La photographie est une extension du regard…

La photographie est une extension du regard. Un acte spontané. Devrait l’être en tout cas. La photographie ce n’est pas poser, ce n’est pas attendre, ce n’est pas ajouter des milliers de petites lumières. En tout cas, plus à notre époque. Au temps des pionniers, les Niepce ou Daguerre, c’était différent. Et pourtant, ainsi, on faisait aussi des photographies, qui plaisent. Et les jolies photographies des jolis photographes font de jolies expositions dans les splendides centres culturels ou les manifestations nationales et subventionnées. Mais, ce n’est pas la même chose. Et je ne parle pas de cette photographie, là. La photographie est une extension du regard. Il faut de la spontanéité. Et déclencher. Et ainsi, parfois, dans le cadre, le cadre du hasard, un petit photon vient dans votre œil vous faire remarquer ce qu’il y a avait à voir. Et ce à voir, n’était compréhensible que par vous, à cause de votre chemin à vous et ce moment ne reviendra plus. Ainsi de l’art et du hasard : une compilation de savoirs et d’instants magiques qui viennent déranger la belle intelligence qu’on aimerait avoir en toute chose : intelligence pensée, construite, réalisée. Mais ce n’est pas ainsi que ça marche. La photographie est une extension de mon regard. Unique. La photographie est une extension vers ton regard. Toi, qui regarde mes photos, et qui vois ainsi ce que je voyais à ce moment là. Et c’était une tasse de café sur une terrasse ensoleillée. Ou bien un ciel qu’on imagine peint tant cette irréalité du ciel à ce moment là vous semble…, vous avez envie de la montrer pour dire que cela a été. Et on n’est plus au temps de Niepce et de Daguerre, la camera obscura est devenue pièce de musée. Il y a toujours ce moment où l’on pourrait se dire que cela n’a pas été. La photographie, extension du regard est synapse de notre mémoire.

Silence

Faire signe : journal quotidien (peu) jubilatoire (aujourd’hui) en 200 mots ou quelques… : 108

5 réflexions sur “La photographie est une extension du regard…

  1. Salut Franck !

    « La photographie est une extension du regard » ? C’est comme si tu me disais que la musique est une extension de l’ouïe ou un pot de Nutella, une extension du palais. Il n’y a rien de spontanée dans une photo, c’est toujours un acte réfléchi, même si la réflexion n’a duré que quelques secondes. Et si ce temps de réflexion est devenu si bref, c’est simplement parce que la technique, qui permet une prise de vue, s’est grandement améliorée depuis Niepce ou Daguerre, comme tu l’as si bien souligné. Mais c’est tout ! On peut avoir une caméra qui se déclenche en une fraction de seconde et penser à la photo que l’on va faire pendant des mois. Il n’y a pas plus de spontanéité dans la photo que dans l’écriture d’un haïku, mais il n’y en a pas moins non plus. On rédige un bel haïku parce qu’on s’y est préparé pendant des années et, même dans ce cas on y parvient pas chaque fois qu’on saisit une plume. C’est pareille pour la photo. Le stylo bille n’a pas amélioré ou détérioré la qualité du haïku. Que tu prennes une photo avec une chambre photographique pesant dix kilos ou avec un smartphone de quelques grammes, ça me semble sans importance. Si le hasard faisait l’art alors tout possesseur d’une caméra serait un artiste.

    Pourtant, comme tu l’as sûrement remarqué, il y a des gens qui peuvent prendre des milliers de photos, sans jamais en faire une bonne et d’autres qui, au contraire, produisent de belles images régulièrement. Doit-on penser que les premiers sont moins chanceux que les seconds ? Je ne crois pas. A l’heure où beaucoup de gens ont les moyens de se payer une caméra numérique, qui ne demande aucun savoir faire réaliser pour une prise de vue, il me semble évident que certains s’en sortent beaucoup mieux que d’autres, et que certains peuvent revendiquer l’appellation « artiste » quand d’autres, qui s’affublent de ce titre, ne sont que des imposteurs. On ne juge pas un photographe sur une photo – si c’était le cas, effectivement, un type qui mitraille à longueur de journée en mode rafale aurait une chance de capter une images correcte sur mille.

    On juge un photographe sur son oeuvre, c’est à dire sur son travail, en une autre terme : sur son art. Donc, sur la chose qu’il a remis cent fois sur le métier. Rien à voir avec la spontanéité ! Picasso pouvait exécuter un très beau dessin en deux minutes, mais ça n’avait rien de spontané, au sens où tu le laisses entendre, la magie n’a rien à voir là-dedans… A moins d’y croire.

