« Tel était le but des expériences : projeter dans le Temps des émissaires, appeler le passé et l’avenir au secours du présent. »

Hommage à Chris Marker…

« Tel était le but des expériences : projeter dans le Temps des émissaires, appeler le passé et l’avenir au secours du présent. » Je savais le passé et connaissais bizarrement mieux mon avenir. Le chemin allait bientôt bifurquer ; et la chrysalide, celle de l’inventeur, se détacherait. Il était bon de se rappeler le trajet d’avant ; exaltant, de penser au voyage à venir. Le présent était devenu une longue attente sur la jetée d’un aéroport mythique. En 1962, à la sortie du film de Chris Marker, je n’étais pas encore né ;  Marylin venait de mourir et comme je l’apprenais dans une biographie que je lisais ce soir, les Rolling Stones se lançaient. En 1962, je n’étais pas encore né. Me restait trois ans à croupir, quelque part, impatient déjà,  avant de venir… venir au monde pour un TDM – un tour du monde – où lire la grande Table Des Matières. Vivre. Et les matières pouvaient être immatérielles et raisonner longtemps en nous avant que nous trouvions le chemin dans cet imparfait présent. Songeant à ce futur antérieur où j’étais déjà. Un bref instant, je passais devant un miroir. Le passé était une vision fugitive captée par la surface de ce miroir, et pensais : fut un temps où les hommes ne se voyaient pas et la seule image d’eux qu’ils pouvaient voir, c’était leur reflet dans l’eau. Brève image instantanée que l’on ne pouvait conserver. Au pire, certains tentaient la peinture pour faire traces. Et l’autoportrait était comme un écho de Narcisse. La photographie transforma tout : capture du squelette des jours frappé par la lumière, longtemps immatérielle car nous ne connaissions pas les photons, ces fugitives particules intenables. L’individu prit conscience de sa propre apparence, se découvrant entièrement, en pied, de dos, de face, en gros plan. Se mit à voir ce que les autres pouvaient voir, ce que les autres pouvaient imaginer de lui, de ses peurs, ses craintes ou ses joies. A été content. A eu peur. Le regard de l’individu qui photographiait prit matière.  On ne peut plus imaginer ce temps d’avant où les hommes ne se voyaient pas. L’image de l’être précède dorénavant le réel et fausse souvent le jugement. L’œil ignore l’oreille ; ce que l’on voit de l’être annihile souvent ce qu’il dit. Ou alors, dans la porte de la photographie, créer des trous pour voir ce qui se cache derrière la cloison passé/avenir. Fine est la paroi de nos jours présents… 

Silence

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 127

En italique, en forme d’hommage à l’inventeur de La Jetée (1962)de Chris Marker. Merci à Mathilde Roux pour le prêt de sa photographie publiée sur son blog d’articulations : Quelque(s) chose(s).
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