Le mur d’eau par Angèle Casanova (Vase communicant #47, décembre 2014)

#1

 

le mur d'eau 1, par Angu00E8le CasanovaJ’imprime les photographies sur du papier machine. En noir et blanc. J’y perds beaucoup, mais je peux confronter les images. Je note des mots-clés au dos des feuillets. Je les pose et reviens au dossier informatique. Je réfléchis à ce qui pourrait faire sens. Là. A ce qui pourrait relier ces images. Les couleurs. Les lignes visuelles. Les rythmes. Quelque chose se dessine. Qui fait passer de la ligne montante de marcher à l’escalier qui mène à vox. De vox à douleur exquise la rime est évidente. L’œil rebondit d’un néon vertical rouge sur un triangle inversé tout aussi vertical et rouge.

 

 

 

 

le mur d'eau 2, par Angu00E8le CasanovaEt puis la résonance change de sens. De douleur exquise on passe à crépuscule. Fin de vie. Du rouge au noir. Et puis le noir envahit tout. La voiture disparaît dans un mur d’eau.

 

 

 

 

le mur d'eau 3, par Angu00E8le Casanova

 

 

 

 

 

 

#2

le mur d'eau 4, par Franck Queyraud

tu marches dans le noir

j’entends ta voix

 

le mur d'eau 5, par Angu00E8le Casanova

tu marches en marmonnant

tes pieds se cognent

aux angles

tu marches

sans fin

mains en avant

je le sais

je me retourne

dans mon lit

je me bouche les oreilles

je serre les dents

je m’entête à dormir

 

le mur d'eau 6, par Franck Queyraud

soudain

plus aucun bruit

j’ouvre les yeux

j’entends tes mains

qui actionnent une poignée

en tâtonnant

je me lève

je bondis comme un cabri

à travers la chambre

le cœur fou

je traverse le couloir

dans le noir

mes pieds

sont moites

et collent au carrelage

je dérape

me rattrape comme je peux

traverse la forêt de coussins

et de draps

et de vêtements

qui encombre

le salon

hôpital

 

le mur d'eau 7, par Franck Queyraud

en cinq secondes

je suis sur toi

je te secoue

en tremblant

tu as les mains tendues

en avant

agrippées sur la poignée

tu as ouvert la porte-fenêtre

et tu essaies de traverser le volet roulant

fermé

comme si c’était un mur

d’eau

 

le mur d'eau 8, par Franck Queyraud

tu creuses

doigts crispés

tu grattes

tes jambes sont nues

en slip

tu cherches

les toilettes

sur le balcon

 

 

#3

 

le mur d'eau 9, par Franck Queyraud

Les images sont faites de vide. Tout comme le monde. Mais alors comment tiennent les choses. Qu’est-ce qui fait qu’elles sont ce qu’elles sont. Qu’on les reconnaît comme telles. Qu’est-ce qui fait qu’une voiture est une voiture, alors qu’au niveau atomique, la matière qui la compose est discontinue.

Lorsqu’on observe une image informatique en zoomant avec son smartphone, les pixels apparaissent comme les mailles d’une étoffe.

Au fur et à mesure que je zoome, le regard fixé sur l’écran, j’oublie l’image initiale, affichée sur mon explorateur. Elle n’est rien d’autre que la représentation informatique, pixellisée, d’une photographie. Reflet de reflet du réel. L’image devient un champ à explorer. Où se perdre. Plus rien n’a de sens que cette plongée en avant. Vers le toujours plus petit. Toujours plus décentré. Du monde clos de l’image à l’univers infini des pixels qui la composent.

Ma vision procède par filtres successifs, qui me perdent en translation. J’avance vers l’image. Je m’en écarte. Je la regarde autrement. Je la dénature. Je la fais disparaître.

 

le mur d'eau 10, par Franck Queyraud

.
J’observe la texture du monde, et je m’y perds. Plus de mur d’eau. Rien que des briques, qui montrent l’existence du vide entre les parcelles de matière, tout en donnant une impression étrange de continuité. De solidité simplificatrice.

 .

Angèle Casanova (texte)

Franck Queyraud et Angèle Casanova (photographies)

.

C’est le premier vase avec Angèle, en fait, ce n’est pas tout à fait exact. C’est le premier vase avec Angèle depuis qu’elle a changé de nom. Bienvenue ici, de nouveau. Elle accueille sur ses Gadins et bouts de ficelles mon vase : Dans ventre, ça a commencé…

Vases communicants ? qui se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis le 3 juillet 2009 à l’initiative de deux auteurs et blogueurs : François Bon et Jérôme Denis. Une page Facebook et un blog associé : le rendez-vous des vases communicants sous la coordination d’Angèle Casanova permettent de créer les liens entre blogueurs (auteurs), de définir éventuellement un thème, d’associer images ou sons avec le texte. Le principe n’a pas évolué depuis la création : chacun écrit sur le blog de l’autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre, telle est la consigne.

Et les lectures de ce mois sont à poursuivre ici sur le nouveau blog animé par Angèle Casanova.

Bonnes lectures

Silence.

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Une réflexion sur “Le mur d’eau par Angèle Casanova (Vase communicant #47, décembre 2014)

  1.  » Je réfléchis à ce qui pourrait faire sens. Là. A ce qui pourrait relier ces images. »
    La réflexion nuit parfois à l’imagination. Les « choses » que l’on construit sont cet éphémère poétique (mais je n’aime pas ce terme tant il est galvaudé) et les marches montent les escaliers sans besoin de les gravir, les tapis roulants ne possèdent pas l’illusion onirique des tapis volants, bref, à trop se demander quel sens ont les « choses », on finit par s’ignorer soi-même. (soit dit en passant sur le tapis du supermercado !)
    Amicalement.

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