Agora privée : oxymoron de l’intime….

Tout est devenu public. Ou presque. Je souris, un doute au coin des lèvres. Et c’est ce presque qui maintient notre équilibre. Où se cache le privé ? Notre territoire intime ? Ce qui demeure notre lieu sûr, notre maison, notre oasis ? Il est très certainement lieu : une agora privée, qui ressemble aux taillis d’un chemin sous les bois et que nous taillons nous-mêmes tous les ans pour nous protéger. On peut y flâner seul ou accompagné de son double, celui ou celle avec qui nous avons décidé de partager le familier et notre for intérieur. Ou alors, ce serait les bords d’une rivière nous conduisant au bout de la promenade dans une agora publique appelée café. Mais au milieu de tout ce monde, on peut encore rester anonymes et s’échanger confidences dans cet oxymore de l’intime. Alors je regarde tes yeux, tu regardes les miens. Nous sourions. Le monde autour est un décor éclairé par quelques étoiles qui nous donnent la direction. Le territoire de l’intime n’a pas disparu, l’agitation autour de nous est à son comble – flux des personnes, des automobiles ou des réseaux informatiques – et, ce lieu commun et personnel, est malléable à foison, s’est adapté à la nouvelle configuration en occupant tous les coins et recoins éclairés ou non éclairés, s’insinuant dans toutes les sinuosités de notre espace. C’est toujours nous qui décidons malgré le peu de libre arbitre que nous laisse notre raison : combat incessant et qui nous maintient vivants. L’univers est immense, encore plus que notre immodestie. Pourquoi l’humilité serait l’image d’un homme qui regarde ses chaussures ? Préfère un sourire affirmé qui fait rayonner l’être pour symboliser le modeste, un brin de timidité ou de retenue dans la mèche de cheveux. Il ne faut jamais oublier une des grandes leçons de l’astrophysique : c’est la lumière qui règne dans l’univers… Notre espace privé est ce lieu que l’on ne dit pas… ou croit ne pas dire… mais qui se voit… tout de même… ce qui ne signifie pas qu’il est public…

Silence

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 130

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5 réflexions sur “Agora privée : oxymoron de l’intime….

  1. « C’est toujours nous qui décidons malgré le peu de libre arbitre que nous laisse notre raison : combat incessant et qui nous maintient vivants »… « c’est la lumière qui règne dans l’univers ».. et chacun des mots de ce billet – merci de ce petit viatique
    et tant pis si je casse, un peu, le silence

    1. Vous avez tout loisir de briser le silence, Brigitte, si c’est de cette manière ;) et puis content si mes quelques mots vous plaisent… faut vous dire, que j’ai – comment on disait avant : une muse – qui aide beaucoup… mais je ne peux en dire plus au risque d’aller à l’encontre du sujet de mon billet ;) merci à vous amitiés Franck

  2. Au mois de juillet de cette année, La France comptait 26 millions d’utilisateurs du réseau social FaceBook, dont 63% se connectent chaque jour. Donc environ 16 millions de personnes réellement actives. Sur ces 16 millions, je ne sais pas à combien de personnes on peut évaluer le nombre de celles qui exposent en ligne leur vie privée. Admettons que la moitié le fasse, ce qui me semble bien improbable, et nous obtenons un nombre de 8 millions d’individus « impudiques », sur 5O millions de personnes qui sont en âge des se connecter.

    Cela pour te dire qu’une bonne part de la vie privée de tes concitoyens reste dans l’ombre. Ton postulat de départ : « Tout est devenu public. Ou presque. » est faux. Si on pousse le raisonnement au regard de l’humanité, des 8 milliards d’individus, ton assertion tient encore moins la route.

    Tu parles d’une situation, imaginaire, fantasmatique, d’un monde tel que tu le perçois, mais qui ne sont pas en rapport avec la réalité, soit la sommes des perceptions — en supposant cette somme réalisable. C’est ce qui, généralement, fait nos désaccords. Tu extrapoles toujours à partir de ton propre univers, comme le font la plupart des gens, sans ce rendre compte des distorsions que cela implique quand ils se mettent à parler du monde, c’est à dire de la société et, plus loin encore, des sociétés. D’où les si fréquentes erreurs d’appréciations, dues à un anthropocentrisme forcené.

