S’opacifier… (Bereishit #19)

pipistrelle
Gravure extraite du très beau roman de Kareen de Martin Pinter : le cœur léger, paru aux éditions de La Dernière goutte. Sur la liberté, notamment…

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« Parce que ça fait mal, d’être libre« . Au temps des réseaux, s’opacifier. Ne pas disparaître pour autant : il ne s’agit pas de suivre la mode geek du moment, celle de passer pour celui qui veut se déconnecter, pour dire hé, regardez, je pense tout de même. S’opacifier n’est pas s’effacer. S’opacifier n’est pas un mot négatif. La consommation à tous les niveaux a envahi nos âmes, nos cerveaux, tous nos instants et nos présences dans le monde. Nos chemins sur le web laissent des traces que nous ne pouvons plus effacer. Et aucune envie pourtant de porter un masque. L’anonymat n’est pas une solution adéquate. Ce sont nos gestes et nos actes qui font problèmes et le peu de questions que nous nous posons sur eux. Nous sommes dans une époque de paradoxes mais ce qui reste, en fin de compte, qui bride nos libertés, nos manières d’être et de respirer avec les autres, c’est une constante : cet envahissement de la consommation dans tous les domaines, de la vie réelle à la vie virtuelle, de la vie de tous les jours à la vie au cœur de nos rêves. L’automatisation est la forme moderne en cours de développement dans nos sociétés de contrôle. Bereishit. On ne sait pas et on ne saura jamais quand a eu lieu le commencement, et pourquoi, et par qui ? Dès que l’on pense à cela, si l’on est honnête intellectuellement, si l’on ne s’occupe pas des nombreux paravents que la pensée humaine a inventé pour ne pas penser, on ne peut que tomber dans un abîme. Il n’y a pas de réponses à notre portée. Il faudrait être éternel pour avoir le temps de se consacrer à cette recherche des origines. Parce que ça fait mal, d’être libre. De ne pas vouloir être membre de… Le peintre qui me plait disait : seul est mien le pays dans mon âme. Je le cherche en permanence ce pays. J’ai toujours envie de voir des amoureux voler au-dessus de ma ville. Comment ne pas le chercher en permanence, ce pays, si l’on est vivant ? Je réussis parfois à emprunter un de ces chemins. Ces moments sont plus courants depuis que je vieillis. Il faut du temps pour commencer à comprendre. Mais l’époque avec son bras utilitaire nous agrippe vers nos quotidiens de clics et de claques. Des clics pour savoirs (au pluriel), mais aussi des clics semblables à des claques, indolores sur le moment et qui finissent par laisser des marques voire des tâches. Le like est une claque. Tout ce que je laisse transparaître de qui je suis (ou de qui je pense être), sera indexé, étiqueté, vendu au plus offrant. Et je… nous, sommes sans réactions. En permanence, doivent renaitre nos envies de… consommation. Je voudrais rester maitre de mes envies. Je voudrais… Retrouver cette liberté qui fait mal, inconforme. S’opacifier, alors, sans devenir anonyme. Nous commençons anonymes, notre chemin doit nous conduire à l’être de nouveau. »Parce que ça fait mal, d’être libre« . Mais, au final, c’est une joie. La joie est inconforme.

Silence / Bereishit #19

En italique, phrases d’Alain Damasio et de Chagall.

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