Relier fragments épars ….

« La seule chose que nous savons les uns des autres, c’est ce que nous racontons, c’est ce que nous faisons ensemble et c’est ce que les autres racontent de nous. Ces trois sources de connaissances des autres sont fragmentaires. On ne connaît aucune vie dans la continuité, même dans la sienne. » On écrit pour relier les fragments épars, menacés de dispersion par le vent, les événements ou le temps ;  les rassembler sous forme de livres, papier ou numérique, ou sur blogs… ou tout autre support. Garder mémoire, laisser traces, faire signes : immémorial geste humain. On en ressent la nécessité ou pas. On construit plusieurs bibliothèques : celles qui sont physiques ou numériques aujourd’hui ; mais surtout celle qui est intérieure. On ne peut pas tricher avec la nécessité ; ce besoin là, de raconter, qui est aussi important que respirer, boire ou manger. Certains ont résisté aux camps de la mort en puisant dans leur bibliothèque intérieure les ressources vitales pour conserver regard humain, et respirer encore un peu. Chaque jour, je pense à eux. D’aucuns imaginent la fin de la littérature ? Naïfs hommes ou braillards pérorant et ignorants, intéressés par de mercantiles desseins. En réaffirmant ce besoin inextinguible de dire, il ne s’agit pas d’en appeler à une quelconque « foi » en la littérature (et peu importe la forme prise au cours des siècles par celle-ci) mais  de rappeler un élément constitutif de nos vies, briques d’un ADN plus immatériel. Les hommes racontent, se racontent, tracent dessins, écrivent, peignent mais cette liste n’est pas limitative. Oui, un jour, sans doute, il y aura fin de la littérature. Quand les yeux du dernier homme ou de la dernière femme se seront fermés, laissant la petite planète, fragment de poussières stellaires, continuer sa course autour du soleil… avec encore, pendant quelques instants… traces volatiles de notre passage…

 

Silence

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 136

En italique, entretien d’Alvoro Uribe in Le Matricule des anges : la littérature au Mexique. – n° 135 (Juillet-août 2012). – pp. 22-23
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