Un échange en lumière et ombre par Brigitte Celerier (Vase communicant, juillet 2012)

cœur en pénombre, esprit vague blanc, blottie dans l’ombre, le dos tourné à l’antre, elle regardait

elle regardait le ciel, la lumière diffuse, la gloire entamée, envahie par un troupeau

elle regardait, tant et tant – ne voulant penser – qu’il n’y avait que cela, la fuite des nuages, leur blancheur terne, et leurs ourlets lumineux

elle contemplait, tant qu’elle croyait distinguer – le pouvoir presque – le grand élan pourtant imperceptible, la lumière qui se frayait chemin, passait dans les écarts déformés, sans cesse, entre les nuages en partance

et n’était plus que ce voyage, elle perdue en regard,

retombée, a souri – rentrée en elle, s’est inventé un rêve,

un voyage, vers un ciel, dans un là-bas imprécis, nuages en dérive sous des yeux,

suivre nuages miraculés, jusque là, en ciel que regarderait, sans savoir, le presque père

lui ce temps passé, illusion des temps heureux,

elle contemplant la venue du soir, dans ce besoin de lui écrire, briser silence, silence pour rien, que la vie, avec rien, juste une pensée, un fétu

pied dans la poussière de terre, épaules mordues par le soleil, entre lentisques et fleurs d’ail, l’homme revenait vers sa maison,

vers la page venue du passé – être dérangé, la poser sur la table, refus d’y penser, inutilité, s’en aller marcher dans les vignes

cependant elle était là – mais ne le concernait pas – la fausse responsabilité, tombée de sa vie – couper sans brutalité

il s’est arrêté, sous l’olivier au bas des marches

est resté là devant le mur chaud – regardait

regardait le grain, la pierre ingrate et l’enduit, splendeur argentée dans la lumière

contemplait ce coin d’ombre, bornage posé par le volet, coupure droite, brutale, qui niait le mur

regardait l’ombre qu’il posait lui, floue, difforme, fantasque

et s’en remplissait, en usait, faisait de contemplation oubli, et puis jeu, a bougé très lentement, a fait danser sa main sur le mur, vu des animaux, et leur a souri

est rentré, pris une feuille, a dessiné lumière et ombre, à la plume et encre bleue

l’a envoyée à l’ancienne enfant.

 

 

Brigitte Celerier

Son blog est malicieusement nommé Paumée. Peut-être pour chasser les importuns, aiguiller ailleurs les chercheurs de vérités toutes faites, faire peur aux pénibles écrivaillons… Je ne sais pas… Pourtant on s »y sent bien sur Paumée… qui l’est pas tant que cela ! Ce que je sais c’est que tous les jours, il y a toujours ce moment – cette pause – dans la journée où je flâne en paumé… j’aime bien ses ballades toutes simples (en apparence) et c’est le journal que j’aimerai trouver en kiosque, et pas ces machins avec titres accrocheurs que l’on va tous mourir parce qu’il n’y a plus de croissances et autres bondieuseries de notre temps. Alors, ces promenades – jour après jour – extérieures ou intérieures – m’évoquent des choses simples que j’apprécie, et que je vois aussi chaque jour… et cette manière de sentir tout pareille… face à l’agitation perpétuelle de  cette région si particulière que nous partageons, et si affairée, et si craintive, nommé Paca… Evocatrice de douceurs de vivre et si étrangement devenue… intolérante…

Aujourd’hui, j »ai la joie d’accueillir celle qui rassemble chaque mois tous ces bouts de poteries éparses sous le nom de Vases communicants. Selon le principe que : « Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » 

Bienvenue, Brigitte, au sein de mes modestes flâneries, et merci pour la fidélité  à mes errements presque quotidiens. Sommes donc partis en balade sur deux mots : ombre et contemplation et deux photos de l’un, de l’autre. Et vous avez le résultat ci-dessus et mon texte : C’est la douceur de l’ombre que s’évanouit le sombre chez Paumée

Cette belle expérience de partage d’écritures et d’espaces se poursuit ce mois-ci sur les blogs listés ici.

 Bonnes lectures… Silence…

3 réflexions sur “Un échange en lumière et ombre par Brigitte Celerier (Vase communicant, juillet 2012)

  1. Cette visite de Brigitte nous fait doublement plaisir. D’abord le plaisir de la suivre à travers sa route littéraire si riche de mots et d’images, et ensuite, cet autre plaisir de découvrir un nouveau blogue si riche en tonus et généreusement garni de belles parts de réflexions et de pensées.

    Pierre R Chantelois

  2. D’un côté, ou plutôt en l’air, de merveilleux nuages, de l’autre, par terre, une archéologie des sentiments, que l’on reconstitue patiemment, par l’assemblage des tessons, et avec un peu de chance, on arrive à monter le profil du vase, vous savez, comme ces dessins de céramique : coupe, profil, projectionniste et archéologue, Brigitte

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