« Sous la ramure » de Danielle Masson (Vase communicant, juillet 2014)

7.00.

Toujours aussi matinal, Goran Le Mut trouva une missive très intrigante, posée sur le sous-main de son bureau de notaire d’une petite commune de la nouvelle vie qu’il s’était choisie. Il n’était pas repassé par l’étude, la veille au soir après son rendez-vous pour la succession de Madame Julie.

Lettre déposée par les soins de sa fidèle Mirabelle, son assistante depuis des lustres. Pas de cachet de la poste qui aurait fait foi. Aucune indication de l’expéditeur.

Une enveloppe vert tendre grand format,

Gorant Le Mut, écrit en lettres cursives très appliquées, avec des pleins et déliés dignes d’une plume Sergent Major

À l’intérieur, cette image et ces quels mots

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2014-04-28 16.50.04

« Rendez-vous sous la ramure à 13.32 pétantes. Votre aimée »

Votre aimée… cela le laissa coi. Silencieux, mais pas si tranquille que cela.

Votre aimée… laquelle ? traversa son esprit, mais ne s’y attarda pas.

Cela ne pouvait être qu’elle, celle qui hantait ses jours et ses nuits et là, soudain lui donnait de l’espoir.

Il se ressaisit et relut les mots.

Comment quelqu’un se disant son aimée pouvait associer les mots ramure et pétantes.

Les mots de Leconte de Lisle lui revinrent à la mémoire

« … à l’ombre des grands bois, sous les larges ramures… »

Des souvenirs d’école, sa première rencontre avec l’aimée.

Ils avaient dix ans, avaient suivi ensemble leurs études jusqu’à leur bac, étaient inséparables puis soudain s’étaient perdus de vue. Pour être plus exact, elle avait disparu de sa vie, sans crier gare.

Puis, en ce début de mois de mai, il se rendit à ce congrès national des notaires à Marseille. Quinze ans s’étaient passés, mais il l’a reconnue tout de suite.

Le souvenir de l’aimée avait été ravivé quand il avait croisé ses yeux, toujours de ce bleu infini dans lequel il ne rêvait plus que de se perdre.

Embarqués dans le tourbillon des réunions, des conférences, ils ne purent s’isoler, véritablement se retrouver. Il ne souvenait plus très bien de ces trois jours au cours desquels il ne put se soustraire à ses obligations de gentil organisateur.

Il ne pouvait savoir qu’elle serait là. Elle devait être inscrite sous un nom différent de celui qu’il connaissait. Elle devait être mariée. Que de suppositions !

Et maintenant son ordre, son ultimatum !

Ces trente-minutes, qui lui arrachèrent un sourire et des souvenirs qui remontaient.

Un coup d’œil à son agenda surchargé… le temps qui avançait à grands pas…

Cette ramure, son adresse… où ? la panique qui commençait à l’étreindre.

Un post-it vert avec l’écriture de Mirabelle en plein milieu de page : « Ne pas oublier votre rendez-vous de 13.32 ».

Comment était-elle au courant ? Mirabelle et l’aimée étaient complices.

La ramure… son adresse ne lui revenait pas à l’esprit. Si loin de leur enfance, de leurs années d’entente. Pourtant, ce mot lui rappelait quelque chose.

Ramure, frondaison, feuillage, rameau, branchure, ombrage… c’est cela Parc des Ombrages, le nouveau lieu ouvert tout récemment au public dans sa commune, dont il était devenu maire en mars dernier.

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© 4 juillet 2014 – 32 Octobre

Danielle Masson.

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Plaisir de recevoir une compatriote de PACA où il y a peu, j’habitais encore. Bienvenue Danielle sur mes flâneries presque quotidiennes pour ce nouveau vase communicant. Et merci d’accueillir sur votre Jetons l’encre à Saint-Maximin la Sainte-Baume mon texte : La disparition, petit exercice oulipien pour rendre hommage à plusieurs personnes.

Vases communicants ? qui se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis le 3 juillet 2009 à l’initiative de deux auteurs et blogueurs : François Bon et Jérôme Denis. Une page Facebook et un blog associé : le rendez-vous des vases sous la coordination de Brigitte Celerier permettent de créer les liens entre blogueurs (auteurs), de définir éventuellement un thème, d’associer images ou sons avec le texte. Le principe n’a pas évolué depuis la création : chacun écrit sur le blog de l’autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre, telle est la consigne.

Et les lectures de ce mois sont à poursuivre ici.

Bonnes lectures

Silence

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Une réflexion sur “« Sous la ramure » de Danielle Masson (Vase communicant, juillet 2014)

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