Après l’amour…

« ...sur le lit.

[Natsumi] m’y rejoint pour me montrer des photographies de cette région de Tango qu’elle a conservées sur son téléphone portable. Ce sont de toutes petites vignettes, mais on distingue les maisons de pêcheurs blotties les unes contre les autres qui surlignent le rivage d’Ine no Funaya. La plage de Kotobhima est raturée par des pins tordus par les vents de mer (c’est là que nous allions). On y trouve sable et rochers circonscrits. Comme partout ailleurs, on entend des mouettes.

Les doigts de Natsumi se déplacent facilement sur l’écran tactile, maintenant c’est le pont de sable d’Amanohashidate, que les dieux autrefois empruntaient pour se rendre dans le ciel. Natsumi m’agrandit un détail, ses doigts pincent l’écran en s’écartant, à plusieurs reprises, et à chaque écartement le zoom avance d’un cran, tu vois, ce sont des cyclistes qui y roulent à présent. Je pénètre avec elle dans l’image, mais plus on s’approche de l’élément qui nous intéresse, plus il devient illisible : sa définition s’appauvrit, ses contours sont de plus en plus dentelés, à la fin il se boursoufle, géométrique et brouillé.« 

Après l’amour… le cliché de la cigarette a fait long feu. Désormais interdit de fumer des cigarettes cancérigènes que l’on vend toujours. On regarde des photographies, la sensualité conservée dans deux doigts qui zooment ? Il est encore autorisé à jouer avec l’écran tactile du téléphone, produit glorifié pour communiquer officiellement – cordon ombilical breveté, normalisé, devenu incontournable. Les doigts de Natsumi sur la langue de terre de la photographie du pont de sable agrandissent la métaphore sur l’écran de silice : la caresse d’objets à la place de la caresse des peaux. Objets qui se substituent désormais à nos corps de chairs, à nos doigts, à nos langues. Corps ne nous appartenant plus. Objets du corps social. Ouvrir un pot de pâte à tartiner et tout de suite, entendre le message subliminal de la propagande de la bonne santé : manger cinq fruits et légumes. Ce corps imaginaire dont on nous bassine. Ce corps imaginaire glorifié jadis par la passionaria des fascistes allemands. Nos contours nous appartiennent. C’est quoi la bonne santé ? La grande santé ?

Après l’amour ? Flâner de nouveau sur nos contours de chairs… ne pas étouffer…

.

Silence.

L’extrait catalyseur et emblématique de ce texte provient de Love Hotel / Christine Montalbetti. – Pol, 2013. – p. 71-72.
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