Je n’ai jamais lu Arnaud Cathrine… (Revue Décapage, 49) – opération masse critique via @Babelio

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A quoi sert une revue littéraire en 2014 ?

Je ne vais pas amorcer ici une dissertation sur le sujet, il y a des raisons innombrables à l’utilité d’une revue littéraire, toutes plus valables les unes que les autres. Toutefois, pour illustrer cette question, simplement vous signaler l’anniversaire d’une des revues née il y a un an sur le net, nerval.fr dont vous pourrez lire ici un bilan enthousiaste. A quoi sert une revue littéraire en 2014 ? A faire découvrir des auteurs… par exemple…

decapage 49

Dans le cadre de l’opération Masse critique de Babelio, ce site de bouche à oreilles littéraires, animé par des milliers d’amoureux « du contenu » des livres, j’ai eu la joie de recevoir un exemplaire de la revue Décapage, le dernier numéro – le 49 précisément – revue éditée par Flammarion. Je me suis demandé comment en parler – puisque telle est ma mission en échange de ce don. Et plutôt que de vous la dévoiler en menus détails, je n’en évoquerai qu’une partie : celle de la découverte d’un auteur que je ne connaissais que de nom, Arnaud Cathrine.

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Je n’ai jamais lu Arnaud Cathrine.

Décapage n’est pas conçue sur le modèle traditionnel et majoritaire des revues littéraires actuelles – à savoir un ensemble de critiques argumentées sur la production littéraire du moment, accompagnées d’éventuelles interviews des auteurs les plus en vue – mais plutôt en convoquant les auteurs qu’ils aiment, traités avec un ton décalé, plutôt bien dosé… sur l’ensemble du numéro.

Une rubrique importante d’une quarantaine de pages intitulée La panoplie littéraire permet de découvrir l’atelier d’Arnaud Cathrine, notamment les lieux Où il Lit, les lieux Où il écrit : des oloés – chers à Anne Savelli – qui pourraient se retrouver sur cette carte qui les regroupent désormais.

On découvre d’abord, sa bibliothèque, « surpeuplée (sa vocation). Tous les moyens sont bons pour en loger de nouveaux. » On y lit des noms qui nous sont proches : Romain Gary, Charles Juliet, Georges Perros… La bibliothèque d’un écrivain, de vous, de moi est un des lieux les plus intimes : espace physique du dévoilement de soi. Les écrivains que l’on a lu et ceux qui restent dans la bibliothèque sont deux ensembles distincts qui disent notre personnalité mieux qu’un quelconque curriculum vitae.

Sa vision des écrivains ? Des figures permettant de résister à l’ennui, à l’esprit de sérieux, à l’indécence, à tout ce qui dévalue ou moque le sentiment, à tous les conformismes mortifères. « Tous ont en commun de n’avoir pu s’empêcher d’être libres. » Oui et non… Mais, ont eu en commun de remuer, de se débattre, ne pas accepter les évidences… d’être en définitive pour tout ce qui aide à traverser la nuit pour paraphraser le titre d’ un écrivain de ma propre bibliothèque.

Dans la bibliothèque, il y aussi quelques images, des cartes postales, des photographies (une très belle due à Hervé Guibert) ou des représentations de tableaux. L’illustration d’un livre ouvert montre un passage souligné par Arnaud Cathrine : « Ceux qui m’approchent sont apparemment frappés par ma solitude, mon équilibre, ma parfaite adaptation à la vie. Qu’en est-il ? Sont-ils à ce point dépourvus d’intuition qu’ils ne savent pas pressentir ce que réellement je suis ? Ou suis-je moi, obnubilé par ma seule part négative, et totalement inapte à me saisir objectivement ? (Journal de Charles Juliet) » On lit pour se découvrir, pas forcément pour se dévoiler aux autres. « Difficile de les prêter [les livres] sans risquer l’indiscrétion et l’impudeur. Il m’arrive pourtant d’en faire sortir de chez moi : je dois, au préalable, vérifier tous les commentaires et les croix, gommer au besoin, noircir, barrer. Certains ne sortiront jamais. »

On découvre encore au cours de ce dossier : certains des livres qu’il aime, les écrivains qu’il vénère et les raisons de ces attachements. Il vit avec eux. J’aime bien qu’il cache ses propres livres dans des caisses en plastique, éloignée de la vue de ses invités. Il y a encore les lieux communs : la Normandie ou le Lubéron, lieux où écrire, où se cacher… s’isoler… se déconnecter pour utiliser un vocabulaire de geek.  Les disquettes qu’il conserve ? Des archives inaccessibles. Les cahiers de notes qu’il entasse ? Des archives qualifiées de fastidieuses ! L’ordinateur : nomade, forcément. Il évoque les découvreurs : celui qui l’a publié la première fois. En 1998, à 23 ans, Verticales, son premier éditeur pour Les yeux secs. Il cherche… sa tonalité. Sa voix. « On n’est que soi.« 

Je n’ai pas envie de tout vous raconter…. Ce dossier est riche de découvertes : écrites ou sonores… J’aime bien l’humilité que l’on découvre dans ces quarante pages. Je ne vous dis pas tout. Allez découvrir la richesse de cette revue chez votre libraire ou dans votre bibliothèque municipale préférée. Je ne connaissais pas Arnaud Cathrine. Je ne l’ai jamais lu…

De mon côté, je file de ce pas vers la bibliothèque municipale – où je travaille également – pour faire la rencontre de cet auteur.

Franck Queyraud

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Pour en savoir plus (manie de bibliothécaire) :

la notice Wikipedia

le site d’Arnaud Cathrine

pour tous, mais particulièrement pour les bibliothécaires chargés de médiation numérique, pensez à jeter un oeil sur La pause de Décapage : une autre manière de présenter les inénarrables coups de cœur ?

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tous les livres sur Babelio.com
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