Flâner

« Virginia Woolf et Georg Simmel définissent le flâneur par l’atrophie du sens de l’orientation et l’hypertrophie de l’œil. » Flâner, ne plus s’occuper d’espaces ni de décompte des heures et du temps ; c’est l’œil qui prend les commandes, la conduite de l’enveloppe humaine. Nous positionne dans une autre dimension, cerveau en apesanteur. D’autres sens peuvent aussi sortir de leurs cavernes et prendre leur ampleur, et leurs organes de nouveau être sollicités : nez, oreilles, peau… D’autres espaces de compréhension plus souvent confinés prennent alors leur envol comme bulles de savon irisées par les rayons du soleil. D’autres images surgissent comme celle de cette immense bulle blanche qui flottait sur la mer dans la série Le Prisonnier  ou encore celle de ce ballon rouge, tenu par une petite fille qui symbolise le diable et que j’ai toujours trouvé étrange dans le film à sketches des Histoires Extraordinaires d’Edgar Poe dont Fellini avait réalisé un épisode. Flânant, ce genre d’espaces en forme de bulles ou de ballons pourrait apparaître à l’improviste devant vous et transformer votre promenade vers un réel non prévu. Cette hypertrophie de l’œil modifie nos perceptions, n’étant plus équilibrée par les autres dimensions de l’espace et du temps. Et c’est peut-être de cela qu’il s’agit dans le fait de flâner : pouvoir jongler avec ses sens, jouer avec les curseurs atrophie-hypertrophie à volonté, et lâcher prise pour voir différemment. Retrouver cette faculté de regarder et heurter cette routine du quotidien qui nous aveugle.

Silence

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 137

En italique, mots de Isaac Joseph, Le passant considérable. Essai sur la dispersion dans l’espace public, coll. «Sociologie des Formes», Paris, Librairie des Méridiens, 1984, p. 43. Merci à Benoit Bordeleau pour cette citation.
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2 réflexions sur “Flâner

  1. Bonjour,
    votre texte me touche. Je suis d’accord avec vous. La flânerie est une (non)activité de la première importance pour briser nos habitudes et rester en éveil, dans l’accueil de l’inouï de nos présences et du monde.

    Flâner: diligenter mon oisiveté à toute force, l’ouvrager avec ma nonchalance aiguë, la ciseler à la pointe d’une indolence artisane. Dans l’entretien de cette attitude studieuse et baguenaudante, je m’attelle en funambule à construire une présence gratuite (heurter cette routine du quotidien qui nous aveugle, comme vous dîtes si bien).
    Se laisser aller avec sérieux, voilà un paradoxe de la flânerie non?

    Merci pour votre texte.

    Un nouvel abonné

    Julien Boutonnier

    Une photo de bulle:
    http://julienboutonnier-peut-etre.blogspot.fr/2012/03/22.html

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