Les textes du moi (Septembre 2012) : Lire par Henry David Thoreau

Chaque mois ou presque, dans cette rubrique, reprendre textes entiers, extraits, phrases ou bribes… ou photos… marquant pour le moi… A lire, relire et découvrir constamment… Ce mois-ci, Henry David Thoreau, l’auteur de Walden… dans une traduction de Brice Matthieussent et un livre paru en 2010 à vous procurer rapidement chez les fabuleuses éditions Le mot et le reste.

« En réfléchissant un peu plus sagement au choix de leurs projets, tous les hommes deviendraient peut-être des étudiants et des observateurs pour l’essentiel, car tous s’intéressent certainement à leur nature et à leur destin. Accumuler des biens pour nous-mêmes ou notre postérité, fonder une famille ou un État, ou même accéder à la renommée, en tout cela nous sommes mortels ; mais dès que nous avons affaire à la vérité, nous sommes immortels, et nous ne redoutons plus ni le changement ni l’accident. »
[…]

« Mon lieu de résidence était plus favorable, non seulement à la pensée, mais aux lectures sérieuses, qu’une université ; et bien que trop éloigné des bienfaits d’une bibliothèque ordinaire, j’étais plus que jamais sous l’influence de ces livres qui circulent autour du monde, dont les phrases furent d’abord écrites sur de l’écorce, pour être désormais simplement copiées de temps à autre sur du papier de lin. Comme dit le poète Mîr Camar Uddîn Mast, « Rester assis et arpenter les régions du monde spirituel, voilà l’avantage que j’ai trouvé dans les livres. S’enivrer en buvant la liqueur des doctrines ésotériques ». Tout l’été, j’ai gardé sur ma table l’Iliade d’Homère, même si je feuilletais seulement ce livre de temps à autre. Le travail manuel incessant, car je devais d’abord finir ma maison tout en sarclant mes haricots, m’interdit d’étudier davantage. Je gardais néanmoins l’espoir de lire ces livres dans un avenir proche. Je profitais des pauses dans mon labeur pour lire un ou deux livres de voyages assez frivoles, jusqu’au jour où cette occupation me fit honte, et je me demandai où moi je vivais.
[…]

« Les livres des grands poètes n’ont toujours pas été lus par l’humanité, car seuls de grands poètes peuvent les lire. Ils ont seulement été lus comme la multitude lit les étoiles, d’un point de vue au mieux astrologique, et non astronomique. Le plupart des hommes ont appris à lire pour servir des buts frivoles, comme ils ont appris à calculer afin de tenir leurs comptes et de ne pas se faire duper lors des échanges commerciaux ; mais de la lecture en tant que noble exercice intellectuel, ils ne savent rien ou presque rien ; pourtant, la seule vraie lecture, au sens élevé du terme, n’est pas celle qui nous berce tel un luxe sans jamais faire appel à nos facultés les plus nobles, mais celle qui exige que nous nous dressions sur la pointe des pieds pour lui consacrer nos heures de veille les plus alertes. »  […]

« Tous les livres ne sont pas aussi mornes que leurs lecteurs. Il existe sans doute des mots qui s’adressent très précisément à notre condition ; et si nous pouvions les entendre et les comprendre, ils nous seraient plus salutaires que le matin ou le printemps de notre vie, et ils nous révéleraient peut-être un aspect inédit des choses. Combien d’hommes ont vu une ère nouvelle de leur existence débuter avec la lecture d’un livre ! Pour chacun de nous il existe sans doute un livre capable d’expliquer nos miracles et d’en révéler de nouveaux. Ces choses pour l’instant indicibles, nous les trouverons peut-être énoncées quelque part. Ces questions qui nous troublent, nous laissent perplexes et confondus, tous ces sages se les sont déjà posées ; aucune n’a été omise ; et chacun de ces sages, par ses paroles et ses actes, y a répondu selon ses capacités. De plus, avec la sagesse nous apprendrons la générosité.  […]

« Pourquoi laisser les éditeurs Harper & Brothers ou Redding & Cie, choisir nos lectures à notre place ? De même que le noble au goût cultivé s’entoure de tout ce qui nourrit sa culture – génie, savoir, esprit, livres, tableaux, statuaire, musique, instruments de physique, etc. – le village doit en faire autant – ne pas se contenter d’un seul pédagogue, d’un pasteur, d’un sacristain, d’une bibliothèque paroissiale et de trois conseillers municipaux, sous prétexte que nos ancêtres pèlerins survécurent jadis à un hiver glacé sur un sinistre rocher sans avoir davantage que cela. Agir collectivement, c’est s’inspirer de l’esprit de nos institutions ; et je suis certain que, notre situation étant plus florissante, nous avons davantage de moyens que le noble n’en avait. La Nouvelle-Angleterre peut embaucher tous les sages du monde pour qu’ils viennent ici enseigner, elle peut les loger pendant ce temps et se montrer tout sauf provinciale. Telle est l’école non commune que nous voulons. Au lieu de nobles, ayons de nobles villages d’hommes. Et s’il le faut, renonçons à un pont enjambant la rivière, acceptons de faire un petit détour, et lançons au moins une arche au-dessus de l’abîme d’ignorance crasse qui nous entoure. »

Le texte complet se trouve dans :
Walden / Henry David Thoreau ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent ; Préface de Jim Harrison ; Postface et notes de Michel Granger. – Le mot et le reste, 2010. – pp. 107-117.

Lire, la lecture : notre bien commun… et le village est global maintenant et nous pouvons choisir nos lectures… en « acceptant de faire un petit détour« …

Silence

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