Sans la capacité d’observation, la main du dessinateur reste inerte (Facettes, 4)

2014-04-06 17.25.07
Photographie de Flo H : Œuvre de Richard Deacon, Quick, 2009, Strasbourg, Musée d’art moderne et contemporain

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Sans la capacité d’observation, la main du dessinateur reste inerte. Regarder longtemps – parfois rapidement – voir… puis dessiner, telle est la pratique quotidienne du dessinateur. Raturer, déchirer , oublier si la vision n’est pas celle qu’il a reçu sous forme de secousses, d’adrénaline ou de frissons dans l’échine. Tel est sa peine. Le cerveau n’est qu’une des parties de son corps. La pensée demeure atone sans l’implication du corps, sans la tentative de capturer quelques flux, de ceux nous traversent en permanence, de ceux qui circulent sans nous, sans que nous nous en rendions compte, qui nous empêchent aussi peut-être d’observer. Pourquoi avoir cessé de dessiner ? La pratique de la photographie est désormais inutile. Je n’y suis pas acteur. Je peux parfois y mettre ma patte… mais il y a trop de photographies, partout, tout le temps, qui perturbent mon regard. La pratique de la photographie est certes passionnante mais dorénavant purement utilitaire : une simple extension de mon regard, un succédané de ma mémoire, submergée. Elle ne m’est plus utile et pourtant, je ne peux pas m’en passer. Il faudrait arrêter, pouvoir arrêter. Elle convoque mon attention, subtilise mes souvenirs et mes connaissances mais n’utilise qu’une partie des possibilités de ma main – un doigt qui donne naissance à la photographie.  Je ne suis pas maitre de la technique, utilisant des outils de prise de vue oulipiens qui restreignent ma liberté. Pourquoi avoir cessé de dessiner ? Le temps passe si vite. Enfin, ce désir revenu de faire des choses avec les mains, la tête, le cerveau, les yeux et toutes les influences qui ont accompagnées le chemin. Le corps, la chair, l’intellect, le partage. Besoin de vivre, de ressentir totalement ce moment de la création qui vous appelle et vous dit : assis-toi… prends cette feuille… ce crayon… c’est à toi de jouer maintenant… Tu ne peux pas toujours tout remettre au lendemain.. Un peu de courage, merde…. ce souhait de capter, de dire, de montrer pour ? Respirer ? Partager ? Après la création, c’est autre chose… qui ne nous appartient plus. Ce qui reste tangible : le temps qu’il faut avant d’oser reposer le crayon sur la feuille quand on a décidé de ne plus dessiner. Ce trac incompréhensible avant le premier trait. Cette boule dans le ventre… Comment dire mieux ? La création boule dans le ventre. Ou alors – inconscient – dessiner sans s’en rendre compte – dans une réunion parce que l’on s’ennuie. Et que l’on se demande pourquoi on ne vit pas dans une cabane en lisière de forêt à regarder le cerf qui lentement sort du bois au rythme du jour qui baisse.

Rester assis sans bouger  à le regarder jusqu’à ce qu’il s’efface dans l’encrier de la nuit venue… avant que de le… dessiner…

Silence.

(Facettes de celui qui se cache, 4)

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