Fluides sans intention, ou petite flânerie éveillée pour la communauté des flâneurs par Nolwenn Euzen (Vase communicant, Septembre 2013)

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Flâner dans les formes, les vitesses, les mesures. Dans les mouvements, les étendues, les déplacements. Flâner dans toujours plus petit et encore plus grand, plus loin. Dans les informations, dans les architectures. Dans les traces. Dans ma main sur, ma main au bout de, ma main articulée, ma paume. Ma main qui prend, qui tracte, lève. Qui touche, frôle, caresse. Mains des majeurs, des index, annulaires, pouces, petits doigts. Mains enchâssées, mains sur la bouche, doigts sous le nez, doigts sur les lèvres. Marchons certains, buttons. Ou fragiles au bout de. Légers. Flâner c’est marcher moins certain dans le corps des pensées. Sentir est un voyage, dis-tu. Cherchons, voulons. Voulons sortir, remplir. Remplir de tout ce qui étend. Nous alléger jusqu’aux extrémités. Poser le pied dans son histoire et jusqu’à ce qu’elle nous tienne, dire voilà c’était elle. Ses bagages, ses papiers. Sentir ses muscs, ses adjectifs. Sentir sa gravité, regarder l’œil fertile. Poser le pied et flâner dans son pas. Freiner. Jouer. L’histoire dans ses gouttes d’eau. Le son de la fontaine des rires d’enfants des images d’Épinal. Les extensions puériles, les ailes de volatiles, d’engins à réaction. Flâner dans son enfance, rire, courir, inventer. Tourner coudes et genoux, propulser la syntaxe. Est-ce qu’on me lit encore ? Flâner comme une plante, rebondir dans les hanches, traverser en courant, changer de trajectoire. Ici j’ai quatre vingt millions de cellules en mouvement pour te dire qu’elles sont là, devant toi, ici quatre vingt millions de cellules en mouvement me disent que tu es là, devant moi. Ici je flâne dans tes papilles, ici tu vadrouilles dans les miennes. Ici je capte tes vibrations, ici tu épouses les miennes. Ici c’est pour nos courbes, nos paysages. Plaisanter d’une averse, épuiser les cailloux. Fléchir. Sortir des parenthèses. Souffler. A chaque conjugaison un nuage temporel. Nous flânons dans nos mondes, nos plaines et nos périphéries, nous flânons les couleurs bruits vitesses quantités. Nous flânons jusqu’au cou. La tête ample. Verrons-nous ce côté ? La tête lente au ralenti. Refuse, s’ébroue, s’apaise. Se laisse soutenir. Un globe soudain calme, tranquille. Un montage chaotique, un puzzle incomplet. Des fluides sans intention. 498 mots pour perdre mon objectif, ma prise. Jamais ma phrase ne. Vitesse, volume, pas même plan, dimension. Pas même en rétention. La phrase si elle flâne, flâne seulement. Eclatée et reprise. Sans précis, sans sujet. Infiltre. Bain de lumière à la sortie. Personne ne sait aimer comme nous mais personne ne sait nous y rejoindre non plus. Flâner dans un instant déjà remplacé par un autre. Ni vraiment dehors ni vraiment à l’intérieur. On pourrait faire entrer le monde mais lequel ? A quel moment ? Dans quel visage ? Passer, sans passer à côté, sentir que rien n’est vraiment neuf ni vraiment déjà là. Sans jaillissement. Repos actif capte, écoute et recommence. Flâner c’est dire bonjour. C’est dire sans effort au bord de l’effacement. Ni vraiment fuite ni vraiment dans. La géographie du flâneur, tangentes qui ne fond pas les cartes. La consolation du flâneur, un souffle presque silencieux. Le flâneur adoucit les bords certain qu’alors il ne les perdra pas. Le flâneur érotique, le flâneur empathique, le flâneur éveillé, sensuel, amusé. Comment imaginer la communauté des flâneurs ? Qu’aurions nous en commun sinon volumes, vitesses, rythmes, croisements ? Pour dire qu’on ne flâne pas en ligne droite, que nos vies dans les formes labiles se font signe sans forcer. Nous ne savons pas ce que serait la communauté des flâneurs. Elle dirait simplement dans la mobilité qui serait la sienne, que sentir est un voyage.

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Nolwenn Euzen de la Grande menuiserie.

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De nos ateliers respectifs, de nos fabriques réciproques, avions envie de dire ce que nous pensons ce jour de la flânerie, pour faire signe à la communauté des flâneurs. J’ai l’immense plaisir de recevoir Nolwenn Euzen sur ma manufacture au titre éponyme à notre sujet. Bienvenue Nolwenn. De l’autre versant… du vase, elle me reçoit dans sa Grande menuiserie, que je vous invite vivement à découvrir. Ma modeste flânerie à moi s’appelle : Le la hors de sa portée

Vases communicants ? qui se déroulent tous les premiers vendredis du mois depuis le 3 juillet 2009 à l’initiative de deux auteurs et blogueurs : François Bon et Jérôme Denis. Une page Facebook et un blog associé : le rendez-vous des vases sous la coordination de Brigitte Celerier permettent de créer les liens entre blogueurs (auteurs), de définir éventuellement un thème, d’associer images ou sons avec le texte. Le principe n’a pas évolué depuis la création : chacun écrit sur le blog de l’autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre, telle est la consigne.

Et les lectures de ce mois sont à poursuivre ici.

Bonnes lectures

Silence


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