Le livre hapax…

Il y a ce livre que je n’arrive pas à rendre à la bibliothèque municipale. Et pourtant, je ne suis pas un collectionneur, ni un fétichiste, enfin, je crois. Malgré la vaste bibliothèque que j’ai la chance d’avoir constituée contrairement à Varlam Chalamov, je n’arrive pas à rendre ce livre, ce livre là, qui ne m’appartient pas. Je ne comprends pas. Il suffirait pourtant d’aller le commander à la librairie de mon village qui se prend pour une ville, mais je ne le fais pas. Et cela fait des mois que je prolonge ce livre de la bibliothèque municipale, celle où je travaille. Bien sûr, il suffirait d’une demande d’un autre lecteur, d’une demande de sa part pour que je le restitue mais jusqu’à présent, cela ne s’est pas présenté. Je l’ai lu deux fois, et je butine désormais, un passage par-ci un passage par-là, et le pose de nouveau sur le bureau où il réside. Et prolonge depuis, de semaines en semaines, le livre que l’on appelle document dans notre jargon de bibliothécaire. Sa présence m’apaise. De le savoir là. Pourtant, je l’ai écrit, je ne suis pas un collectionneur malgré les milliers de livres autour de moi. Je n’ai pas d’explication raisonnée, cela m’apaise de le savoir là. Il y a un avant et un après de cette lecture. Cela m’est déjà arrivé avec un autre livre, une histoire de main coupée. Bien entendu, je pourrai l’acheter sous la forme d’un livre numérique pour l’avoir constamment avec moi, mais je n’ai pas envie de cela et je ne pense pas avoir une once de pensée magique… pas envie de l’avoir dans mon téléphone ou sur la tablette qui débordent déjà d’autres livres. Quand je suis hors de la maison, je n’y pense plus. Sa matérialité n’est indispensable que dans l’enceinte du bureau bibliothèque, comme cette pierre de maçonnerie que l’on ne peut pas enlever sans que l’ensemble ne s’écroule… C’est la clé de voûte, un livre hapax : « toute vraie occasion est un hapax, c’est-à-dire qu’elle ne comporte ni précédent, ni réédition, ni avant-goût ni arrière-goût ; elle ne s’annonce pas par des signes précurseurs et ne connaît pas de « seconde fois » (Jankélévitch, Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 117).  Je ne vais plus avoir le choix… Un lecteur, chaque jour, peut le demander. Je vais devoir le rétrocéder. Alors, il n’y aura plus qu’une solution, je vais devoir rester ici dans le bureau bibliothèque de ma maison et je ne me rendrai plus à mon travail… et… rires…

Silence 

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 109
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