    1. Cher Yves,
      tu as raison sur tout et tort aussi…
      D’abord, je n’essaie pas dans les textes de faire signe d’être logique, didactique… je ne veux pas convaincre… j’essaie de faire des textes « littéraires » basés sur mes sensations, mes émotions… et surtout faire signe à mon cerisier en fleurs…
      Ensuite, je te donne raison : ma thèse est fausse mais souvent j’aime manier une certaine ironie, c’est-à-dire introduire tel quel dans mes textes des phrases entendues ici ou là sans forcément mettre des guillemets ; encore une fois, je ne fais pas des textes journalistiques ou autres… je mélange tout consciemment…
      Ceci dit, mais peut-être que cela ne fonctionne pas : si tu lis mes trois premières phrases, on peut comprendre que je ne partage absolument pas le point de vue de la première phrase… et cette antienne que l’on entend du midi au soir sur les « grands médias » sur le mélange du public/privé à cause du « méchant » internet.
      Peut-être aurais-je dû mettre des guillemets ainsi: « Tout est devenu public. » Ou presque. Je souris, un doute au coin des lèvres.

      Enfin, oui, j’extrapole toujours à partir de mon regard, je suis de mauvaise foi, je ne me fie qu’à mes sensations, même fausses, partiales. J’essaie de transmettre mes sensations ou du moins comment je reçois les choses… sans aucune prétention… j’assume cette manière de faire… et suis conscient qu’il est difficile d’écrire et d’être compréhensible ou compris…

      J’espère que ma réponse t’aura apporté des éléments. En tout cas, n’hésite pas à me faire partager ce genre de remarques. Je ne me vexerai pas… bien au contraire, c’est rare d’avoir un retour sur ce que l’on écrit…

      Un amateur (je te taquine – sans aucun acharnement et pour faire échos à un autre commentaire dont je ferais réponse)
      Avec toute mon amitié
      Franck

  3. Effectivement, Frank, je n’avais pas saisi l’ironie, marque de ton désaccord avec le lieu commun qui prétend qu’il n’y a plus d’espace privé, que tout est étalé sur la table, que plus rien n’est dissimulé. J’ai parfois du mal à te suivre, car – tu ne t’en caches pas – une certaine logique vient à manquer,si bien qu’on en arrive à buter sur le sens.

    Je m’explique. Pour moi, l’oxymoron tient dans ces deux mots : agora privée, et la redondance dans les deux suivants : agora publique. Comme ton agora privée prend forme sous plusieurs entités : territoire intime, lieu sûr, maison, oasis, taillis du chemin [sic], for intérieur, lieu commun et personnel, lieu que l’on ne dit pas… ou croit ne pas dire… mais qui se voit…, et que ta terminologie renvoie à des images différentes qui n’ont pas toujours un rapport évident entre elles, on se perd un peu. D’autant plus que pour moi l’intime n’est pas synonyme d’espace privé, les deux ne peuvent se concevoir comme des termes équivalents et interchangeables.

    Et puis il y a ce genre de phrases qui restent absolument énigmatiques et pour lesquelles je ne trouve aucune explication : « C’est toujours nous qui décidons malgré le peu de libre arbitre que nous laisse notre raison : combat incessant et qui nous maintient vivants. »

    Que tu préfères te fier à tes sensations plutôt qu’à tes raisonnements, pourquoi pas ? Mais si tu parles de transmettre tes sensations, il te faut alors trouver le moyen de les rendre intelligibles pour tes lecteurs. Or cette intelligibilité est écrasée sous le poids du foisonnement d’images et de métaphores antagoniques.

    Je sais que tu ne manqueras d’arguments pour répondre à ma critique, Franck, mais ce qui me surprend particulièrement, c’est que, justement, je suis le seul — « c’est rare d’avoir un retour sur ce que l’on écrit » — à émettre une critique, alors que si je comprends bien le but du jeu, que vous menez à plusieurs, est de s’épauler pour que chacun perfectionne son « art littéraire ».

    Bon, Franck, comme d’habitude, je suis impatient de lire ta réponse et de savoir ce que t’inspirent ces quelques réflexions.

    Bien amicalement
    Yves

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