C’est ça, la vraie punk attitude (une carte postale de Tel Aviv de Sabine Huynh) – 13 décembre 2013

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Cher Franck,

Aujourd’hui il pleut il grêle il gèle à Tel Aviv et ma voix est cassée. Tu te souviens de la carte que je t’avais envoyée en juin, où l’on voyait l’une des artères de ma ville recouverte de neige ? « L’hiver européen » s’était abattu ici en février 1950, du jamais vu. Eh bien, sache que les commerçants disent qu’il est revenu, après soixante-trois ans d’absence. Personne ne veut y croire : les gens s’obstinent à sortir, les uns sans manteau, les autres sans parapluie, et certaines les jambes nues, réchauffées uniquement par le carmin de leurs lèvres et serrant un châle ajouré sur leurs fines épaules hâlées. Et moi, je continue à espérer pouvoir nager dans la piscine Gordon dimanche (piscine en plein air au bord de la mer, remplie de l’eau de celle-ci). Les photos à la une des journaux d’hier matin montraient des bonshommes de neige (que j’aime la bonhomie dorée de ce peuple qui me nourrit comme le fait une tresse de pain).

Hier soir mon corps a été secoué, ravivé, non pas par la foudre mais par Fortis : le chanteur israélien Rami Fortis, le père du rock-punk israélien, et membre de l’ancien groupe post-punk Minimal Compact (1981-1988, basé à Amsterdam et dont on peut entendre la chanson « When I go » dans la B.O. des Ailes du désir, de Wim Wenders). Rami Fortis a donné un concert avec ses cinq musiciens dans le kibboutz Givat Brenner, à une demi-heure au sud de Tel Aviv. Plus de deux heures d’une générosité et d’une intensité inégalables, et toujours avec ce sourire d’enfant, ces sauts joyeux de cabri rebelle à toute autorité, ce petit air de gouaille, même si, si l’on en croit Fortis lui-même, « Fortis le fou est devenu Fortis le normal, mainstream, rangé… Mais, les amis… Tout n’est que fiction ! » Pied de nez.

Des paroles entonnées par toute la salle, contre la mentalité guerrière (aux refrains en arabe), contre le mur de Berlin qui sépare les deux hémisphères de notre cerveau, contre le pouvoir aliénant de la télévision… et pour raviver les étincelles de l’amour aussi. En guise d’intermèdes, les projecteurs éclairaient le public et Fortis s’est entretenu avec nous, nous répétant combien il nous aimait, profondément, notamment parce que nous étions là avec lui, malgré le froid et la pluie, même si celle-ci, nous a-t-il dit, est toute relative et que sa force n’est que dans notre tête : « Tout est dans ta tête… Tu es grand, je suis petit… C’est tout dans ta tête… Ce serpent, il est dans ta tête… » (Fortis).

C’est ça, la vraie punk attitude, no bullshit et no shit, juste des vagues d’humanité, de générosité, électrifiantes, qui réveillent les corps emmurés dans leur ciment de certitudes et d’incertitudes.

J’ai regardé mon compagnon chanter avec Fortis. Je n’ai pu m’empêcher de lui crier que c’était bon de le voir ainsi, de le retrouver enfin.

Ma voix est cassée ce matin, tant mieux, en la recollant je peux lui donner une nouvelle forme. L’amour de Fortis est à ce point libérateur.

Je t’embrasse Franck, à bientôt, ne prends pas froid surtout.

Sabine

Ici, à Strasbourg, cela fait trois jours que nous sommes dans le brouillard… et oui je me souviens de minimal compact… les avait écoutés à l’époque… je n’avais pas souvenir du nom de son leader… et je crois que je ne savais pas que le groupe était originaire de Tel Aviv… Fortissimo ;) et un peu de miel pour recoller la voix… Amitiés et bonjour à ton compagnon et votre puce… elle, elle doit être contente de la neige, si elle arrive… ?

Franck

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