« J’aime bien les photos, moi, dit Prévert. » : photolaliques 6

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« – J’aime bien les photos, moi, dit Prévert. J’ai toujours été copain avec des photographes. Pour moi, il y a un mystère dans la photographie. Dans la caméra aussi. Comment se fait-il que des gens vous prennent avec le même appareil, avec la même pellicule, avec le même éclairage, et c’est pas le même animal qui sort ? C’est drôle. Il y a des gens qui vous font toujours triste, d’autres qui vous font gai. C’est comme avec un stylo ou un pinceau, seulement on ne sait pas encore pourquoi ni comment. » (Hebdromadaires /Jacques Prévert, André Pozner. – Ed. Guy Authier, 1972.)

Je ne sais pas si il serait bon de savoir ce pourquoi et ce comment. Il y a des pénombres que l’on doit conserver. « A la fois superficielle et profonde, l’ombre nous pousse à descendre en nous-mêmes, afin d’atteindre cet espace aux limites incertaines où les rêves prennent naissance et où sommeille le sentiment du sacré. » (éditorial de la revue Jardins n°4 / Marco Martella – Ed. du Sandre, mars 2013)

Il y a l’œil et il y a le regard…

« Je crois qu’il y a l’œil d’abord, mais mon regard a changé. Quand j’écrivais entre 17 et 20 ans, je découvrais aussi Cartier-Bresson et ce qu’il disait de l’instant photographique. Je prenais beaucoup de photos et j’aimais particulièrement  ce moment de la captation, de la mise en cadre. On regarde et d’un coup on saisit, on s’empare. Il y a quelque chose qui n’est pas délicat dans la photographie, dans le geste de s’emparer du monde. Quand j’avais 17-20 ans, l’écriture, c’était aussi ça : s’emparer du monde. Je n’ai plus du tout ce regard là et même il me gêne un peu chez les écrivains qui l’ont. Il y a des écrivains de la capture de l’instant, mais je ne suis plus dans la capture. Ça a été important au moment où je découvrais la photo, mais maintenant je pense que je conserve pour la trace et non pour capturer. Je conserve d’une manière plus douce et mélancolique. Je n’ai plus l’œil du chasseur, sinon exceptionnellement. J’ai un rapport plus précautionneux au monde. » (Entretien de Christine Montalbetti avec Thierry Guichard in Le Matricule des Anges, avril 2013)

et des photographes qui ne photographient pas, parfois…

« Un jour, dans les petites montagnes des Alpes-Maritimes, du côté d’Entrevaux je crois, Robert Doisneau « en reportage » accompagnait un berger, ses moutons et ses chiens, lorsqu’un camion éventra le troupeau et tua aussi les deux chiens. « Tu as pris des photos ?
 – Non, j’ai consolé le berger », répondit Doisneau.
 Et c’était comme si la vie, en instantané, avait fait le portrait de Doisneau.
 Simple échange de bons procédés. »
(Transhumance / Jacques Prévert, automne 1975 in Oeuvres complètes, tome 2, p. 665. – Gallimard, Ed. de la Pleiade, 1996)

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Silence…

Ainsi finit cette sixième photolalique, que vous pouvez prolonger par la lecture de la deuxième : Photolaliques 2 : la retenue de deux photographes, Didier Lefèvre et Alain Keler…

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