Effacer ?

Devant mes yeux passent : effacer, c’est déjà un langage.  Ce n’est pas le mien. Remembering ? Parfois, j’aimerai ne plus parler. De mes doigts, effleurer les touches du piano, frôler les cordes de la contrebasse. Siffler mélodie, celle qui berce au moment de la fin du jour. Juste prendre photos, dessiner ou écrire. Ne sais pas danser. N’ose pas plutôt. Pas encore. Il reste tant de choses à apprendre au midi de notre vie. Aimerai ne plus parler, ne plus parler, ne plus parler… Poser ma main sur ta joue, la laisser glisser… Ne plus parler, parler, parler. Effacer ? N’y arrive pas. N’y arrive jamais. Pourquoi effacer ? Le mouvement est dans le souvenir… le souvenir de ce qui nous a construit, bouleversé ou détruit. Je suis un fils. Je suis un père. Un passant. Je n’oublie plus de sourire. Et mes ancêtres, devenus fumées, puis nuages dans ciel bleu. Je n’oublie plus de sourire. Remembering, en boucle. Les vertus de l’oubli ? Je ne grandis que si je me souviens. De mes pas. De mon souffle. De notre souffle commun. Archéologue du quotidien… retrouve empreintes et traces… Un rien modifie mon pas. Ne veux surtout rien effacer, et surtout pas les traces de ce qui pique. Le martellement du tempo. Ce concert du 9 avril 2011 où j’ai entendu pour la première fois – en live – les notes introductives de Remembering. Le frisson instantané. Un flache qui déforme le temps immobile. Le public recueilli dans un silence immense, ce silence qui est langage absolu, ce silence qui dit : il se passe quelque chose. Sérénité. Un jour, je n’ai plus connu l’ennui de l’enfance. La lumière de la fin de ce jour me retransmet ce souvenir. Prévert parle :  » j’entends encore des rossignols. Ils chantent comme ils chantent. Ce ne sont peut-être pas des petits rossignols mozartiens, mais c’est le chant des rossignols comme le chant des enfants. Le reste, c’est langage de rossignols démontré par les savants à clé. Le langage, c’est facile : langagez-vous dans la narine et vous parlerez du nez ! » Parler comme on écrit, écrire comme on parle. Il n’y a pas de clé. Écrire ne permet pas de changer le passé. Seul ce flot de souvenirs, tsunamise ma marche, donne la direction. Souvenirs, racines ancrées qui me sédentarisent… plutôt que nomade… suis palimpseste… Je meurs si j’oublie… Je meurs si je t’oublie…

Silence.

.

La première phrase est d’Armand Gatti, captée sur une photographie du jour, sur le mur coloré de Christophe Grossi.
Et les mots de Prévert sont ceux qui sont retranscrits dans cet Hebdromadaires, longue interview avec André Pozner (Ed. Guy Authier, 1972) : livre de chevet.
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