Ce n’est pas ralentir… (Bereishit #16)

pipistrelle vue

Ce n’est pas ralentir que de vouloir retrouver ton pas, celui qui te porte, celui qui te rythme. Ta respiration. Tu es arrivé jusque là en accélérant en permanence. Tu n’avais pas toujours le choix, tu étais passionné. Tu l’es toujours, c’est fondamentalement ta nature. Et puis, tu es de ton époque : celle qui célèbre la vitesse jusqu’à la folie. Tu vieillis maintenant. Tu as, parfois, la tête qui tourne. Tu souris aussi de plus en plus souvent face aux excitations modernes. Tu n’es pas blasé pourtant. Tu souris en pensant à ce que tu aurais fait avant, à la manière dont tu aurais réagi. Tu ne te permets plus de juger. Tu vieillis accompagné par cette impression : que tes idées s’enchainent mieux ou plus être précis, se relient davantage. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Mais c’est sans doute encore un mirage de ton esprit. De voir tous ces liens, paradoxalement, te tranquillise…

Toujours plus vite, ce microcosme humain perdu dans l’univers, voudrait aller. La démesure humaine est pourtant une faible chose à l’échelle du cosmos. Tu ne peux pas vraiment critiquer totalement cet état de fait. Tu as été longtemps un adepte de Blaise, de Blaise Cendrars, celui qui t’a montré la manière de dire, de raconter. Qui t’a guidé vers les autres magiciens des mots. Celui qui a tellement célébré la vitesse et l’apparition d’un nouveau monde. Qui, au final, ressemble tellement à l’ancien. L’idée de progrès a définitivement été oubliée. Reviendra-t-elle ?

La tête te tourne et tu vieillis. Jusqu’à ce que tu redécouvres ton souffle, ta respiration propre, ta voix, tu marches chaque jour… La marche te permet de prendre ce recul qui nous est désormais vital, que l’on peut trouver facilement en cheminant dans la nature mais qu’il est très difficile de trouver en vivant dans la ville. Cette voie – personnelle – est désormais parmi les arbres. Tu ne peux en dire plus, pour le moment…

Il faut savoir se taire : pour faire. Pour aller jusqu’au bout du chemin, au moins une fois. Je suis du monde fini. De l’arrogant et extrême occident. Continuer à paraphraser Blaise, l’influence majeure, qui écrivait : Et j’étais déjà si mauvais poète Que je ne savais pas aller jusqu’au bout. Faut-il venir ajouter des dizaines de livres ou n’en écrire qu’un seul qui pourrait… qui pourrait quoi, au juste… Ton sentier est entouré de points d’interrogations… C’est ainsi et tu l’acceptes maintenant : ce doute permanent.

Il ne faut pas se poser ce genre de questions inutiles. Il faut faire avec ses mains, sa tête et son cœur. On ne peut pas vraiment se connaitre et c’est inutile, renchérit le philosophe qui habite à Nice. Déposer en silence son petit caillou blanc et se taire… Puis, se perdre de nouveau dans la forêt. Dire que non, décidément non, le monde peut être vu autrement que par les indices du cac40 ou autres horreurs de ce vingtième siècle tayloriste qui n’en finit pas.

Silence / Bereishit 16

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