Changer d’ici, changer de maintenant

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Qui vole voit seulement la route s’avancer à travers le paysage : elle se déroule à ses yeux selon les mêmes lois que le terrain qui l’entoure. Seul celui qui va sur cette route apprend quelque chose de sa domination, et apprend comment, de cet espace qui n’est pour l’aviateur qu’une plaine déployée, elle fait sortir, à chacun de ses tournants, des lointains, des belvédères, des clairières, des perspectives, comme l’ordre d’un commandant qui fait sortir des soldats du rang. 
© Walter Benjamin, Sens Unique, éditions Maurice Nadeau.

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Changer d’ici, changer de maintenant. Continuer la marche, continuer de flâner. Changer de lieu, changer de temps. La belle assiette de tomates, – quelques gouttes d’eau sur leurs chairs rutilantes, des poivrons rouges, verts et jaune, deux courgettes – qui nous attend sur la table. Continuer la marche, continuer de flâner. C’était juste un moment, cet instant où vous étiez épuisé. On ne peut pas constamment marcher. Se reposer sur un palier, un bord de chemin, reprendre son souffle. Respirer. Attendre. Respirer. Attendre. Regarder autour de soi, derrière, mais pas longtemps, tu n’en as rien à faire de la nostalgie. Respirer. Continuer la marche, continuer de flâner. Dans la ville, au bord des rives ou dans les parcs. Tu aimes te promener dans cet ici, dans ce maintenant qui est ton futur. Découvrir vieille voie ferrée, bâtiments anciens délabrés, ou ports abandonnés : l’ancienne ville mue. Sa vieille forteresse militaire s’est apaisée… Ses centres nerveux se sont déplacés… vieux bâtiments : rénovés, transformés. Une statue de cheval sur un musée… Voir les tableaux, les dessins… Toujours un humain pour dire… écrire, dessiner, chanter. La vie est ici, sans cesse mouvante et puis, plus. Mais renaît, aussitôt. Incessamment. Respirer. Attendre. Heureusement, le sens unique ne l’est pas. Tout va bien. Suis tranquille : mon abonnement à la bibliothèque est validé. Il ne peut plus rien arriver. Marche dans le labyrinthe des rues. Ne les connaît pas encore toutes. J’ai tout mon temps pour me perdre. Et cette joie de découvrir… Changer d’ici, changer de maintenant… Ne plus oublier de se reposer. S’asseoir dans le jardin, sur le banc sous le ginkgo. Ouvrir le livre, acheté sur le quai des brumes et lire la première phrase : « C’était le moment le plus heureux de ma vie, je ne le savais pas. » On lit les livres quand on est heureux ; quand on est malheureux, on les écrit… ?

Silence

Faire signe (saison 2) : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 161

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