps s’est arrêté et il n’y avait plus d’urgence. Vous étiez dans un silence fracassant. Vous conjuguiez tous vos temps au passé. Insensible sur cette berge, votre personnalité (?) s’est évanouie. Vous avez mis un masque, depuis, sans en être conscient. Ce masque vous a tellement collé à la peau que vous avez changé totalement de visage et abandonné ce qui vous plaisait le plus au monde : dessiner. Vous avez passé une génération sans penser à elle, à la peur, à vous promener dans les villes, dans les parcs, comme si de rien n’était. A faire de jolies photographies. A vous disperser. A jouer la comédie, humaine. C’était au siècle dernier. Vous l’aviez oubliée, la peur. Elle, non.

Vous souriez en lisant toutes les déclarations et fanfaronnades sur les murs virtuels de la parole publique ou sur les pancartes dans la rue. Certaines vous aident parfois. Vous ne jugez pas. Mais vous partez vite. Vous passez votre temps à marcher vite. Plus vite que de coutume. A vous retourner de temps en temps. Vous fuyez. Vous continuez à fuir. Vous levez la tête au ciel pour regarder ces nuages si blanc. Vous êtes en sécurité sous les arbres de la promenade. Le contact de ces sages immobiles vous rassure. Vous lisez pour tenter de comprendre, vous lisez pour essayer de retrouver votre calme. Rien n’y fait. Les images se bousculent dans votre tête et l’imagination est désormais l’alliée de la peur. L’irrationnel et l’imaginaire sont les ressorts principaux de nos fictions. Les superstitions sont toujours là, depuis le premier homme : préhistoriques. Les siècles de création et de philosophie n’ont eu que peu d’influences. Les fétichismes et la peur gouvernent toujours ce monde. Les conséquences des actes mercantiles de nos hommes cravatés nous poursuivent avec leurs haches, leurs couteaux ou leurs bombes. Les livres ne sont plus que des objets muets, des marchandises de consommation courante soumis aux mêmes fluctuations boursières que les savonnettes, le caoutchouc ou le pétrole. Depuis longtemps, se sont tues ces voix écrites pour lutter contre les superstitions. Puisque, dans cette nouvelle ère, rares sont les personnes qui pensent que superstitions et raison ne sont pas équivalentes. Ont la même valeur. La pensée est désormais une autruche, la tête enfoncée dans le sol avec son corps disponible pour l’inadmissible. Les temps de la raison et de l’éducation viendront-ils un jour ou seront-ils comme ce soleil rouge, que je vois depuis toujours, rouler au loin, sur l’horizon ?

Silence.

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