    Par ailleurs, personne ne verra à partir d’une image la scène que le photographe aura vue et captée. Je ne suis pas d’accord non-plus avec cette phrase « Toi, qui regarde mes photos, et qui voient ainsi ce que je voyais à ce moment là. » Pour aller plus loin, la personne assise à côté de toi, qui regarde la même chose que toi, au même moment que toi, ne verra pas comme toi, parce qu’elle ne peut tout simplement pas regarder comme toi. C’est impossible ! Alors si tu lui présentes seulement une photo en espérant qu’elle verra ce que tu as vu…

    Quant à la photo comme support de la mémoire, oui… jusqu’à un certain point. Si tu n’as qu’une centaines de photos en ta possession, si tu les regardes régulièrement, alors ta mémoire sera ravivée, guidée, orientée, des souvenirs viendront plus facilement, paraîtront plus clairs, plus précis. Mais si tu as des milliers de photos, parmi les plus anciennes, tu en trouveras de nombreuses que tu ne pourra pas dater sans avoir recours à une inscription, une légende ou un fichier EXIF. Nombreuses seront aussi celles pour lesquelles tu n’arriveras même pas à définir le lieu où elle ont été prises, ni dans quelles circonstances, tu ne pourras pas mettre de nom sur des visages, ceux des personnes que tu n’auras pas connues longtemps, etc.. Et cela sans souffrir d’une maladie affectant des cellules nerveuses ou neurones quelconque, donc sans être bouché de la fente synaptique ;-)

    Bon, j’espère ne pas avoir été trop long et que tu me diras en quoi je ne t’ai mal compris, Franck, car je ne lis pas toujours très bien et je surinterprète assez facilement.

  2. Loin de moi, Yves, de prétendre imposer une nouvelle théorie sur la photographie. Mon texte est simplement une intuition, issue aussi d’une longue réflexion sur l’art. J’ai d’ailleurs pris le soin (un peu ironiquement, j’en conviens) de séparer la photographie dont je parle,des célèbres photographes aux savoirs immenses. Je ne dis pas que l’art est synonyme du hasard. Mais le hasard a sa place dans l’art. Je regardais une photographie, ce matin, de Lartigue : une jeune femme qui est arrosée. Lartigue déclenche (sa connaissance de la technique lui dit « spontanément » ce qu’il faut utiliser comme vitesse, c’est son savoir particulier, un de ses talents est le cadrage.). Mais le résultat est emprunt de hasard : Lartigue nous montrera d’ailleurs la photographie qu’il veut (je suppose qu’il en a pris plusieurs) en fonction de la place des gouttes d’eau, de leur emplacement. Et cela, ne dépend pas de lui, donc d’une certaine part de hasard. Parfois, une petite chose se place dans le cadre qui n’était pas prévu et devient le vrai intérêt de la photographie. Barthes avec son punctum a essayé de théorisé tout cela. Ca ne marche pas toujours. Mais les théories générales sont confrontées en permanence à la réalité, mouvante… J’ai un peu abandonné l’idée de l’artiste créateur omniscient qui maitrise tout, sait tout. On le voit dans le film de Clouzot sur Picasso. Il dessine sur une vitre, il cherche, il n’a pas une idée bien précise de ce qu’il veut réaliser. Il se promène. Il ne peint pas Guernica à chaque fois qu’il prend un crayon en main. Sa technique mais aussi sa poésie personnelle, ce que j’appelle son regard, lui permettent de réaliser ses peintures. Et ayant pratiqué un peu cet art de peintre, un tout petit peu, y a des moments que j’appelle magiques où votre main dessine un trait non prévu, pensé et qui fait que vous ne déchirez pas la feuille de dessin. C’est cela que j’appelle le hasard. Cette part là… Je ne crois pas trop aux génies… Je ne sais pas vraiment ce qu’est l’ART ! De l’artisanat qui aurait rejoint les étoiles ?  » Ainsi de l’art et du hasard : une compilation de savoirs et d’instants magiques qui viennent déranger la belle intelligence qu’on aimerait avoir en toute chose : intelligence pensée, construite, réalisée. Mais ce n’est pas ainsi que ça marche. La photographie est une extension de mon regard.  » Il n’y a absolument aucune pensée magique en moi. Et j’évoque la photographie comme une extension de mon regard vers un autre regard, qui m’est proche. Et surtout, merci pour ce long commentaire, qui me force à préciser, et qui je pense va générer un autre billet… Amicalement Franck

    1. Merci d’avoir pris le temps de me répondre Franck, j’apprécie vraiment. J’avais commencé à écrire une nouvelle réponse à tes explications, mais il m’a fallu mettre de côté mon texte avant d’en être arrivé au bout. Je ne reprends le fil que 24h plus tard.

