Le plouf de l’osmose…

 

W.G. Sebald : « Je me demande toujours quelles relations invisibles déterminent nos vies et quels fils les unissent. » Des jours où l’on se jette à l’eau comme dans un grand vide. On fait le grand saut, le grand plouf. Ne sachant pas si, en dessous, il y a du fond. On se dit que cela doit être un peu comme la sensation ressentie par le premier astronaute lors de sa première sortie dans l’espace. Quel vertige ! Quel courage il lui a fallu, même s’il était attaché à un fil d’air de la fusée qui jouait au bilboquet avec lui. A un autre moment du trajet en train qui me menait de là-bas vers ici, noté :  » Cette bande mêlée de modestes piafs et pluviers sur la plage me rappelait les humains que j’aimais le mieux : ceux qui ne s’adaptaient pas.  » J’avais classé inconsidérément cet écrivain dans la pile imaginaire des écrivains que je ne lirais jamais : à tort. Il y avait un lien entre nous, un ton, une même manière de voir le monde, et de rire, et de se moquer de soi. Me disait : j’allais faire le grand saut, un sonore plouf ou un envol majestueux. Mais comme souvent dans la vie, les plus beaux moments passent inaperçus. Mais ce n’est pas si grave, la compétition nous rend bêtes, idiots, crétins. On finit par croire à ce mirage. Enfin, se rendre compte lucidement que la plainte, la crainte, le terne ont tout envahi. Au pays de l’opulence, le grognement a remplacé les plus simples émotions. Il fallait encore attendre pour retrouver insouciances et confiances dans les pas qui nous mèneraient sur des nouveaux chemins. Oui, la plainte, la crainte, le terne avaient tout envahi. Il manquait des rêveurs et des enchanteurs, des ouvreurs d’yeux ou d’âmes ou des deux. Y avait bien des écrivains, des poètes, des chanteurs, des danseurs, mais plus personne ne lisait, n’écoutait, ne regardait : pas le temps –  était l’excuse entendue le plus souvent. Il fallait aller vite. Le temps long et intime de la lecture était une hérésie moderne, une peur de découvrir sa solitude. Je lisais. Je passais aussi ma main le long de tes courbes longuement ; et miraculeusement, le temps se dilatait. Pensait :  » Le seul moyen de ne me pas me demander ce que je faisais, et pourquoi je le faisais, c’était de ne rien faire d’autre.  » Je ne peux pas dire qui je suis. Mais je peux dire ce que je ne suis pas. Cette manie moderne de tout définir (pas grave, au contraire) mais de tout définir de manière irrévocable me semblait une autre de nos tares actuelles. Comme tout un chacun, avais aussi collé des milliers d’étiquettes pour tenter d’y voir clair. La seule chose certaine restait la direction du chemin : deviens ce que tu es. Celui qui avait dit ça, s’était effondré, en entourant le cou d’un cheval, un jour, à Turin. S’était effondré comme une civilisation à lui tout seul. Ne pas oublier : toujours modérer, toujours respirer : inspiration, expiration. La seule chose qui ne déçoit jamais : ces quelques notes de musique, immatérielles, trois fois rien mais qui vous emmènent sur votre chemin. Et si ces quelques notes de musique, vous les partagez  avec celui ou celle qui partage votre vie à ce moment là, alors vous êtes le plus heureux des hommes, la plus heureuse des femmes et en osmose. Prêt pour le grand plouf…

Silence 

Faire signe : journal quotidien jubilatoire  en 200 mots ou quelques… : 114
En dehors de la première phrase, celles en italique sont extraites de cette zone d’inconfort de Jonathan Franzen, lue en train entre Paris et ici… et un ailleurs secret…
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Une réflexion sur “Le plouf de l’osmose…

  1. en écho ce petit texte qui vient de se faire
    en osmose ou à contresens

    L’EXPÉRIENCE POÉTIQUE

    Si j’y prétends
    – témoin ce petit texte
    prosé là à 5h48 –
    je ne saurais aisément la dire
    et la cerner
    autrement qu’en la lisant
    chez les autres
    leur petit chœur de poètes
    si rares

    Aujourd’hui
    le jour gris
    a du mal
    à conduire
    mes doigts
    sur le clavier

    Hier
    à pareille heure
    j’ai eu la surprise
    de tenir
    longuement dans mes doigts
    une cigale
    qui s’était égarée
    dans le panier d’abricot
    sous l’arbre

    Quand enfin
    je l’ai lancée
    vers les cieux
    elle a filé
    comme une étoile
    me laissant à mon projet
    confus et constant

    entre ordre des mots
    désir de lumière
    et contresens

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