Ce que nous ressentons comme vide n’est parfois qu’un trop plein

Les photographies sont des ombres aussi

Ce que nous ressentons comme vide n’est parfois qu’un trop plein. Un trop plein d’ombres. Les photographies sont des ombres aussi mais de ce qui n’est plus… « J’ai mal à cette vieille cervelle dans laquelle ressurgit sans prévenir ce qui a été, a précédé, a suivi… On appelle ça se rappeler, mais si l’on doute de tout, cela n’a peut-être rien à avoir avec la réminiscence. De quoi se souvient-on au juste, sinon de détails sans réelle importance ? L’essentiel est perdu, il ne refera jamais surface. Je ne me souviens de rien en réalité, j’invente tout. Fantasme d’écriture, écriture du fantasme, je n’en sais rien, c’est dans doute la même chose. Cela se bouscule dans ma tête. Je vais laisser dire, écrire ce qui me passe par la tête, comme ça me vient. » Quels sont ces désirs de capturer des images à tout instant par le moyen d’un appareil photo et ensuite de conserver ces prises de vue du monde qui nous entourent ? Photographies qui un jour ou l’autre, au moment où l’on n’est pas – plus – sur nos gardes, sans défense – viendront nous pincer le cœur ? Ce que nous ressentons comme vide n’est parfois qu’un trop plein. « Les photographies n’ont jamais fait découvrir la laideur du monde. Mais nombreux sont ceux à qui elles ont fait découvrir la beauté. » Cette émotion de retrouver la photographie d’un proche, par hasard, en ouvrant un livre. Et la photographie… de tomber à terre… Ce saisissement en se baissant pour la récupérer, reconnaissant une personne aimée de notre entourage. Disparue, éloignée, perdue. Malgré cela, ce tic irraisonné d’appuyer sur le déclencheur de l’appareil de photographies. Ce qui n’est pas clair est obscur. Des photographies à foison comme dispositifs d’exploration de nos gouffres intérieurs. Il y a cependant de la joie dans ces captations : une impression de s’emparer d’une bribe du monde, de capturer une émotion, une émotion identique à celle d’enlever un bout d’écorces à un bouleau – geste que l’on voudrait faire parfois : désécorcer notre vieille cervelle pour retrouver un peu plus de légèreté. Ce que nous ressentons comme vide n’est parfois qu’un trop plein. Ce trop plein d’ombres qui nous submerge…

Silence

La première citation en italique est extraite de La mer et l’enfant de Sabine Huynh (Galaade éditions, 2013). La seconde, du Sur la photographie de Susan Sontag (Christian Bourgois)
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