Ce dont parle…

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Photographie trouvée sur Tumblr. Anonyme.

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Ce dont parle les images que tu regardes quotidiennement ? De paysages, de visites de monuments, de nuages, de bribes de vie, de selfies, d’égo, de corps, de régimes, d’objets, de selfies encore, de nudités… d’érotisme parfois, plus rarement… Tu aimes regarder toutes ces bribes de vie.

Il y a de vrais talents parmi les « amis » que tu suis. Tu les suis ! Tes amis. C’est ainsi que l’on dit. Rares sont ceux que tu as rencontré dans la « vraie » vie. On dit aussi ainsi maintenant. La « vraie » vie. Ridicule ? Tu participes allégrement, toi aussi, de toute ton âme, de tout ton corps à ton époque en infligeant  à « tes suiveurs », les photos de ton environnement.

Regarde mes photos ! Je préférerai te regarder, te toucher, te sentir… me dit-elle…

Tu ne sais pas ce que tu cherches. Tu ne penses pas à mal. Tu as envie de raconter ton quotidien. C’est positif, non ? Tu ne te voies pas comme un voyeur. Tu t’amuses. Car il faut s’amuser et surtout ne pas… ennuyer.  Tout se doit d’être ludique, désormais. L’ennemi est le sens. Rien ne doit prêter à conséquences.

Tu ajoutes tes traces pour être… consommées immédiatement… Qui « like » les premières photos de ton profil ? Personne ou presque. Le verbe aimer a été travesti par un marketing invisible et consenti. Et toi, non plus, tu ne « remontes » par le flux, le courant des images déjà publiées, ce qui pourrait t’apprendre plein de choses sur les personnes que tu suis.

Tu as vu combien j’ai d’amis ? Je m’en fous… viens m’embrasser…

L’ennemi est le sens. Rien ne doit prêter à conséquences… Que nous arrive-t-il ? Nous ne supportons plus les minutes qui s’égrènent, nous retiennent, nous font patienter. Les heures sont des années ; les jours, des siècles. Il faudrait rappeler : nous ne perdons jamais notre temps en vivant. Nous vivons comme nous respirons. Mais nous ne sommes plus que des secondes.

Qu’as-tu fait la dernière seconde pour que ton adrénaline te secoue puissamment ? Nous nous ennuyons profondément. Ici, en Extrême Occident. Ailleurs, l’ennui est denrée plus rare. On égorge, on tue, on décapite. On se cache, on se terre, on fuit. La peur reste quotidienne.

Regarde mes photos ! Je préférerai que tu me parles…

Tout ce que nous faisons dorénavant doit utiliser le moule de la consommation, son sceau, son étiquette. Rien ne peut déborder cependant. Cela se rapproche de la pornographie au sens premier : représentation de choses obscènes. Bien sûr, nous ne le voyons pas ainsi. La propagande a conquis la douceur pour nous imprégner de désirs inutiles et obturer nos regards.

Je ne souhaite pas me déconnecter, comprenez-moi bien. L’invention du Web par l’équipe de Tim Berners-Lee est une chance pour l’accès aux savoirs et aux connaissances, est un atout qu’il va falloir maitriser. Nous n’avons pas encore saisi les avantages. Il faudrait inventer d’autres lieux de rencontres. N’empêche…

Nous sommes persuadés de faire des images « artistiques » ou de « partager » avec des « amis » nos quotidiens, pour être dans l’air du temps, pour être en phase avec l’idéologie du moment, celle de la consommation. J’y participe. Tu y participes… nous y participons (presque) tous… Rares sont les images qui refusent ce monde du jetable, du court terme, de l’instantanéité.

Regarde j’ai pris en photo mon hamburger ! Elle me regarde bizarrement…

Il y avait cette photographe qui est devenue célèbre après sa mort.

Vivian Maier, puisque c’est son nom, avait choisi de s’extraire de la comédie générale de la représentation en pratiquant la photographie pour elle-même. Tout le monde pouvait la voir prendre des photos. Mais personne n’avait vu ses photos. Personne n’avait compris qu’elle était photographe parce qu’elle n’en avait tout simplement pas endossé le costume. Son métier ? Elle gardait des enfants. C’était une photographe non déclarée qui gardait des enfants.

Elle louait un garage pour stocker les milliers de photographies qu’elle avait prise pendant sa vie. Peu avant son décès en 2009, elle a été hospitalisée. Comme elle n’avait pas les moyens de payer les frais de l’hôpital, ses archives, toutes les photographies qu’elles avaient prises durant sa vie, ont été vendues aux enchères. Un fouineur, John Maloof, les a trouvées et s’occupe maintenant de faire découvrir au monde le regard de cette femme qui n’avait pas voulu participer…

Regarde ses photos ? Oui, cela je veux bien… Tu vois…

Silence.

Le site de Vivian Maier.

ff

7 réflexions sur “Ce dont parle…

  1. Tellement vrai…
    Mais la vie ne se résume pas à une image fut-elle magnifiquement réelle. La vie se résume à un peu d’amour semé dans chacune de nos cellules, qui nous donne l’énergie pour aller à la rencontre d’autres cellules, et les entendre vibrer en :
    Silence

  2. Oh ! lala ! et dire que je suis trop bavarde dans mes commentaires, que je ne puis pas visiter tout le monde. C’est la raison pour laquelle je t’ai « perdue » entre 2014 et maintenant :)
    Un texte intéressant, mais pour lequel je ne suis pas entièrement d’accord. Hélas la vie réelle me rappelle, que j’ai mal au dos et que je ne puis pas rester trop longtemps devant mon ordinateur.
    Amicalement et merci pour cet échange de pensées :)
    Geneviève

    1. Bonjour Merci pour votre lecture… et je vous rassure, vous n’êtes pas obligée d’être d’accord avec mes modestes réflexions… et je vous rassure j’ai mal au dos aussi parce que je reste trop longtemps devant ses satanés écrans ;) bonne journée Silence

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