      Je dois t’avouer que ta réponse soulève encore plus de problèmes pour moi que ton billet et je vais tenter de te dire pourquoi. Si je te suis bien, grosso modo, tu opposes les pionniers et les photographes renommés, aux « amateurs ». Tu dis que les « reconnus », comme Lartigue, sont servis par le hasard et qu’ils tenteraient de masquer leur bonne fortune pour prétendre ou laisser croire que seuls leur savoir faire, leur expérience seraient à l’origine des bons résultats obtenus. Pourquoi ne pas prendre en exemple la photo de Capa qui montre un républicain espagnol frappé d’une balle en pleine poitrine. Hasard ou conséquence de la présence du reporter qui pousse le soldat à se mettre à découvert ? Capa l’a peut-être incité à se lever, pariant sur l’adresse du tireur ennemie, presque certain de faire une bonne photo… La polémique concernant les circonstances dans lesquelles cette image à été réalisée va bientôt avoir un siècle. Personne n’a de réponse valable. Certains ont même parlé de trucage, de montage, cette technique ancestrale qui a précédé Photoshop. Hasard ? Oui et alors ? Si on opte pour le hasard, qu’est-ce que cela apporte ou retire à cette image, on pourrait même dire à cette icône ?

      Achimède dans son bain s’est vu aidé par le hasard, à l’autre bout de la chaîne du progrès scientifique, le LSD est aussi le fruit du hasard. Et, dans ce domaine – pourtant dit scientifique -, les exemples où la part de hasard joue son rôle sont innombrables. Alors pourquoi le hasard devrait être absent de la photo, d’une réalisation artistique quelconque ? Le hasard n’a rien de magique, il est partout. Et que dire que le hasard fait bien les choses, c’est ce qu’on appelle un truisme, non ?

      Pour moi, le hasard est le contraire le magie, puisqu’il faut, pour que la magie opère, une initiation, des rites, une longue préparation, une ascèse rigoureuse, des offrandes et des sacrifices, de la drogue, etc… Or tu places hasard et magie sur un même plan. Pour toi, les termes sont équivalants : « Ainsi de l’art et du hasard : une compilation de savoirs et d’instants magiques »

      Non, l’art n’est pas du côté du hasard, mais plutôt du côté de la magie, c’est à dire d’un savoir qui opère réellement pour peu qu’on se mette à y croire. Comme je te l’ai déjà dit, l’art est le fruit d’une expérience, de la capacité à se transformer soi-même pour avoir un point de vue différent de la masse sur le monde, pour en saisir ce qui n’est pas accessible au profane, au non-initié, pour transcrire, transposer, représenter cette proie, cette capture, cette vision, cette chimère, ce fantasme sur un film, un papier, un écran, une toile, une planche, un mur, une paroi de caverne, sur la Lune, sur Pluton… le temps d’une fraction de seconde ou le temps d’une fresque murale – comme pour l’art pariétal qui n’a jamais perdu son aura.

      Si l’art est du côté de la magie, il est donc du côté de la religion au sens le plus large du terme. Tu ne peux pas placer l’artiste du côté des sceptiques, des dilettantes, des pharisiens. Tout le monde ne peut pas être artiste comme tu le souhaiterais – c’est ce que je lis en filigrane. Un enfant peut produire spontanément de magnifiques dessins, mais jamais tu pourras verser ses dessins dans la catégorie : art. Parce qu’ils sont justement faits spontanément par de jeunes individus qui n’ont pas étés – et pour cause – initiés au vrai sens du terme, pas comme on l’entend communément aujourd’hui.

      Bref, Franck, je pense mieux comprendre ce que ton billet sous entend grâce à ta réponse et je suis en mesure d’être un peu plus affirmatif : je ne suis pas d’accord avec ton point de vue sur la photo et le fait que tout le monde devrait les réussir, parce que je pense que tu ne t’appuies pas sur de bons arguments. Tu t’en tiens à une intuition et il me semble que ton intuition est trompeuse. Je crois savoir pourquoi elle t’égare : tu places ton intuition après ta réflexion (« une intuition, issue aussi d’une longue réflexion sur l’art »), alors que ton intuition devrait être à la source de ta réflexion. Tu poses ton hypothèse à la fin, comme le résulat. Tu cherches à valider ta réfexion par une sorte d’illumination. Ce n’est pas le Eureka qui compte, mais ce qu’il va falloir en tirer. Tu ne peux pas t’en sortir si tu prends le problème à l’envers. En tout cas, tu te compliques les choses, surtout qu’elles ne sont pas si simples à examiner.

      Je suis impatient de lire ce que tu vas me répondre.
      Amicalement Yves

      1. Merci Yves pour ce nouvel échange : je vais répondre très vite. Aujourd’hui c’est impossible… A bientôt franck

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