« Citron » avec un zeste d’Histoire par Dominique Hasselmann

2014-11-22 16.35.05 plus petite.

Grâce à cette photo, que m’a envoyée Franck Queyraud le 30 décembre, j’ai retrouvé des souvenirs d’enfance (pas de guerre vécue !) : les « tractions avant », en bande ou en gang, m’ont toujours parlé, que ce soit « en vrai » ou dans les livres et les films.

C’était quand même incroyable qu’André Citroën ait donné pour nom à l’une de ses productions les plus célèbres le nom de « traction avant », comme si Louis Renault (qui fricota avec les Allemands pendant l’Occupation) avait baptisé « traction arrière » sa 4 cv, mais il en avait glorifié, lui aussi, une des caractéristiques techniques.

Le temps n’était pas encore venu des appellations plus évocatrices dans le genre « Trianon », « Versailles », « Chambord », « Beaulieu », « Marly » (tous les châteaux de France faillirent y passer) pour une marque comme Simca. J’ai toujours aimé l’esthétique US de ces véhicules, quand Ford importa sa « Vedette » dans l’hexagone.

Ici, je retrouve les modèles des voitures qui servirent aussi bien à la Gestapo et à ses affidés français qu’aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Les phares rutilent un peu trop, les carrosseries sont passées au jet, il n’y a pas de traces de sang sur les banquettes arrière (du moins je le présume), la peinture blanche des initiales est encore fraîche. Mais le chevron est au rendez-vous : jamais on n’aura créé un logo aussi grand !

On célébrait à Strasbourg, le 22 novembre dernier, place Broglie, les 70 ans de la libération de Strasbourg.

Mes ancêtres, du côté paternel, sont originaires de la Wantzenau, juste à côté, j’aime cette ville avec sa cathédrale, ses Weinstube… et ses canaux. Je garde encore dans la bouche le goût des minuscules pains ronds à l’anis, que l’on dégustait dans la boulangerie de l’oncle « Seppe » quand nous y passèrent quelques fois tout petits.

Ces « onze chevaux » ou « quinze chevaux » brillent sous le soleil. Les quatre ados pourraient être ceux du 22 novembre 1944 et les deux types en béret semblent sortis du passé.

J’ai été souvent invité dans la « Citron » de mon oncle (une quinze cv), il y avait une place folle à l’arrière. Par contre, quand il s’est acheté plus tard une DS 19, j’ai eu très souvent mal au cœur (je ne supportais pas la suspension trop molle et les virages).

Quand j’avais lu « Histoire de la Gestapo » (Librairie Arthème Fayard, 1962, Livre de poche N° 2392, 1970) de Jacques Delarue, un ancien commissaire de police devenu résistant, j’avais noté l’imbrication de certains « collaborateurs » qui durent payer à la Libération leur sale boulot effectué pour l’Occupant. Le film Lacombe Lucien, de Louis Malle, recrée avec talent la complexité et les affres de cette période affreuse.

Là, je suis remonté en voiture. J’étends mes petites jambes dans la voiture du « tonton », nous roulons vers Vesoul (Haute-Saône) où se trouve la maison de son père. Les façades n’ont pas dû changer depuis la guerre (sauf celles qui ont été détruites). Des soldats allemands logèrent dans la maison à l’allure « alsacienne » pendant une partie de cette période – un peu comme dans « Le Silence de la mer », de Vercors – et je me demande maintenant comment mon grand-père, qui avait « fait » 14-18 et les tranchées, et nous en parlait souvent, a pu supporter plus tard cette « cohabitation » avec des officiers ennemis.

Le moteur de la voiture fait entendre sa musique régulière, les paysages défilent, les nuages galopent, et les platanes le long de la route ne disent mot, ils en ont vu d’autres. L’Histoire navigue dans ma tête au gré de l’asphalte et des changements de vitesse.

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texte  : Dominique Hasselmann

photo : Franck Queyraud

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Pour ce vase communicant #48, plaisir d’accueillir Dominique Hasselmann pour un retour vers le temps des tractions. Il accueille mon texte : Ce qui se dit ici est contraire au silence sur ses Métronomiques.

Vases communicants ? qui se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis le 3 juillet 2009 à l’initiative de deux auteurs et blogueurs : François Bon et Jérôme Denis. Une page Facebook et un blog associé : le rendez-vous des vases communicants sous la coordination d’Angèle Casanova permettent de créer les liens entre blogueurs (auteurs), de définir éventuellement un thème, d’associer images ou sons avec le texte. Le principe n’a pas évolué depuis la création : chacun écrit sur le blog de l’autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre, telle est la consigne.

Et les lectures de ce mois sont à poursuivre ici sur le nouveau blog animé par Angèle Casanova.

Bonnes lectures

 

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15 réflexions sur “« Citron » avec un zeste d’Histoire par Dominique Hasselmann

  1. La traction avant était encore une voiture-phare après la guerre, puis est apparue la 4CH, avec sa bouille sympa, qui lui a volé la vedette.
    On était très bien à l’arrière, je m’en souviens, une excellente suspension. D’autant plus savoureux qu’il y avait encore très peu de voitures circulant dans les rues.
    Un grand numéro.

  2. Pourtant peu portée sur e que je mets dans la catégorie « bagnoles », j’avais une grande admiration pour les 15 Citroën et je garde un souvenir ému aussi de la 11 de mon parrain, gris métallisé roues rouges…

  3. @ D.H. : merci pour ce « chapelet » de souvenirs, qui en évoquent inévitablement d’autres en retour… Ma surprise fut grande de découvrir en Dordogne, en 1968, que beaucoup de gens roulaient toujours en traction. A Paris, la DS gaullo-pompidolienne tenait désormais le haut du pavé qu’on n’allait pas tarder à noyer sous des flots d’asphalte.

    1. @ Calypso : les pavés sont très glissants, par temps de pluie, pour les deux-roues : c’est évidemment la seule raison pour laquelle on les a carrément… enlevés et/ou recouverts de goudron (il en reste pourtant, de manière logique, place de la Bastille !).

      1. @ D.H. : Ah ! « Moto-Bastille » !… Brièvement travaillé chez leur rival, rue Montmartre, quand les japonaises arrivaient. Old days !… Dans le cinéma d’avant-guerre ou dans celui des années 50-70 je suis toujours content de voir le pavé parisien (Hugo et d’autres en ont bien parlé). La couleur des pavés, leurs nuances de gris (!) sont exactement celles de Paris quand on le retrouve après une assez longue absence.

  4. Une photo Hasselmanienne presque et haussmanienne bien que prussienne, les alsaciens ne m’en voudront pas, vivent la gare, le Palais du Rhin et l’avenue des Vosges. (Et les alsatiques, les bibliothecaires le savent). Tiens chez nous on était plutôt Panhard, indice de datation, fossile directeur des souvenirs ?

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