& à l’aube je me casserai les plumes. par Jeanne (Vase communicant, novembre 2014)

cabane-isolee-norvege

de. cesse. cette. pensée. obsédante.
je
ne
dois.
plus écrire.
& à l’aube je me casserai les plumes.

je rêvais de ne plus devoir écrire.
me poser sans devoir encore
sans absorber ce bruit du monde, le temps qu’il fait et l’ennui des gens.
je voulais qu’en fin s’arrête cette nécessité de tout entendre, de chercher l’échappatoire dans chaque nuage et les mots qui suivraient.
je voulais qu’enfin on se prenne par la main sans ombrer son voisin.
le vent ne soufflait plus que pour rien, les gens parlaient tout autant et j’écrivais pareil.
absorber des heures, des nuits qui rallongent et les soucis avec.

& à l’aube je me casserai les plumes.

j’ai pris un train. puis un autre.
contre moi les paysages.
derrière moi le son les fausses notes et le reste.
en un seul bagage de quoi se vêtir se chausser.
je partais laissant brûler ce qui se lisait s’écrivait.
je partais sans regard.

& à l’aube je me casserai les plumes.

j’avais longtemps imaginé ce que pourrait être ce lieu.
je ne voulais certainement pas d’une maisonnette de conte de fées.
je ne voulais pas plus de compagnie tout autour.
croyez-vous donc que j’aurais aimé votre proximité ?

& à l’aube je me casserai les plumes.

je ne peux plus.
écrire.
lasse d’avoir à poser des mots sur ce qui fait nos jours.
je ne veux plus.
écrire.
lasse des pleurs des cris des assassins des mensonges et j’en passerai (pour les besoins du jt et autres médias).

je ne ris plus. je ne pleure plus.
je brûle.
j’ai commencé par allumer la cheminée avec mes dictionnaires. j’ai enfourné mes anthologies, mes poésies et mes précis de littératures. j’ai ajouté sans dégoût mes romans posthumes, ceux sous pseudo, les anonymes et mes albums illustrés. je ravivais les flammes à la lueur de mes cahiers.

à l’aube je me casserai les plumes
&

je n’écris plus.
juste rêvé cette nuit d’un chemin sous lequel lever les yeux.
juste rêvé d’un lieu où je pouvais m’adosser, baissant ma garde.

.

Jeanne

.

Celui qui lit. Celle qui ne veut plus écrire… Celui qui veut écrire. Voilà l’idée de départ entre Jeanne et moi, pour ce troisième vase communicant ensemble. Chez Jeanne accueille mon texte : Celui qui… Bienvenue Jeanne, de nouveau…

Et puis, un salut particulier et chaleureux à Brigitte Célerier qui a confié dorénavant  l’organisation des échanges à Angèle Casanova. Merci Brigitte et bonne chance à Angèle pour la reprise du flambeau.

.

Vases communicants ? qui se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis le 3 juillet 2009 à l’initiative de deux auteurs et blogueurs : François Bon et Jérôme Denis. Une page Facebook et un blog associé : le rendez-vous des vases communicants sous la coordination d’Angèle Casanova permettent de créer les liens entre blogueurs (auteurs), de définir éventuellement un thème, d’associer images ou sons avec le texte. Le principe n’a pas évolué depuis la création : chacun écrit sur le blog de l’autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre, telle est la consigne.

Et les lectures de ce mois sont à poursuivre ici sur le nouveau blog animé par Angèle Casanova.

Bonnes lectures

Silence

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2 réflexions sur “& à l’aube je me casserai les plumes. par Jeanne (Vase communicant, novembre 2014)

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