ce ne pouvait être jour ordinaire. par Chez Jeanne (Vase communicant, décembre 2012)

 Au café Les grillons Aix en Provence
.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire. on nous le rabâchait sans cesse : « soyez heureux ! ». puis quoi encore ! ça ressemblait à quoi ça !? sans cesse à nous mettre ça dans toutes les sauces (pourvue qu’elles soient piquantes, aigris, aux dents longues).
.
ce ne pouvait être jour ordinaire à se prêter à l’errance silencieuse, la promenade en solitaire. on n’avait pas 80 jours pour faire le tour du monde, on n’avait pas même de ballon à se mettre au bout du pied pour fracasser par accident une vitre derrière laquelle les gens dévisageaient le passant insoluble dans la foule.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire derrière un miroir sans tain. il nous fallait cesser d’être anonyme en marchant à hue à dia. on irait jusque-là, au moins jusqu’au bout d’un jour sans fin. on ne cueillerait pas les fleurs des jardins publics. on n’effeuillerait pas plus les arbres. on se laisserait aller à voler.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire dans un café assis. de tout ce brouhaha sans cesse « soyez heureux ! » et leurs gueules avec qui nous revenaient en pleine tronche. et quoi alors !? avait-on le temps pour sornettes et balivernes quand le temps ne s’y prêtait plus quand plus personne n’en avait. courait après.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire les yeux hagards dans le froid la nuit. les lampadaires ne nous rendaient nos ombres que filantes. on n’avait pas éteint nos écrans. nos veillées au coin du feu ne s’éternisaient plus à nous conter comment le temps d’avant. ça disparaissait en coupant le son dans une assourdissante absence.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire glissé dans les draps de soi. on ne se reconnaissait plus dans nos pulls élimés nos vestes étriqués nos sourires engoncés. l’air de rien ne restait que nos moelles pas un os à ronger pas un aux vautours. on perdait sens des réalités tout autour.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire à retrouver un disparu inconnu. qui l’avait vu revu et corrigé qui se souvenait du sens qu’il donnait à ses chemins ses pas derrière lui qui perdait le sens du désordre et emmêlait nos vies pour. pour !?
.
ce ne pouvait être jour ordinaire on ne sortait pas de ce jour on n’en revenait pas on n’avait pas vu l’heure qui se défaisait l’heure qui n’était plus on éteignait une clope après l’autre sans se soucier de l’horloge nos yeux derrière nos carreaux tout éteint autour de nous. saufs.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire d’où on écrirait à se brûler les doigts sur la pente raide de nos claviers. les lettres nous défiaient de composer avec nous décomposant. curseur mal placé clignotant défiant à son tour de trouver quoi que ce soit à sa suite défiant de dépasser ça l’heure la suite et les restes de nous.
.
ce ne pouvait être jour ordinaire. on n’avait que faire du monde qui tourne tourne tourne pas rond et tourne tourne manège à perdre pied équilibre. voguons. tanguons. prenons une dernière danse un dernier verre. et nos gants de boxe. on irait là où ne mènerait pas nos pas. on irait et. ça irait. bien. à contre-courant contre marée malgré nous.
 
Chez Jeanne… alias M…
.
.
.« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » 
Ravi d’accueillir une libraire, Jeanne, qui ne s’appelle pas Jeanne, sur le blog d’un bibliothécaire… Bienvenue Jeanne. M. pour ce texte inspiré et écrit sur le Finding beauty de Craig Armstrong.  Le blog de Jeanne ? Babelibellus, où vous trouverez mon vase partagé : J’étais au fond de la vallée, sous le nuage.
 

Cette belle expérience de partage d’écritures et d’espaces se poursuit ce mois-ci sur les blogs listés ici.

Belles lectures…

Silence…

 
 
Advertisements

3 réflexions sur “ce ne pouvait être jour ordinaire. par Chez Jeanne (Vase communicant, décembre 2012)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s